Temporalité et résolution des conflits.

Etudier la temporalité des conflits d’usage permet de mieux comprendre leurs fondements, et donc les apports des tentatives de résolution. Un conflit oppose soit deux individus, soit deux groupes constitués. Dans le premier cas il prend plutôt la forme d’un accrochage et résulte de la coprésence d’individus, les jours de grande fréquentation des berges (comme le samedi ou les jours de congé) étant plus propices à son apparition. Dans le second cas, le conflit résulte de l’accumulation de tensions ou se cristallise autour d’une question d’aménagement, de changement d’affectation de l’usage d’une zone. Par rapport à un accrochage à court terme, il s’inscrit dans une logique de moyen terme.

De plus, le conflit d’usage n’est pas permanent : c’est un phénomène qui se réalise épisodiquement ou bien latent quand la conflictualité est larvée. Dans le premier cas, en dehors du temps de conflit a cours un temps plus quotidien de l’usage. C’est ce mode que le président de l’association des bateaux-logements de l’île de Puteaux décrit : « On ne pense pas tous les jours aux problèmes qu’on peut avoir avec l’ADHF. Ça revient périodiquement, au moment des renouvellements de conventions d’occupation temporaire (COT) , où il faut se mobiliser 6 mois pour remplir toutes les démarches, pièces, fournir tout ce qu’il faut. Mais bon… ça dure 6 mois tous les 5 ans [durée des COT]. ». Dans le cas où le conflit est latent, il est l’objet d’une réflexion, ainsi le chargé de développement de l’AAPPMA explique que le conflit opposant les rameurs et leurs bateaux-suiveurs aux pêcheurs est « un problème qui est là, auquel il faut penser, car des tensions s’accumulent ». Il reçoit périodiquement des courriers de pêcheurs se plaignant du comportement de rameurs.

La temporalité du conflit peut relever d’une fréquence bien plus irrégulière, voire constituer une exception. Ainsi, les associations de protection de l’environnement réagissent à des projets d’aménagement, le déroulement suit alors le calendrier des aménageurs. Pour la SNBS, les conflit d’usage avec les administrations et collectivités sont rares, mais ont la force d’un évènement. Il y a quelques dizaines d’années, lors de la construction de la voie sur berge, le club a été expulsé ; aujourd’hui son parking est menacé.

Enfin, la temporalité du conflit réside également dans son inscription dans la durée. Certains conflits ont un commencement assez lointain, comme celui opposant VNF et des bateaux-logements, depuis 1975 quand une redevance sur les bateaux-logements a été instauré, et l’ADHF en retour créée. Ils sont le signe d’une situation instable et non résolue. D’autres sont apparus lors d’un événement récent, comme l’adoption du Schéma.

Selon la temporalité des conflits, les solutions à apporter diffèrent. Un conflit latent ou potentiel peut être encadré à l’aide d’une charte, outil de pacification du développement durable, comme essaye de le faire l’AAPPMA en ce moment, en se tournant vers les associations d’aviron. Une charte est également en projet au conseil général autour des bateaux-logements. La fixation de règles, dans le cadre d’une fréquentation accrue des berges à cause de leur réappropriation, peut aider à éviter en amont les accrochages, et à réduire l’accumulation de tensions. Un bémol est cependant à apporter puisque pour tous les acteurs qui en envisagent l’écriture, les chartes viennent en seconde place des priorités. De plus, elles ne constituent une résolution qu’au niveau des groupes et non des individus. A cette échelle, des pratiques d’évitement raisonnables sont recommandées : certains pêcheurs utilisent déjà des fils plombés de manière à ce qu’ils coulent au plus près de la berge, pour éviter que les avirons s’y prennent. Certains rameurs ralentissent en passant devant un pêcheur en poste. Ces évolutions possibles sont pourtant plus faciles du côté des conflits d’usages, et moins en ce qui concerne les conflits d’aménagement, lesquels fixent bien plus durablement des usages dans l’espace.