Un territoire intégré à différentes échelles

 Fraction de l’espace urbain, le quartier pose la question du rapport de la partie au tout. On pourrait se demander si un quartier aussi individualisé que le Village ne porte pas en lui un risque de fragmentation de l’espace urbain. Or il n’en est rien. Pour citer Frank Remiggi, il s’agit d’un espace « ouvert et non répressif qui ne correspond pas au concept du ghetto » : tout en affirmant sa spécificité et son identité, le quartier reste ouvert à tous et l’affirme clairement.

 

 

 "AuVillage, nous croyons que les différences doivent enrichir plutôt que diviser" (Source : D. Besnard-Javaudin)

Par ailleurs, il s’agit d’un quartier extrêmement dynamique, animé par de nombreuses manifestations artistiques, expositions et installations. On peut en effet y admirer de vastes fresques murales ou des installations, comme par exemple, des réverbères recouverts de peluche rose. Ces installations permettent une mise en tourisme du quartier, qui est devenu un classique des visites de Montréal. Les manifestations et festivals proposés dans le quartier ont contribué à en faire un espace incontournable dans la vie culturelle montréalaise.

 

Fresque murale (Source : D. Besnard-Javaudin)

Des occasions particulières permettent de sceller cette union entre le quartier et la ville, comme par exemple le festival Aires Libres, dont c’est en 2013 la sixième édition. Le festival Aires Libres est une vaste manifestation artistique à ciel ouvert dans la rue St-Catherine, du mois de mai au mois de septembre 2013. La rue St-Catherine est piétonnisée pour l’occasion et se fait le théâtre de nombreux événements. Ainsi, par exemple, les Jeudis Image+Nation : tous les jeudis soirs, des courts métrages LGBT sont projetés au Parc de l’Espoir, au coin des rues St-Catherine et Panet. Autre exemple des événements proposés par Aires Libres 2013 : Les Boules Roses. Il s’agit d’une installation comportant 200 000 boules de résine roses, suspendues à différentes hauteurs à travers la rue St-Catherine. Ces boules font la promotion d’une vie en rose, telle que voulue dans la philosophie du Village.

Aires Libres fonctionne également en partenariat avec le festival Hors Piste, qui propose des représentations d’artistes de cirque en plein air, en face du métro Beaudry, avec des ateliers d’initiation et de découverte des arts du cirque. Enfin, tout au long de cette période, les commerçants du quartier proposent de nombreuses braderies et foires commerciales, qui attirent des clients de tout Montréal.

Nous avons donc ici le cas d’un festival centré sur le quartier, mais dont l’objet dépasse la thématique LGBT, et s’adresse à un public beaucoup plus large : il s’agit ainsi de remettre le quartier au centre de la ville.

Par ailleurs, on peut observer une volonté de connecter le quartier à l’échelle internationale. Sur la page d’accueil du site internet du Village, on peut lire : « Nous croyons que le Village doit devenir LA destination gaie mondiale. Nous voulons devenir Le village du monde ! »

Le Village est en effet un quartier d’importance pour la communauté LGBT du monde entier. Célèbre par son ampleur et sa visibilité, c’est lui qui, par exemple, a accueilli les Outgames mondiaux[1] de 2006, qui attirèrent près de 10 000 participants et plus de 250 000 touristes venus du monde entier.

 

 Bien intégré au sein de sa ville, le Village est donc également connecté à l’échelle mondiale. Or, cette particularité du quartier va permettre à la ville de Montréal de s’en servir comme vitrine, dans sa propre politique de promotion au niveau international.

 



[1] Jeux ouverts aux participants de tout sexe, tout âge, toute condition physique, et organisés par l’Association internationale Sportive pour les Gays et Lesbiennes.