Roubaix, ville ouvrière hier et aujourd’hui

Roubaix ville ouvrière, hier et aujourd’hui

Roubaix est une " Ville d’Art et d’Histoire ", label officiel français attribué depuis 1985 par le Ministère de la Culture aux communes ou pays de France qui s’engagent dans une politique d’animation et de valorisation de leurs patrimoines bâti, naturel, et industriel, ainsi que de l’architecture.

Ainsi, les politiques urbaines placent au fondement de leur action l’héritage industriel de Roubaix, héritage qui marque encore fortement le paysage et le rapport que les habitants entretiennent avec ville. Comprendre cet héritage constitue donc un enjeu majeur pour comprendre la rénovation urbaine à Roubaix.

L’importance des héritages ouvriers

Au XIXème siècle, Roubaix est appelée la « Manchester française » car elle est l’une des capitales mondiales du textile, abritant même la bourse de la laine.

La ville se développe grâce à son industrialisation et de nombreuses usines rythment l’activité économique et sociale des Roubaisiens.

On appelle Roubaix la « ville aux mille cheminées ». L’organisation de la ville reflète l’organisation hiérarchique de l’usine : aux quartiers pauvres de courées et d’habitations ouvrières (photo 1) s’opposent les quartiers plus aisés des ingénieurs (photo 2), des contremaîtres et la riche propriété du patron. De nombreux bars témoignent du rôle des goguettes, sociétés festives, dans les formes de sociabilités populaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 2. Roubaix, maisons des ingénieurs © Marion Salin, 2010

 

1. une courée à Roubaix © Marion Salin, 2010

 

La ville est confrontée à la crise de l’industrie textile à partir des années 1970. Cette crise est notamment due au fait que les patrons n’ont pas suffisamment investi dans les textiles synthétiques : le matériel de production est trop vieux pour soutenir la concurrence des pays du Sud, vers lesquels est délocalisée une grande partie de la production.

Les premières fermetures d’usines ont lieu en 1975, même si la Lainière de Roubaix ne ferme qu’au début des années 2000, ce qui montre l’étendue temporelle de la crise. Roubaix est alors fortement touchée par le chômage.

Cette brève présentation de l’histoire industrielle de Roubaix nous permet de comprendre trois éléments, essentiels pour appréhender les politiques de rénovation urbaine à Roubaix :

  • Il n’y a plus de correspondance entre le bâti roubaisien et son occupation. Ainsi, les anciennes usines tombent en ruine. Il a fallu les racheter puis les démolir, ce qui prend beaucoup de temps et peut poser des problèmes de conflits de mémoire.
  • Le tissu urbain de Roubaix est marqué par de nombreuses friches urbaines et de dents creuses (terrains non bâtis à l’intérieur de zones construites). L’un des principal souci des aménageurs est de reconvertir ces friches urbaines, pour éviter toute réappropriation de ces espaces (notamment par des squatteurs). Cela ne va pas sans poser problème puisque certaines sont très polluées. Ces dépollutions sont extrêmement coûteuses et réalisées à des degrés différents selon l’activité que l’on souhaite implanter. Le degré de dépollution est maximal dans le cas de parcs de jeux pour enfants. La destruction de bâti sur les friches provoque également des problèmes esthétiques car cela montre les arrières de bâtiments, des décrochements. La question des friches urbaines pose donc des problèmes importants et focalise l’attention des pouvoirs publics.
  • La présence de nombreuses friches pose un problème en terme d’espaces publics. L’idée privilégiée est le développement des « espaces publics de qualité », alors qu’au 19ème siècle, la ville était minérale, sans espaces verts. Hormis le parc Marbieu, tous les parcs actuels sont d’anciennes propriétés de grands patrons, d’où la brutale rupture entre les quartiers ouvriers et les parcs. Il s’agit donc de recréer des parcs et des espaces verts sur d’anciennes friches industrielles. Le contexte actuel de promotion du développement durable peut aider à ce développement (cf. infra)

Roubaix apparait aujourd’hui comme une ville en reconversion industrielle, qui comme d’autres villes françaises qui ont subi la désindustrialisation, doit faire face à des difficultés particulières posées par l’héritage ouvrier.

Vivre avec les héritages

Aujourd’hui, Roubaix est une ville fortement touchée par le chômage (environ 20% aujourd’hui).

On mesure aujourd’hui les retombées de la politique de « ressources humaines » de l’industrie textile jusque dans les années 1960. Les ouvriers étaient embauchés jeunes et sans formation. Aujourd’hui, les emplois sont désormais trop qualifiés, dans un contexte de développement de la métropole lilloise et de la coopération européenne. Roubaix doit réussir à dépasser cette pauvreté face à la tertiarisation de l’économie.

Un des défis majeurs à relever est alors celui de la formation. Du fait de ce manque de formation structurel, les actifs de Roubaix forment une population très captive – la plupart du temps, ceux qui sont insérés sur le marché du travail partent s’installer ailleurs.

Pourtant, l’enjeu de la rénovation urbaine est de mettre en valeur, malgré la crise, ce patrimoine ouvrier, ce qui ne va pas sans provoquer de véritables "conflits de mémoire" (VESCHAMBRE, 2009). Les acteurs publics ont alors cherché à relier les changements socio-économiques à la revalorisation de la mémoire ouvrière. Mais comment décider d’une telle revalorisation ? L’exemple de la mobilisation d’anciens ouvriers contre la destruction d’une usine faisant face à leurs habitations, montre que la rénovation ne va pas de soi.

Car dans certains projets, les équipements construits sur les friches ou dans les anciennes usines ne sont pas utilisés par les classes ouvrières. C’est par exemple le cas de l’école de danse, installée dans les locaux d’une usine, qui propose des cours chers et organise des stages de danse de renommée internationale, mais onéreux.

En outre, l’un des buts affichés de la rénovation urbaine est que les habitants aient envie d’intervenir eux-mêmes sur leur bâti. Beaucoup d’habitants sont propriétaires de leur logement qui est souvent leur seul bien et parfois issu d’un héritage. Ces logements sont toutefois souvent très dégradés, comme cela a pu être le cas des « choques », les bandes de maisons mitoyennes traditionnelles. Cela a justifié en partie l’expropriation de personnes qui refusaient de faire des travaux, notamment des personnes qui habitaient là depuis longtemps. La participation des populations et son association au projet urbain est un défi très important, qui là encore peut trouver un nouvel essor grâce aux stratégies de développement local durable.