Sortir d’une logique franco-française : les stratégies métropolitaines visant à se positionner par rapport aux villes de même rang en Europe

 « Lyon est bien maintenant une agglomération à la dimension d’une métropole européenne, à peine en retrait ou au même niveau que ses plus proches voisins, Genève, Turin, Marseille, ou un peu moins importante lorsqu’il s’agit des grandes villes avec lesquelles les responsables lyonnais aimeraient se comparer ou collaborer, Stuttgart, Milan, Barcelone. Mais l’ambition est là. » Portrait de la France, tome 2, Frémont A., Flammarion, 2011

L’ambition est là, les premiers résultats aussi. En août 2013, en pleine période de récession économique, le baromètre du cabinet d’audit financier Ernst and Young indiquait que la région lyonnaise n’avait jamais autant attiré les investisseurs étrangers et en faisait le 9e territoire métropolitain le plus attractif d’Europe (Paris occupant la deuxième place derrière Londres), loin devant Aix-Marseille, Toulouse et Lille. Historiquement bourgeoise, c’est en tant que place commerciale et culturelle d’envergure que Lyon entend s’affirmer à l’échelle européenne.
Au sein de la deuxième région de France par l’importance de sa population, son poids économique et la diversité des activités représentées, le Grand Lyon aspire désormais à dépasser les limites du cadre national, synonymes d’inféodation à la suprématie parisienne, et à développer ses relations avec d’autres villes européennes de même rang. Il s’agit de sortir d’une logique pyramidale jacobine - adjectif, faut-il le préciser, synonyme de « parisien » du point de vue lyonnais - et du cadre franco-français pour penser l’intégration de la ville à l’échelle de l’Union européenne dans le réseau métropolitain. Loin d’être démesurée, cette ambition peut compter sur la position nodale de l’agglomération lyonnaise sur l’axe lotharingien, à mi-chemin de l’Allemagne du Sud et de l’Italie du Nord. Autrement dit - et on peut y voir une belle illustration du fait que le façonnement des territoires n’est pas une lente évolution linéaire et cohérente mais un enchevêtrement de cycles et de contre-cycles -, Lyon aspire dans les prochaines décennies à valoriser cette même situation de carrefour qui avait assuré sa prospérité commerciale, de l’époque médiévale à la Renaissance, avant d’être délaissée dans le cadre de la construction nationale républicaine.

Des infrastructures de transport nodales à renforcer  :

Légende : Intégration de l’agglomération lyonnaise au sein du réseau métropolitain européen.
Crédit photographique : © 2013 – GrandLyon

Infrastructures autoroutières
Un quadrillage dense d’autoroutes permet aussi bien de s’orienter vers la péninsule ibérique, l’Italie du Nord, la Suisse que l’Allemagne du Sud. Pour autant, le périphérique de la ville est incomplet et il n’existe pas de contournement, ce qui provoque de nombreuses difficultés d’encombrements en périodes de pointe (au sein de l’agglomération lyonnaise, 600.000 voitures entrent et ressortent chaque jour, soit une augmentation du trafic de 30% entre 1990 et 2005). En la matière, les aménageurs peinent à sortir du tout-voiture et à lancer de nouveaux projets d’infrastructures de transport.
Infrastructures aéroportuaires
L’activité de l’aéroport international Lyon-Saint-Exupéry, troisième aéroport de France, peut encore être intensifiée. Il propose déjà des connexions avec Barcelone, Londres, Francfort ou encore Amsterdam.
Infrastructures ferroviaires
Le croisement des lignes nationales de TGV (à moins de 2 h de Paris et de Marseille) qu’il va être de plus en plus nécessaire de connecter aux voies ferroviaires des voisins européens. Les difficultés administratives et politiques (opposition des écologistes, plusieurs projets de tracé concurrents, etc) qui conduisent à repousser d’années en années le projet de LGV Lyon-Turin ne jouent pas en la faveur du projet lyonnais. Alors que les prévisions les plus pessimistes ne prévoyaient pas la mise en œuvre du projet avant 2030-2050, le président Hollande s’est engagé lors d’une conférence avec le président du Conseil italien à ce que les travaux soient engagés « fin 2014, début 2015 ».
Infrastructures fluviales
L’axe rhodanien, qui relie Lyon (troisième port fluvial européen) et Marseille (troisième port européen) mais demeure mal relié à la région rhénane ainsi qu’au Nord de l’Italie, pourrait être aménagé et favoriser la mise en réseau de l’agglomération lyonnaise.

