Quel avenir pour Nantes, métropole culturelle ?

 

Une métropolisation culturelle créatrice d’hétérogénéité territoriale 

A Nantes, les stratégies métropolitaines s’appuient largement sur des projets culturels dont on a vu la diversité. Cependant, tous les territoires urbains nantais ne sont pas concernés de la même façon par ces projets métropolitains. Deux logiques se superposent. La logique métropolitaine met les territoires en prise avec la mondialisation : en effet, pour la géographe Cynthia Ghorra-Gobin, la métropolisation peut se définir comme la traduction urbaine de la mondialisation et place les villes en concurrence les unes par rapport aux autres. Chaque ville développe des stratégies de "placement", qui à Nantes prennent la forme d’une revalorisation culturelle de certains espaces (l’Ile-de-Nantes ou le quartier de la Cité des Congrès par exemple). Une deuxième logique, urbaine et locale, fait face à ces stratégies métropolitaines, elle renvoie à des territoires du quotidien ainsi qu’à l’habiter des populations locales.

Cette opposition d’échelle se lit particulièrement clairement sur l’Île-de-Nantes. Ce quartier matérialise une tension entre un projet urbain local affirmant sa volonté de renouer les liens entre le fleuve et la ville en créant de nouvelles formes d’appropriation des berges et un projet d’échelle nationale voire européenne où Nantes se rêve « capitale culturelle ». Ces deux logiques sont contradictoires et pourtant au cœur de tout projet d’aménagement urbain.

En sélectionnant des territoires, la métropolisation se fait également créatrice d’inégalités sociales. Sur l’Ile-de-Nantes, et depuis l’achèvement des premières réalisations culturelles, se perçoit une montée en puissance de la gentrification, c’est-à-dire d’une forme d’embourgeoisement de l’espace (Anne Clerval). En effet, la transformation des anciennes zones portuaires et industrielles en lieux touristiques et culturels comporte des risques de gentrification et d’évolution en quartier « musée », ainsi que le souligne Aude Chasseriau dans un article sur le renouvellement urbain nantais (CHASSERIAU A., 2004. « Au cœur du renouvellement urbain nantais : la Loire en projet », Norois 192, 2004/3, pp. 71-84). De quartiers populaires et d’une population majoritairement ouvrière aux temps des chantiers navals, l’Ile-de-Nantes voit son habitat, ses espaces publics et la composition sociale de sa population se transformer, et une augmentation des prix du foncier est perceptible.

 

Culture sélective vs culture populaire

Cette opposition des échelles locale et globale permet de nous interroger sur les bénéficiaires des stratégies métropolitaines axées sur la culture. A qui profite la métropolisation ? Quels acteurs bénéficient réellement des projets culturels ? Ces projets se pensent à une échelle essentiellement européenne : il s’agit de s’insérer dans le réseau des villes métropolitaines impliquées dans la globalisation, alors que la population locale peut peiner à se réapproprier de tels projets.

On peut s’interroger sur la nature de la culture produite par les autorités municipales et les acteurs privés et sur la sélectivité de la culture promue par des projets métropolitains. Que reste-t-il par exemple de la culture populaire sur l’Île-de-Nantes ? Certains bâtiments des anciennes friches industrielles de l’ouest de l’Ile étaient occupées, avant les actions de renouvellement urbain de la fin des années 1990, par des squats d’artistes, qui ont disparu depuis lors. Cette pratique des squats semble avoir été étouffée pour mettre en place une culture dite « officielle ».

La culture promue correspond-elle à l’identité de la ville ? A Nantes se manifeste notamment l’identité bretonne à travers la pratique de fest-noz ou de cours de langue bretonne, un angle qui n’est pas abordé par les nouveaux projets urbains et les nouvelles manifestations culturelles qui se placent au cœur de stratégies métropolitaines. La pratique annuelle d’un carnaval à la mi-carême, voyant converger un large public dans le centre-ville, peut également faire écho à cette tension : n’y a-t-il pas opposition entre une culture sélective et une culture populaire au sein des projets urbains métropolitains ?

 

« Le Carroussel des mondes marins ».

Ce manège géant, plus précisément dénommé « Carrousel des mondes marins », constitue l’une des parties du dispositif des Machines de l’Île de Nantes. Ouvert au public en juillet 2012, il renferme 35 sculptures de créatures marines fixées sur un plateau tournant. L’ensemble de la structure, qui renvoie à la dimension aquatique de l’Île mais aussi à l’ouverture sur la mer de la métropole, est relié à la Galerie des Machines par le trajet du Grand Éléphant (source : Eloïse Libourel).