Une forte exposition


Crédits : Marion Salin

La ville de Dunkerque compte aujourd’hui plus de 70 000 habitants. Avec 17 autres communes, elle forme la Communauté Urbaine de Dunkerque, qui compte près de 210 mille habitants. Ce pôle urbain a pu se développer en grande partie grâce à l’industrie. En effet, les années d’après-guerre sont des années de reconstruction car la ville a été presque totalement détruite par les bombardements. L’industrie commence à s’implanter dès les années 1950 avec l’installation de l’entreprise sidérurgique d’Usinor, qui va très vite devenir le premier employeur du bassin d’emploi. En 1953, le ministère de la Reconstruction de la IV° République prend la décision de créer la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Dunkerque et les travaux commencent en 1957.

Tout au long des années soixante, les politiques publiques montrent une volonté de développer des industries peuplantes : de nombreuses populations ouvrières viennent s’installer avec l’implantation d’usines métallurgiques, de firmes d’aluminium. Ainsi, entre 1962 et 1975, 12 500 emplois sont créés dans le secteur de la sidérurgie, et les effectifs d’Usinor sont dans le même temps passés de 500 à 11 000 salariés. Ces implantations bouleversent le territoire : poursuite de l’extension du port sur la côte, arrivée des hauts fourneaux qui apportent un élément nouveau dans la lecture du paysage dunkerquois, construction de nouveaux quartiers dans la ville (quartier des Nouvelles-Synthes).

Dans les années 1970, le territoire est en constante expansion aussi bien sur le plan urbain qu’industriel. Le nouvel avant-port, la métallurgie, l’aluminium encerclent l’ouest de la ville. Celle-ci s’étend désormais dans toutes les directions et développe des liens de transports et d’échanges avec le reste du territoire français (canal à grand gabarit, autoroute vers Lille, centrale nucléaire de Gravelines ,…). Cependant, l’urbanisation qui a accompagné le développement de la ZIP révèle ses faiblesses : elle a souvent été réalisée sous forme de ZUP, placées entre deux zones industrielles. « Cette localisation est symbolique d’un blocage social et urbain » (J.Scheibling)

Apparaissent alors dans les années quatre-vingt, en réponse à cette crise urbaine, des politiques environnementales qui veulent poser les bases d’une nouvelle dynamique de création d’emplois industriels et tertiaires. Mais la crise économique et ses conséquences humaines et industrielles (fermeture de Chantiers de France par exemple) freinent la réalisation de ces politiques et l’expansion des zones industrielles et urbaines. C’est pourquoi tout au long des années quatre-vingt dix, se développe une politique urbaine ambitieuse, qui met en place de nombreux projets de réhabilitation (projet de la Grande-Synthe, projet Neptune). Le port ouest se modernise et reprend son expansion vers l’ouest de l’agglomération.

Ainsi, aujourd’hui, Dunkerque est le quatrième port industriel d’Europe : il occupe 7000 hectares (4000 occupés, 3000 disponibles pour une extension perpétuelle), a un trafic de 57,09 millions de tonnes (2007), abrite 15 usines SEVESO et modèle le paysage de l’agglomération dunkerquoise. En effet, la situation actuelle, produit d’un demi-siècle d’imbrication de développement urbain et industriel, reste problématique : si les acteurs politiques semblent avoir pris la mesure de la nécessité de séparer développement urbain et développement industriel, les héritages sont toujours là (la commune de Mardyck en est l’un des exemples les plus frappants).

Comment gérer aujourd’hui cet emboîtement de la ville et de l’industrie ? En quoi est-elle problématique pour les populations ?