Montbard, un pôle métallurgique dans un territoire rural

L’importance du monde de l’usine à Montbard

Depuis les années 1930, le territoire de Montbard et de ses environs a été profondément transformé par le secteur industriel. Sur une zone relativement réduite de quelques hectares se concentrent neuf entreprises liées à l’industrie métallurgique de pointe. Elles drainent à elles seules près de 10% des actifs du bassin d’emploi (chiffres INSEE, 2010), soit nettement plus que la moyenne bourguignonne, qui plafonne autour de 6% des actifs dans les groupes industriels.

À l’échelle locale, l’usine Vallourec (photographie 1) a d’ailleurs une importance historique et sociale, et a contribué à la modification du tissu urbain, ainsi qu’à l’encadrement de la population depuis les années 1930 (Weber, 2008). À l’image de ce qui s’est fait au Creusot, l’usine a ainsi participé de la construction de logements et d’infrastructures urbaines pour ses ouvriers et ses cadres jusqu’en 1939, avant de les céder dans les années 1970 puis 1980, laissant la place à l’État et aux organismes publics (Weber, 1989).

L'usine SM-ST à Montbard

Photographie (à droite) : l’usine SM-ST à Montbard, un des piliers du futur pôle d’excellence rurale ? Source : Daniel Florentin

Les dynamiques de la désindustrialisation

Pour autant, depuis les années 1980, dans la même logique que ce qui a pu s’opérer dans le reste de l’Europe de l’Ouest, les usines de métallurgie de Montbard ont connu les mouvements d’une forte désindustrialisation.

Concrètement, cela s’est traduit par un double processus : une diminution drastique des effectifs en place et une progressive réorientation des processus de production vers des produits à haute valeur ajoutée. On retrouve ici un constat qui a été fait à l’échelle nationale, et dont Montbard donne une illustration saisissante. De 2 500 employés il y a 30 ans, la principale usine Salzgitter Mannesmann - Stainless Tubes (SM-ST) n’en compte guère plus de 400 employés fixes auxquels s’ajoute un maximum de 400 intérimaires, mobilisés dans les périodes d’intense activité. Comme le soulignent les États généraux de l’industrie, peu de sous-secteurs se caractérisent en effet « par un duo vertueux de maintien des effectifs et de croissance de la valeur ajoutée » (Dehecq, 2010). Les logiques d’externalisation des activités et de précarisation des conditions de travail ont ainsi été appliquées pleinement dans le secteur local de la métallurgie.

Un tel processus a du même coup engendré une transformation profonde des structures sociales locales. La ville a ainsi connu une forte diminution générale des chiffres de population : le pic démographique a été atteint en 1982, avec 7 500 habitants, avant de connaître un déclin assez continu, qui s’est stabilisé autour de 5 500 habitants en 2007. Concomitamment, la part des actifs travaillant dans l’industrie a diminué et celle des retraités a augmenté continûment, pour atteindre plus de 40% des habitants du bassin de vie. Cette transformation sociale est complétée par un développement du nombre de navetteurs travaillant dans la région parisienne. Le territoire de Montbard se dissocie progressivement de son héritage et de son ancrage industriels. Peu à peu, il devient un espace périurbain de la métropole parisienne, inscrit dans les logiques de spécialisation liées à la mondialisation.