Séance du 20 octobre

 

La cristallisation d’un genre romanesque à la confluence de la littérature et de la géographie

Le roman de pays

Elisabeth Souny

 

Mercredi 20 octobre 2010, 9h-11h. La séance aura exceptionnellement lieu en salle Info 5

 

Le mot pays est un terme ancien, usité aussi bien dans la langue vernaculaire que dans le langage érudit. Il présente une remarquable polysémie puisqu’il peut renvoyer à plusieurs niveaux de signification territoriale : en effet, au niveau national, le pays est un équivalent affectif et symbolique de l’Etat-nation, tandis qu’au niveau local, il recouvre le territoire d’appartenance ou d’origine, c’est le village ou la province natale, la petite patrie.

Le terme fait l’objet d’une conceptualisation précise au début du XXème siècle. Cette période voit, en effet, l’apparition d’un niveau de signification construit par la géographie régionale qui réactualise d’anciens découpages territoriaux toujours présents dans les mentalités, en partie héritiers des anciennes provinces. C’est un concept-clef de la nouvelle école vidalienne1 de géographie française.

L’élaboration d’une nouvelle géographie est rapidement apparue indissociable d’un certain enseignement de la discipline. L’enseignement géographique s’enracine lui aussi réellement dans une analyse concentrique croissante de la petite patrie à la patrie tout court, puis de la patrie au reste du monde. Le début du XXème siècle est pour ainsi dire « l’âge du vidalisme à l’école2 ». De ce fait, parvient à maturité, dans la première moitié du XXème siècle, toute une génération de romanciers et de lecteurs formés par cette géographie. La géographie vidalienne a pu constituer, notamment pour les romanciers de la période de l’entre-deux-guerres, un répertoire d’images, un imaginaire et une interprétation politique et morale du monde.

Le concept vidalien de pays a ainsi été progressivement naturalisé dans le champ romanesque pour former, à la rencontre avec une tradition littéraire longue du roman rustique, un genre romanesque original, le roman de pays, ancré dans une géographie restreinte.

Nous étudierons tout particulièrement des œuvres romanesques de l’entre-deux-guerres avant d’observer les permanences et mutations du genre jusqu’à nos jours : de la renaissance des années 1960-1970, au regain des années 2000.

 


1. Paul Vidal de la Blache, Tableau de la géographie de la France, Paris, 1903, et Lucien Gallois, Régions naturelles et noms de pays, 1908.
2. Isabelle Lefort, La Lettre et l’esprit. Géographie scolaire et géographie savante en France, Paris, Editions du CNRS, coll. Mémoires et documents de géographie, 1992, p.60.