Quelles perspectives pour les habitants des quartiers sociaux de Lyon ?

De la rénovation urbaine à la vie quotidienne : quelles améliorations ?  

Si les travaux de rénovation des quartiers de logement social ont pour but la revalorisation d’un quartier à l’échelle de l’agglomération, ils doivent aussi améliorer les conditions de vie des habitants. À Mermoz-Nord par exemple, plusieurs outils ont été mis en place qui sont censés améliorer le confort, l’accessibilité et la cohésion sociale au sein du quartier.

La rénovation du bâti repose d’abord sur une réduction des charges énergétiques : les nouveaux immeubles construits respectent les labels HQE (Habitat à Haute Qualité Environnementale) et BBC (Bâtiment à Basse Consommation Energétique). Les travaux vont aussi dans le sens d’une sécurisation des immeubles (grilles, digicodes), d’une meilleure accessibilité (ascenseurs, accès pour les handicapés), et cherchent à encourager la vie de quartier, avec le développement d’espaces publics au sein du nouveau quartier (parcs, places, etc.). Cependant, la résidentialisation des nouveaux logements construits ou rénovés passe par la séparation physique des espaces publics et des espaces privés, ce qui peut limiter les possibilités d’interaction sociale entre les habitants du quartier et constitue alors un frein à la mise en place d’un véritable espace public. 

En parallèle, pour promouvoir et renforcer la cohésion sociale et territoriale à Mermoz, plusieurs initiatives ont été lancées. Le projet participatif « Eclairage citoyen » proposé par Lucas Goy dans le cadre de la Fête des Lumières de Lyon 2011 proposait par exemple des installations lumineuses en concertation avec les habitants ayant vocation à être pérennisées, contrairement aux installations éphémères qui caractérisent la Fête des Lumières. Cependant, ce projet porté par les pouvoirs publics n’a, semble-t-il, pas suscité l’adhésion des habitants puisque les installations n’ont finalement pas été mises en place. 

 
Le projet « Prenez racines ! » de l’artiste Thierry Boutonnier,
à Mermoz (© Julie Fromentin)
 

Des projets initiés par des acteurs indépendants ont aussi vu le jour, comme le projet d’artiste initié par Thierry Boutonnier « Prenez racines ! », qui propose, à travers la création d’une pépinière urbaine, de faire participer les habitants du quartier à la culture de végétaux qui seront utilisés dans l’aménagement du quartier rénové de Mermoz. Le travail de l’artiste, porté notamment sur l’enjeu de l’attachement au quartier (via la métaphore de l’enracinement), vise à conforter des liens sociaux mis en péril par la rénovation radicale du quartier et à favoriser un sentiment de continuité de l’appartenance à Mermoz à travers notamment la plantation, l’entretien des arbres et l’aménagement de la pépinière par les habitants.

Perspectives critiques pour le logement social à Lyon à moyen et long termes

Au vu des travaux de rénovation ou d’amélioration effectués dans les différents quartiers étudiés, il est possible de s’interroger sur l’avenir des quartiers de logement social à Lyon.

A Mermoz, on peut se demander si la situation locale va réellement changer. Au-delà d’une rénovation thermique, les travaux relatifs au projet Entrée Est cumulent les problèmes d’une rénovation faite rapidement, avec des économies réalisées sur les matériaux au détriment de la qualité de réalisation. De plus, la question de la cohésion entre les quartiers Nord et Sud de Mermoz risque de se poser à moyen terme. La volonté de réunification des deux quartiers s’incarne physiquement dans la destruction de l’autopont. Mais d’un point de vue social, l’unité de Mermoz posera peut-être encore question après la rénovation, dans la mesure où l’on aura d’une part un quartier rénové, avec une certaine mixité sociale (Mermoz Nord), et d’autre part un quartier Sud avec toujours 100% de logements sociaux et un parc immobilier vieillissant. Enfin, la rénovation peut aussi avoir des effets pervers – quoique prévisibles –, notamment à travers une augmentation sensible des charges que les habitants peinent parfois à anticiper et qui réduit d’autant leur pouvoir d’achat.

La construction du quartier Gratte-ciel Nord pose aussi un certain nombre de problèmes, dans la mesure où elle se fonde sur un travail de table rase du quartier existant, qui est susceptible de détruire le sentiment d’appartenance des habitants au quartier et d’en obliger certains à quitter le centre-ville. Le projet Gratte-ciel Nord se veut en accord d’un point de vue culturel et patrimonial avec les gratte-ciels historiques de Villeurbanne. Mais d’un point de vue social, la question de la cohésion entre ce nouveau quartier et le quartier historique des gratte-ciels est en jeu. La création de ce nouveau quartier, pensé comme le prolongement des gratte-ciels mais néanmoins réalisé à partir de la destruction du bâti historique peu dense qui abrite essentiellement des locataires modestes du privé ou de petits propriétaires occupants, nécessite l’expulsion forcée des habitants pour qui le relogement sur place est impossible, les nouveaux logements étant attendus pour 2020. De plus, la construction de ce nouveau quartier risque d’engendrer une envolée des prix pouvant mettre en péril la mixité sociale de Villeurbanne, dont le quartier historique est caractérisé par une relativement grande diversité socio-économique et par une population très stable malgré des logements très demandés. 

Dans le quartier des Etats-Unis, les tentatives de rénovation urbaine et de valorisation d’un quartier de logements sociaux se font notamment par l’art : le projet « 8ème art » prévoit ainsi la construction de dix œuvres d’art dans le quartier. Mais les œuvres ne sont pas toujours comprises et peuvent susciter des formes d’opposition – à travers la dégradation des œuvres d’art notamment – de la part des populations locales qui y voient une dépense inutile de l’argent public. L’œuvre Kiosk de Karina Bisch, par exemple, a dû être grillagée pour prévenir d’éventuels accidents d’enfants qui y voyaient des jeux et tentaient de l’escalader, tandis que l’œuvre Quatre vitrines pour un patio, d’Armando Andrade Tudela, a été vandalisée plusieurs fois.

Dans ce quartier se pose ainsi le problème d’un art qui, géré par un bailleur n’ayant ni les compétences techniques ni les connaissances pour s’en occuper, est pourtant proposé comme un moyen (peu coûteux) d’améliorer la vie du quartier. Pourtant cet art urbain n’est pas relationnel, ne mobilise pas les habitants et ne s’inscrit pas forcément au centre de leurs préoccupations.