Vers le rétablissement du caractère maritime du Mont Saint Michel

La prise de conscience de l’extension des schorres et de l’ensablement du Mont conduit au développement de projets de sauvegarde du caractère maritime du Mont arrêtés par le gouvernement et les collectivités locales le 28 mars 1995.

Les projets

Deux objectifs principaux sont poursuivis : rétablir le caractère maritime du Mont et requalifier le site en revalorisant l’accueil et l’approche des visiteurs.

Différentes études d’impact sont réalisées. La SOGREAH réalise le modèle physique de la Baie, à partir de deux modèles numériques : le premier pour déterminer les courants de marée dans le fond du golfe normano-breton et le second étudiant les opérations de remplissage et de chasse du Couesnon.

Après ces études, le programme général d’aménagement est proposé fin 1999, des enquêtes publiques ont lieu et en 2003, l’autorisation des travaux est obtenue. Toute une chronologie des travaux est fixée : le chantier commence en 2006 avec le barrage du Couesnon, va se poursuivre avec les travaux hydrauliques (à l’aval et à l’amont du barrage sur le Couesnon jusqu’à l’anse de Moidrey), puis avec la construction de nouveaux parcs de stationnement sur le continent.

Le nouvel ouvrage d’accès au Mont doit débuter début 2010. L’échéance des travaux est prévue en 2015, avec la destruction de la digue-route en 2014. Les études estiment que 80% des effets des aménagements seront perceptibles en 2020, et en 2025, un large espace de grèves sera à nouveau balayé par les divagations du Couesnon. L’ensemble du projet est financé par différents investisseurs (Union européenne, Etat français, Région Basse-Normandie, Région Bretagne, départements de la Manche et d’Ile et Vilaine, l’Agence de l’Eau Seine Normandie, l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne) et son budget global se chiffre à hauteur de 200 millions d’euros (avec une contribution de Veolia d’environ 46 millions d’euros). 

Détail des aménagements

Le barrage du Couesnon

Le premier aménagement décisif concerne le barrage du Couesnon, avec l’érection un nouveau barrage remplaçant celui de la Caserne, afin d’accroître les débits de jusant du Couesnon pour créer des chasses efficaces permettant d’entraîner les sédiments de la baie pour dégager les abords du Mont. Ce barrage doit permettre l’entrée d’eaux de mer à marée haute. Le remplissage s’effectue par surverse (par un écoulement au-dessus des vannes quelques temps après l’arrivée du premier flot) pour limiter l’entrée des sédiments marins dans le Couesnon.

Le fonctionnement du barrage est complexe : les eaux marines entrent par surverse dans le Couesnon à la fin de la montée de la mer et jusqu’à la pleine mer ; les vannes sont ensuite fermées lorsque la mer et le Couesnon ont même niveau : elles restent fermées jusqu’à six heures après la plein mer (sauf une petite passe pour les poissons) ; à partir de six heures après la pleine mer, on procède à une ouverture des vannes pour créer un effet de chasse ; les vannes sont fermées après la fin des chasses, mais elles maintiennent un écoulement minimal pour les poissons ; une ouverture partielle des vannes est effectuée peu avant l’arrivée de la marée montante afin d’éloigner du barrage les troubles abondants accompagnant l’arrivée du flot ; puis les vannes sont refermées. Les eaux libérées six heures après la pleine mer s’écoulent par sous-verse (avec un écoulement au-dessous des vannes) pour effectuer une chasse puissante selon deux chenaux passant de part et d’autre du Mont. De plus, des épis vont être érigés à l’ouest du bras occidental pour éviter des divagations du côté des polders, ainsi que des épis écarteurs le long du Mont.

En amont du barrage, d’autres travaux vont être effectués, avec tout un chantier de dragage pour lutter contre l’envasement du Couesnon. Cela va permettre d’augmenter le volume d’eau des chasses, par le curage du Couesnon et le recreusement de l’anse du Moidrey (un ancien lobe de méandre du Couesnon), et donc de gagner en efficacité pour dégager les abords du Mont. Les extractions de tangue, fertile, ans le canal vont être pour la plupart léguées aux agriculteurs. Ces extractions auront lieu entre 2010 et 2015 et représenteront un total d’environ 2 millions de mètres-cube de tangue. La distribution aux agriculteurs pour les besoins de l’agriculture maraîchère va permettre une valorisation de tous ces sédiments.

On va donc assister à une artificialisation complète des cours et du régime du Couesnon, ce qui garantira la pérennité de l’insularité en maintenant des écoulements de part et d’autre du Mont.

La suppression de la digue route

Le rétablissement du caractère maritime du Mont Saint Michel va en outre s’effectuer par le remplacement de la digue-route par un pont-passerelle. La digue-route bloque en effet les courants marins et en cela les désorganise, d’où la nécessité de rendre à la marée l’espace entourant le Mont. 

Le pont réalisé sera d’une architecture fine pour ne pas stopper le passage de l’eau, et plus épaix en profondeur pour pouvoir s’appuyer sur la couche de schiste. Cet ouvrage sera insubmersible, sauf dans le cas de marées exceptionnellement fortes. Un gué sera construit entre le pont et le Mont Saint Michel, avec un revêtement de béton chargé de miter la tangue.

Le projet est chargé de valoriser la traversée entre le continent et le pont. Les aménagements n’ont donc pas qu’un but strictement environnemental, mais également des enjeux touristiques. En effet, le Mont Saint Michel n’est autre que le premier site de province le plus visité (avec trois millions de visiteurs chaque année), inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, d’où la nécessité de trouver des remèdes à la dégradation de l’environnement autour du Mont et de sauvegarder un paysage maritime.

Une réhabilitation des accès au Mont est prévue, avec la construction d’un parc de stationnement et la mise en place d’un système de navette depuis le continent. Le respect de l’environnement est au centre des projets en assurant des moyens de transport collectif entre des parkings construits dans les polders et le Mont, alors qu’aujourd’hui les parkings au pied du Mont mitent le paysage et ne sont que pollution visuelle par rapport au site patrimonial. L’accès se fera par des navettes routières Veolia au design étudié. Cela permettra également d’avoir une approche plus fluide en supprimant le problème des embouteillages aux abords du Mont. Le projet comporte donc une requalification du site lui-même, avec une importance conséquente de l’impact paysager.

Mettre en valeur le rétablissement du caractère maritime

Toute une communication se développe autour de ces projets, afin d’informer le public et d’impliquer le maximum d’acteurs. Depuis le 15 Juin 2009, un pavillon d’information implanté au lieu-dit « La Caserne », peu avant la digue-route, informe les visiteurs sur l’avancée des travaux autour du rétablissement du caractère maritime du Mont Saint Michel, à partir de panneaux et de maquettes de présentation générale du projet ou de simulation visuelle des aménagements en trois dimensions.

Un journal d’information intitulé « La Baie réinvente le Mont » est également édité, il se présente comme le « Journal d’informations du rétablissement du caractère maritime du Mont Saint Michel » et expose au public les curiosités et les acteurs de la baie du Mont.

Cette publicité autour de l’exécution des travaux ne fait que contribuer à un accroissement de la fréquentation du site, prévu par l’amélioration de certains moyens d’accès comme l’autoroute des estuaires ou la construction éventuelle d’une voie ferrée de desserte. L’ensemble de ces travaux se réinscrit dans des projets plus globaux de valorisation des littoraux et de conservation des sites du patrimoine mondial.