Valorisation des berges

I- La « reconquête du front d’eau » comme objectif d’aménagement à Issy-les-Moulineaux

b. Un discours sur la valorisation des berges de Seine
La « reconquête du front d’eau », qui passe par la requalification d’anciens espaces industriels et l’effacement supposé des ruptures entre la ville et la Seine apparaît comme un élément très important pour l’image de la ville (PIÉCHAUD et HOURS, 2010). 
Les panneaux publicitaires des différentes promotions immobilières, disposés sur la voierie, jouent sur le thème de la proximité de la Seine et de la nature pour attirer des acheteurs potentiels.

Figure 2- Panneau publicitaire pour une promotion immobilière à Issy-les-Moulineaux (© E. Libourel, 2010)

À titre d’exemple, ce panneau présente les principales caractéristiques de la communication attachée aux promotions immobilières en cours à Issy-les-Moulineaux. D’une part, la Seine, pourtant absente de la photographie, est réintroduite à travers le nom donné à la promotion : « Issy Seine ». Ce nom associe étroitement la commune et le fleuve dans une relation d’interdépendance à laquelle l’acheteur potentiel associe une image positive. D’autre part, la couleur très nettement dominante de la publicité est le vert, présent comme fond, mais aussi à travers la végétation sur l’image de synthèse des futurs bâtiments. Ces derniers sont présentés sur font de ciel bleu, autre couleur associée à l’idée de qualité environnementale. La mention « BBC » pour « Bâtiment basse consommation » s’affiche également comme un label (il correspond à une certification selon laquelle la consommation d’énergie primaire du bâtiment est de 50% inférieure aux normes réglementaires). 
Ce sont les mêmes éléments, associant environnement, front d’eau et localisation géographique dans l’ouest de la petite couronne, qui se retrouvent dans les documents édités par les promoteurs immobiliers. À titre d’exemple, Bouygues Immobilier est le promoteur de deux opérations à Issy-les-Moulineaux, en bord de Seine, dont les noms mettent en avant le point de vue sur le paysage séquanien comme argument de vente : le « Visio » et le « Belvédère ». Ces programmes de logement font l’objet d’une communication fondée sur la valorisation de la vue sur la Seine et sur le parc de l’Ile Saint-Germain (pourtant visibles uniquement depuis les appartements orientés vers le nord), mais également sur la haute qualité environnementale des bâtiments. Ces éléments constitutifs d’un discours publicitaire participent de la création de valeur en faisant augmenter les prix de l’immobilier.
Un entretien avec les responsables du service de l’urbanisme de la mairie d’Issy-les-Moulineaux montre que les mêmes thématiques sont évoquées. D’après une responsable du service de l’urbanisme : « Il y a une préoccupation environnementale partout à Issy-les-Moulineaux. Peut-être plus encore sur les berges de Seine parce qu’il y a cet environnement naturel, parce qu’on est face au parc de l’Île St-Germain. » Sans cesse, l’environnement est mis en avant, avec d’autant plus de force qu’il peut être relié à la proximité de la Seine, élément de « nature » par excellence. 
Durant l’entretien, les responsables du service de l’urbanisme confirment que la Seine est importante dans les promotions immobilières car son paysage est un facteur indéniable de plus-value. Mais l’environnement est un thème récurrent dans leur discours, et il occupe une place centrale dans l’ensemble des promotions immobilières. La différence introduite par la proximité de la Seine ne porte donc pas sur le niveau de préoccupation pour ce thème mais sur la signification qui lui est donnée. En effet, pour les constructions de front de Seine, l’environnement est non seulement relié à l’idée de bâtiments HQE mais aussi lesté du thème de la « nature » essentiellement positive, élément paysager améliorant la qualité de vie, autour d’un cours d’eau idéalisé et aseptisé. Cette valorisation de la Seine est en effet étrangère à l’idée de pollution de l’eau ou encore d’inondation…
La continuité du bâtiment au fleuve, marquée par des façades souvent dotées de larges baies vitrées, est donc pour l’essentiel visuelle, passant par-dessus la voie sur berge et les cimenteries du port. 

c. L’effacement des discontinuités socio-spatiales ?