Vers une gestion intégrée ? Protection du flamant rose et démoustication

La Camargue est par excellence un espace à enjeux de la gestion intégrée des zones côtières (GIZC). Cet instrument est promu en 2002 par la convention Ramsar. De plus, la Commission européenne le mentionne souvent dans ses recommandations même s’il n’est pas intégré à la réglementation européenne.

Il repose sur trois éléments : la régulation des conflits d’usage, la préservation de l’environnement et l’assurance d’un développement durable pour des territoires très convoités : les espaces littoraux.

La gestion intégrée d’un espace comme la Camargue nécessite des consultations puis des concertations entre acteurs aux intérêts variées, où les compromis sont difficiles à établir. Le rôle des scientifiques est loin d’être négligeable, et leur expertise environnementale contribue aux prises de décision. La fondation scientifique de la Tour du Valat participe pleinement à cette démarche notamment avec la protection du flamant rose et la campagne de démoustication. 

Photographie : îlot du Fangassier. Au printemps, les couples de flamants reviennent des côtes africaines où ils ont passé l’hiver. L’îlot convient à la reproduction, la nidification et à la mise en place d’une "crèche" pour élever les oisillons. © E. Libourel, 2011 

Les travaux d’endiguement de la Camargue, décidés à la suite des inondations de 1856, détruisent les îlots de reproduction et de nidification du flamant rose et concourent ainsi à la diminution progressive de l’espèce. L’action conjuguée de la Tour du Valat et du groupe des Salins du Midi permet, en 1970, la construction d’un îlot et de nids artificiels dans l’étang du Fangassier en Basse Camargue, facilitant alors la réintroduction de l’animal.

Cette politique de gestion soulève néanmoins quelques interrogations. A première vue, cette opération est un succès : le flamant devient un emblème de la Camargue, ce qui suscite des retombées économiques importantes en confortant la présence touristique. Néanmoins, des nuisances liées à la sur-fréquentation touristique du site sont signalées et obligent à des mesures de protection accrue (qualité de l’eau, tranquillité des sites de ponte, etc.). Par ailleurs, les agriculteurs incriminent régulièrement les dégâts causés par les oiseaux dans les rizières. La Tour du Valat propose à ces derniers un retour à une structure agraire de bocage, qui limite les effets sur les cultures de la présence des flamants.

Photographie : photographie aérienne de l’’îlot du Fangassier, rose de monde. La réintroduction et la protection du flamant vont de pair avec une densité de population conséquente, qui peut se révéler nuisible pour les activités économiques humaines. (c) Tour du Valat.

La Camargue, la plus grande zone humide française, est particulièrement propice à la prolifération des insectes. Elle n’a pas fait l’objet de grandes campagnes de démoustication comme celles lancées plus à l’ouest par la mission interministérielle de 1963 pour l’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon, dite « mission Racine ».

En août 2006, une première campagne de démoustication au Bti (une bactérie à toxicité spécifique envers le moustique) est lancée en Camargue sur les secteurs de Salin-de-Giraud et de Port-Saint-Louis-du-Rhône sous suivi scientifique. Il s’agit alors de concilier des enjeux de qualité de vie et de préservation de l’environnement.

Si la campagne a des effets satisfaisants pour les habitants, les chercheurs relèvent un impact considérable de cette campagne sur l’écosystème. Faute de moustiques, le réseau de relations entre proies et prédateurs ou réseau trophique est perturbé. Les possibilités d’alimentation des oiseaux sont restreintes.

Ces deux exemples illustrent à la fois l’intérêt et les difficultés de la démarche de gestion intégrée, qui doit tenter de dépasser l’opposition entre prise en compte des intérêts des acteurs et protection du milieu.