Séminaire "Ethique et armes nucléaires"

S1-S2, 10 séances

Responsables : Nicolas Roche (Ecole normale supérieure), Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (IRSEM / Sciences Po), Hubert Tardy-Joubert (Paris Ouest Nanterre La Défense / Sophiapol)

 

Présentation

Les armes nucléaires, par leurs effets physiques et les représentations qui les entourent, posent aux démocraties depuis 1945 un dilemme moral fondamental. La période qui s’étend de 1945 à 1991 voit ainsi se multiplier, notamment en Occident, les interrogations et questionnements, philosophiques, religieux et conceptuels, sur la moralité, l’immoralité ou l’amoralité de la dissuasion nucléaire. Depuis la fin de la Guerre froide, avec la disparition de la menace totalitaire soviétique et plus encore depuis la fin des années 2000, les débats théoriques qu’elle suscite ont pris un nouveau tour, plus moralisateur, plus absolu, plus accusatoire. Depuis 2014, alors que le spectre d’une guerre majeure à l’Est a été ranimé en Europe par les provocations russes, elle s’est faite plus pressante. Ce séminaire de recherche se propose de revenir aux questions de fond que pose la menace d’une arme de destruction massive telle que l’arme nucléaire pour une démocratie moderne, en mêlant approche scientifique et théorique, interrogation philosophique et éclairage historique. Il vise à appliquer à des objets précis – les armes et doctrines nucléaires - les notions et théories employées par ailleurs pour penser l’éthique de la guerre et des conflits, ainsi que les grandes catégories philosophiques du bien et du mal. 

 

Planning

Séance n°1 – Séance inaugurale autour de Pierre Hassner
Premier semestre : Panorama historique et philosophique de l’éthique des armes nucléaires

Séance n°2 – Introduction historique, technique et théorique au problème moral des armes nucléaires : cette introduction technique et doctrinale débutera par une remise en perspective historique des grands débats sur la moralité, l’immoralité ou l’amoralité de l’arme depuis 1945.Elle sera complétée du rappel de quelques faits et concepts stratégiques. Trois domaines plus particulièrement utiles à la réflexion philosophique seront notamment explorés en introduction. L’arme nucléaire tient sa singularité stratégique et historique des effets dévastateurs de son emploi, démontrés à Hiroshima et Nagasaki. Depuis 1945, toutefois, de nombreux concepts différents d’arme nucléaire ont été développés qui ouvrent la possibilité d’usages différents ; pour un esprit français, arme et dissuasion nucléaires se confondent généralement, mais l’histoire de l’ère nucléaire militaire montre que des doctrines très différentes, y compris d’emploi, ont été adoptées. Enfin, à la croisée de ces deux aspects technologiques et stratégiques, des options diverses de ciblage, c’est-à-dire de choix de cibles pour les armes, ont été développées par les grands Etats nucléaires.

Séance n°3 – Introduction philosophique à l’éthique de l’arme nucléaire et de la dissuasion, concepts et doctrines : cette deuxième séance sera consacrée aux concepts et doctrines de l’éthique normative contemporaine mobilisables pour penser l’arme nucléaire et la dissuasion (déontologisme, conséquentialisme, éthique de la vertu), et au domaine d’éthique appliquée dans lequel ces réflexions ont lieu : l’éthique de la guerre (jus ad bellum, jus in bello, jus post bellum), et plus précisément l’éthique des armes. On s’intéressera notamment à la manière dont l’arme nucléaire et les doctrines de dissuasion transforment le cadre classique de problématisation philosophique de la guerre juste, et du droit de la guerre. Ces éléments introductifs permettront de cadrer une question essentielle, qui occupera les quatre séances suivantes : les caractéristiques de l’arme nucléaire font-elles voler en éclat les théories de la guerre juste ?

Séances n°4 et 5 – Les critères de la guerre juste appliqués à l’arme nucléaire (autorité légitime, intention, proportionnalité, dernier recours) : au cœur des théories de la guerre juste développées depuis Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, figurent les notions d’autorité légitime, d’intention et de proportionnalité. Certains stratèges et philosophes ont pu estimer que l’arme nucléaire, par ses caractéristiques fondamentalement différentes, faisait voler en éclat les grandes catégories traditionnelles de l’éthique de la guerre. Qu’en est-il exactement et que nous enseignent les grands penseurs de la guerre en la matière ? L’examen des grands principes de l’éthique de la guerre, de l’éthique normative et l’application d’une approche conséquentialiste seront privilégiés pour tenter de répondre à ces questions. Les résultats de cette étude seront mis en regard d’une perspective déontologiste, en contrepoint, s’interrogeant cette fois sur la moralité même de l’intention d’agir.

Séance n°6 – Mal absolu ou mal transitoire nécessaire, principes de philosophie morale (essence de l’acte / conséquences de l’action) et évolution de la théologie : l’arme nucléaire a parfois pu être caractérisée comme un mal absolu, intrinsèque, en raison de ses effets dévastateurs. Elle a pu aussi être qualifiée de mal acceptable de façon transitoire tant que subsistait la menace d’une puissance totalitaire soviétique en Europe et à condition que l’objectif de sa suppression reste un horizon crédible. L’objectif de cette séance sera de prolonger la réflexion issue de l’éthique normative en direction d’une problématisation cette fois méta-éthique de la dissuasion nucléaire. Le concept de mal est-il légitime pour qualifier l’arme nucléaire et, si oui, faut-il entendre celui-ci de façon substantielle et absolue ou dialectique et relative ? Les réflexions de nature théologique depuis 1945 se sont en particulier portées sur ce dilemme moral de l’arme elle-même, en dehors de toute considération liée aux doctrines. Cette séance s’intéressera donc notamment à la façon dont les différentes ontologies morales issues de la tradition philosophique permettent de caractériser l’arme nucléaire dans sa singularité. Elle portera en particulier sur l’évolution doctrinale de la théologie en la matière.

Deuxième semestre : Est-il possible de définir une théorie morale de la dissuasion nucléaire ?
Quatre séances de trois heures seront organisées autour de grands philosophes et penseurs, invités à proposer leur propre théorie morale de la dissuasion nucléaire au XXIe siècle, ou au contraire à en démontrer l’immoralité / l’amoralité. Le programme précis des invités sera établi au premier semestre.

Salle 235 A - mercredi 17h - 20h - séminaire mensuel

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