Raccorder le quartier à la ville

L’accessibilité, clef de la politique de la ville à Malakoff

Photographie ci-contre : un des bus en site propre de la ville s’arrêtant devant de nouveaux immeubles de bureaux, © Louise Bréhier.

Dans la nuit du 24 février 2011, le supermarché du quartier Malakoff, seul équipement commercial pour les 4000 habitants du quartier, a été détruit par un incendie : la ville a dû mettre en place des navettes temporaires afin que les résidents puissent faire leurs courses. Cet événement anecdotique illustre bien l’enclavement dans lequel se situe la cité, malgré sa position centrale dans l’agglomération nantaise. Nous l’avons évoqué : les habitants, aux revenus plutôt modestes et aux modes de vie citadins, ne possèdent en majorité pas de voiture.

Le thème principal autour duquel s’est articulé le projet de rénovation urbaine est l’accessibilité. Pierre Merlin définit l’accessibilité comme la possibilité d’accès à un lieu ou à partir d’un lieu. Elle revêt donc différentes formes : la localisation du lieu, son attractivité (aménités naturelles ou polarités économiques, commerciales, de loisir), la forme urbaine du lieu (la façon dont le réseau viaire est organisé, confort ou non de l’environnement urbain), et enfin, la desserte, qui se définie par les voies d’accès au lieu (ferroviaires, fluviales, maritimes, routières…), mais aussi par le réseau de transport en commun, notamment lorsqu’on étudie un milieu urbanisé. L’accès rapide et sans contrainte (physique, économique…) aux principaux axes, la qualité de l’offre de transports en commun, la variété de transports disponibles déterminent l’accessibilité à un lieu : elle est, pour Francis Beaucire, le niveau d’effort nécessaire pour effectuer une activité. Elle revêt donc une part importante de subjectivité des individus : l’accessibilité est aussi perçue, et renvoie à des barrières mentales, qui participent à l’isolement de certains sites. Enfin, l’accessibilité est également un enjeu et une arme politique. C’est la clef de la politique de la ville dans le quartier Malakoff.

La continuité, enjeu de l’accessibilité

Photographie ci-contre : une station de « Bicloo », les vélos en libre service de Nantes, © Ariane Lamarsaude.

L’accès au quartier a été un enjeu majeur : le projet comporte trois franchissements des voies ferroviaires (Malakoff, Pré-Gauchet, Moutonnerie), un pont sur la Loire (Eric Tabarly), et un travail particulier sur les « entrées de quartier » (aussi bien côté rives de Loire qu’au nord Ouest, où se situe la gare, que sous le pont des voies ferroviaires, boulevard de Berlin). Celles-ci paraissent aujourd’hui encore diffuses à l’échelle d’un quartier à moitié en reconstruction et en friches. Le réseau viaire a également été modifié, notamment le boulevard de l’Europe, qui longeait la voie de chemin de fer et desservait le quartier avec un système d’impasses en son centre. Les axes principaux, dans la continuité des nouvelles entrées, ont également subi une requalification. Celle-ci respecte les canons des quartiers modernes, durables (mail Pablo Picasso ou Marcel Paul, chaussées de l’Avenue de Berlin, sites propres pour cyclistes, trottoir en pelouse qui permet un meilleur écoulement des eaux vers le fleuve, etc). Les bords de Loire, notamment, sont réaménagés en promenade piétonnière, censée atténuer la deux fois deux fois qui isole le quartier d’une aménité majeure : le fleuve. Les axes secondaires, également, se sont en partie vus requalifier dans les nouveaux quartiers. Aussi bien pour les piétons que pour les cyclistes et pour les automobilistes, la circulation est reconfigurée (nouveaux ronds points, notamment sur le Boulevard de Sarrebrück). Ces derniers bénéficient d’une réflexion intense sur le stationnement automobile (création de nombreux parkings, travail sur un meilleur accès aux immeubles et sur un désencombrement de la voirie, tarif préférentiel de stationnement pour les habitants des logements sociaux…). Le travail sur la voirie est une des clefs de la requalification du quartier, et participe à l’amélioration de l’environnement urbain et des espaces publics.

