La richesse de la biodiversité

La position et la composition exceptionnelles du massif

La position du Ventoux, à la rencontre des domaines biogéographiques médio-européen, alpin et méditerranéen, sa puissance altitudinale, son orientation est-ouest offrant une forte opposition entre ubac (à la faune médio-européenne, montagnarde) et adret (à la faune thermophile, avec les fauvettes du type Sylvia), et sa situation de pointe avancée de l’arc préalpin font de ce massif un « univers biologique » exceptionnel.

Il est à ce titre plus riche que les massifs environnants (Diois, Alpilles, etc.) et l’expression d’« île biogéographique » semble bien le caractériser. En effet, les populations des étages oroméditerranéen (à cèdres, pins noirs et genévriers), subalpin (à épicéas, mélèzes, pins à crochet) et montagnard (à hêtres, sapins et pins sylvestres) sont situées dans un état de complet isolement par rapport à leurs congénères les plus proches. Elles en sont d’autant plus remarquables et fragiles.

Cette imbrication des milieux à l’échelle du massif se double d’une proximité locale, entre sites parfois de même altitude, qui multiplie les écotones. Des milieux humides et frais, qu’il s’agisse des creux et petits canyons de la face sud (cf. combe de Curnier), des gorges de la Nesque, de la vallée du Toulourenc, ou des prairies humides du bassin de Sault-Monieux, se situent à proximité immédiate de milieux marqués par des influences plus méditerranéennes.

 

Une faune et une flore variées

Avec sa multiplicité de milieux naturels, le mont Ventoux peut apparaître comme un hot spot de la biodiversité, un périmètre restreint où se concentrent de nombreuses espèces. Chaque étage forestier abrite un cortège particulier de flore et de faune, depuis les buis et érables des fonds humides aux chênes kermès et pins d’Alep de l’étage méso-méditerranéen (cf. étagement bioclimatique).

Au-delà même de la diversité des milieux, qui apporte une diversification des formes de vie, le Ventoux offre des lieux qui sont favorables à un peuplement varié. Ainsi, ne serait-ce qu’en s’intéressant à l’avifaune, la cédraie de Bédoin, par sa structure multi-strate et son traitement en futaie jardinée (la dimension sociale de la nature est bien mise en lumière par ce dernier trait), abrite des grands rapaces arboricoles (autours), des oiseaux qui creusent leur loge de nidification dans les grands arbres (pics noir et épeiche), des espèces de buissons (pouillots), et des types d’espèces qui se nourrissent et nichent soit dans les branches mortes (mésange huppée), soit dans les arbres (sitelles). Et au sommet, la calotte tout empierrée est le lieu de développement de 4 espèces protégées : la berce naine (inscrite sur liste nationale), l’alysson à feuilles en coin, l’euphorbe de Loiseleur et l’ibéris de Candolle (inscrits sur liste régionale).

Dans ce grand espace sans discontinuité écologique majeure, la grande faune est également présente. Ceci est dû aux reboisements et aux réintroductions opérées par les chasseurs et l’administration des Eaux et Forêts, tout autant qu’au fait que le Ventoux est une excellente niche écologique, mêlant peuplements résineux et feuillus, affleurements rupestres et couvert épais.

Six des 11 espèces de grands ongulés de France s’y trouvent (cerfs élaphe et sika, chevreuil, sanglier, mouflon de Corse, chamois des Alpes). A part le sanglier, aucune espèce n’est présente depuis plus de quelques décennies. Le cerf élaphe a été réintroduit dans les années 1950, le mouflon de Corse en 1961/62. Lente a été la recolonisation par le chamois au cours des années 1970 et 1980 depuis la Lure et la Drôme, sur le versant nord. Enfin, le chevreuil a recolonisé de proche en proche le massif depuis des lâchers vers 1990 dans le Vaucluse et le Petit Lubéron. Cette nature éminemment inscrite dans les pratiques et représentations sociales fait l’objet de plans de chasse annuels : 400 chevreuils, 135 cerfs élaphes, 100 mouflons, 20 chamois peuvent être tués.

La variété de la faune et de la flore est renforcée par la présence d’espèces extrêmement éloignées de leur aire de répartition. La chouette de Tengalm, issue des grandes forêts nordiques boréales, a fréquenté le flanc nord du Ventoux dans les années 1960. Le jaseur boréal, nicheur des forêts de résineux et de bouleaux de Scandinavie, a atteint le sommet du Mont Serein lors des froids de février 2005.

 

Des espèces emblématiques

Le massif du Ventoux abrite une biocénose variée. Cependant, la représentation et la connaissance de ce vivant qu’ont les sociétés sont souvent plus restreintes que les descriptions scientifiques. La nature est construite, et pour décrire la biodiversité du mont Ventoux, une sélection est opérée, qui met en avant certaines espèces et pas d’autres, pour leur rareté, leur caractère esthétique ou leur capacité à résumer le territoire.

L’espèce la plus emblématique du Mont Ventoux à cet égard est la vipère d’Orsini, une petite vipère inoffensive et très craintive, endémique des régions sèches du sud de la région paléo-arctique, qui compte une douzaine de populations très localisées en France (dont celle du mont Serein). Le circaète Jean-le-blanc, grand migrateur ne se nourrissant que de reptiles, est également un éminent représentant de la biodiversité du massif, tout comme le chamois, ou la chauve-souris.

Certaines espèces illustrent la capacité du mont Ventoux à être un refuge pour la biodiversité, ainsi la gélinotte des bois, menacée dans toute l’Europe, qui colonise les forêts de la montagne depuis 1991, ou bien le silène de Pétrarque et les papillons élaphe occidental et colostygie, inconnus au monde en dehors du massif.
 

Une vipère d’Orsini. Source : Wikipédia

 

B. La protection de la nature en territoires