Des projets urbanistiques d’envergure, destinés à renforcer le rayonnement lyonnais 
Un pôle d’activités : premiers des grands projets lyonnais de ce début de XXIe siècle à avoir été mené à terme (l’idée datait toutefois de plusieurs décennies), la Cité internationale de Lyon a été conçue sur le site de l’ancien Palais des foires par un des plus grands noms de l’architecture, l’Italien Renzo Piano. Depuis 2006, entre Rhône et Tête d’Or, la Cité internationale propose ainsi amphithéâtres, salles d’expositions et salles de conférences, ainsi qu’un pôle hôtelier de grand luxe (Hilton et Concorde), le tout à moins de 30 minutes de transports de la Part-Dieu et de l’aéroport Saint-Exupéry et relié au centre historique par les berges de Rhône.
Un pôle d’affaires : le quartier de la Part-Dieu, dont le développement est supposé s’inspirer de celui de la Défense à Paris, avec cet avantage toutefois que la Part-Dieu se trouve à seulement quelques minutes à pied du quartier historique. On y trouve le deuxième pôle tertiaire français (1600000 m² de bureaux), un des plus grands centres commerciaux européens ainsi qu’une plateforme multimodale de premier plan (gare TGV, connexion avec tous les types de transport en commun et avec l’aéroport via un mini-train). La place centrale de la Part-Dieu est en pleine rénovation et de nouveaux gratte-ciel doivent voir le jour.
Un pôle de vie : l’avant-gardiste quartier Confluence (cf. partie précédente) dont les 150 hectares vont permettre à Lyon de doubler la taille de son centre insulaire, qui doit permettre de proposer une nouvelle façon d’habiter la ville, innovante, verte et dynamique (le quartier concilie ainsi espaces verts, logements, commerces, pôles culturels et de loisirs et institutions - comme le Conseil régional).

Une marque à faire connaître 
A l’ère de la communication et du tout marketing, les territoires sont un bien de consommation comme un autre et chacun doit se faire valoir aux dépens des autres sur le marché. En déposant le label « Sud de France » en 2006 pour les produits artisanaux de la seule région Languedoc-Roussillon et en ouvrant un magasin à New-York, Georges Frêche, l’emblématique maire de Montpellier alors président de région, avait été l’un des premiers en France à se lancer dans le branding urbain. Qu’à cela ne tienne, Lyon a désormais aussi sa marque depuis 2008, et en anglais s’il-vous-plaît, « ONLY/LYON », grâce à l’engagement de plus d’une dizaine de partenaires (aéroports de Lyon, chambre de commerce et d’industrie de Lyon, Mairie de Lyon, Université de Lyon, Office du tourisme du Grand Lyon, département du Rhône, etc).


Légende : Entre héraldique et marketing : le logo ONLY LYON
Source : www.onlylyon.org et www.commons.wikimedia.org

Appuyée par un site adressé aux investisseurs, www.economie.grandlyon.com, la marque est selon sa propre page de présentation « la nouvelle bannière utilisée lors des opérations de promotion de l’agglomération lyonnaise et à son rayonnement à l’international ». L’objectif est simple : il s’agit de donner à Lyon un nom à l’étranger. Le raisonnement est tautologique : la marque doit « marquer » les esprits.

Conclusion

Si la notion de métropole économique en tant que « plac[e] de décision financière et organisationnelle des activités industrielles et tertiaires » a indéniablement fait ses preuves dans le champ de la connaissance géographique en vertu de ses apports heuristiques, il ne faut pas oublier que le simple fait qu’une agglomération s’autoproclame « métropole » entre dans la logique d’une stratégie de marketing territorial. Du concept scientifique, on passe ainsi aisément à l’argument commercial.
Les mots des promoteurs du Grand Lyon parlent d’eux-mêmes : « Aujourd’hui, la compétition mondiale entre les villes se joue sur la puissance des équipements, le poids démographique, ou encore la concentration des fonctions stratégiques, mais aussi sur la capacité à être repéré par les décideurs et les investisseurs ». Si Lyon bénéficie incontestablement d’atouts majeurs pour se faire valoir à l’échelle européenne, il s’agit pour les promoteurs de lui faire un nom et de lui faire gagner en visibilité. A l’ère du tout-marketing, les stratégies métropolitaines passeront forcément par des opérations de prestige et par un effort de communication. En la matière, chaque détail peut jouer (grands noms de l’architecture, victoires sportives, manifestations culturelles) autant que les données structurelles (population, activités, infrastructures de transport).