Le projet comporte également la mise en place d’une station de transport en commun au centre du quartier, à proximité du future centre commercial, et comprenant une station Bicloo (vélo en libre service). Deux lignes de Chronobus, le BHNS nantais (bus à haut niveau de service) sont prévues, la C3 (2012) et la C5 (2013), effectuant des liaisons Est-Ouest avec le centre ville, et Nord-Sud, avec l’Ile de Nantes. Leurs horaires sont adaptés aux besoins d’une population dont les choix de mobilité sont restreints : de 5h du matin à minuit en semaine, ces bus à haute fréquente sont un réel outil de désenclavement du quartier. Comme le rappelait Isabelle Lefebvre, directrice du Renouvellement Urbain à Nantes Métropole, certains adolescents n’étaient jamais sorti de la cité avant son réaménagement, chose désormais plus facile, d’autant que la métropole prévoit des tarifs d’abonnement abordables même s’ils ne sont pas préférentiels. Cependant, ouvrir le quartier sur l’extérieur et offrir à ses habitants un bassin d’opportunités d’emplois ou de loisirs plus étendu n’attirent pas nécessairement les populations extérieures dans un quartier stigmatisé. La « limite » entre l’intérieur du quartier et le reste de la ville est toujours palpable, bien que la dynamique de « l’effet de quartier » soit en partie modifiée.

Du neuf en gardant l’ancien ?

Photographie ci-contre : un ensemble de logements neufs. © Louise Bréhier.

Les projets de renouvellement du Nouveau Malakoff ont été conçus en deux phases concernant l’habitat : aujourd’hui, 400 logements non sociaux et 1000 logements sociaux ont été construits. Le projet prévoit aussi la réhabilitation de 1200 logements sociaux existants, ainsi que la reconstruction de 400 logements sociaux hors site. L’objectif affiché est de « diversifier l’habitat » en développant la mixité sociale. Les interventions sur l’habitat présentent différents principes : requalifier (réfection des pièces humides et endommagées, reprise des sols, de l’électricité, changement des façades, isolation thermique, restructuration interne des appartements, vers des habitations plus petites…), résidentialisation (restructuration des halls d’entrée, embellissement des parties communes, des RDC, différenciation entre l’espace public et résidentiel), démolitions de certaines tours ou d’une partie des barres, pour privilégier l’accès à la Loire, et reconstruction. Les nouveaux immeubles correspondent aux canons des quartiers modernes portant l’étiquette du développement durable, image que le nouveau quartier souhaite revêtir.

De l’accessibilité à l’attractivité

Photographie ci-contre : un espace de promenade au pied des nouveaux immeubles, © Ariane Lamarsaude.

Le traitement de la voirie, d’une part, des espaces publics et des équipements publics de l’autre, sont les clefs de l’amélioration de l’image du quartier. Le développement de bureaux (notamment au Pré-Gauchet, où l’accent est mis sur l’activité économique) ainsi que de l’activité commerciale (nouveau centre commercial, à l’emplacement de l’ancien, commerces en RDC d’immeubles, comme l’Axeo) est également une des composantes de la mixité fonctionnelle, qui tente de briser la mono-activité résidentielle du quartier et son inertie. Ces nouvelles activités visent à attirer de nouvelles populations qui participent à animer le quartier (notamment les cadres, qui s’approprient les espaces publics, comme le Mail Picasso). Les espaces publics, les espaces verts, et les équipements publics de loisir, culturels et sportifs cherchent également à dynamiser la vie de quartier. Les équipements sportifs comme le Gymnase Malakoff-Pré-Gauchet, les locaux sportifs de la Roche, le stade Marcel-Saupin, ou la piscine de la Petite Amazonie sont les plus visibles pour l’instant, mais souffrent d’un certain isolement – pour la Petite Amazonie, par exemple, ou le Stade, symbole d’un quartier peu dynamique en dehors des évènements sportifs, et dont la masse apparaît peut-être plus comme une barrière au quartier qu’une invitation. Les équipements scolaires et culturels, plus tournés vers les habitants du quartier, participent également à renouveler son image (destruction du collège Georges-de-la-Tour au profit de la nouvelle architecture du Collège Sophie Germain, le long du mail Picasso). Enfin, les espaces publics et verts sont soignés (jardins familiaux, création d’espaces verts en pied d’immeuble, promenade du bord de Loire, mail, aménagement de places comme le centre commercial), bien que peu pratiqués pour l’instant.

Il est difficile pour l’instant d’évaluer les réussites d’un quartier encore en construction. À titre d’exemple, la ZAC Paris-Rive-Gauche est encore en train d’évoluer, les commerces s’y implantent doucement, et la vie de quartier s’y épanouit lentement. Avant que les semences ne prennent à Malakoff, contexte particulier d’un renouvellement urbain un peu différent puisqu’il porte l’étiquette ANRU (et ses stigmates ?), il faudra d’une part attendre l’achèvement des travaux, et de l’autre que les nantais résidents du quartier ou non s’approprient le quartier, enjeu réel de l’intégration de celui-ci à la métropole.