Séance du 8 février

Du land art aux arts du land, les dimensions spatiales de l’art
contemporain

Anne Volvey

 

Dans les années 1960, les land artistes états-uniens conduisent contre le monde de l’art trois stratégies spatiales : l’outdoor, l’in situ et le changement d’échelle des objets d’art. Ces stratégies spatiales ont deux conséquences principales : une conséquence méthodologique –l’introduction de pratiques de terrain (fieldwork) dans l’activité artistique–, une conséquence politique –le développement du land claiming (revendication du sol pour un usage artistique) qui engage le collectif social dans des situations artistiques. Ce faisant, le Land Art marque un "tournant spatial" dans l’art contemporain et sa manière de faire avec l’espace/les lieux fonde une matrice esthétique –dont les paradigmes sont sans conteste les oeuvres programmatiques de Dennis Oppenheim et les systématisations pratiques de Christo et Jeanne-Claude.

 



En donnant un principe spatial au caractère relationnel ou contextuel de l’art contemporain, cette matrice devient un modèle d’activité incontournable pour les ingénieries spatiales (aménagement, urbanisme, architecture) du développement territorial post-industriel –un modèle problématique pour les artistes, auxquels il est fait injonction d’animer les lieux ou le corps social via l’espace/les lieux, et problématisable par les chercheurs.

Cette présentation de l’art contemporain centrée sur l’activité artistique, et qui place résolument l’objet d’art dans la perspective de celle-ci, tend à montrer ce que cette prise en compte du spatial par la géographie apporte à la compréhension de l’art contemporain, à côté des apports théoriques et conceptuels d’autres traditions analytiques mieux reconnues à son endroit (esthétique, histoire de l’art ou critique d’art, sociologie de l’art).