Présentation

Compte-rendu réalisé par COSTA Florence, DELASSALLE Martin, LEON Aurore, OLOUKOI Chrystel, OTT Anne-Cécile, POLAK Emilie (contact : nom.prenom@ens.fr)

Ville Lumière et lieu de la Biennale d’art contemporain, Lyon est aussi réputée pour sa tradition d’art mural, et caractérisée par la présence de nombreuses friches industrielles, lieux privilégiés d’un art off, défini comme tel par sa situation en marge de l’institution culturelle. Elle offre ainsi une perspective sur les différentes manifestations de l’art en contexte urbain : art in situ, art public, friches artistiques à l’ancrage local ou musées et lieux d’exposition de rayonnement international, jusqu’à la façon dont le paysage urbain lui-même peut être « mis en œuvre ». La dimension culturelle de la métropolisation et le tournant spatial de l’art contemporain (Volvey, 2007) créent un contexte doublement favorable au développement de ces formes d’art dans la ville.

On peut ainsi se demander si ces formes d’art présentes contribuent ou non à « faire la ville ». Cet enjeu peut prendre deux sens dans le cas de la métropole lyonnaise : d’une part, il renvoie à la volonté pour la seconde agglomération de France de se construire comme un pôle de rayonnement d’envergure européenne ou mondiale ; d’autre part, il correspond à la nécessité d’intégrer ses marges économiques et sociales dans le tissu urbain pour que la ville forme un tout cohérent. La question de l’existence d’un « art de faire la ville » à Lyon interroge donc la façon dont l’art présent dans la ville peut répondre à des enjeux d’aménagement, devenir un outil d’aménagement ou une manière d’aménager.

Il importe dès lors de comprendre les jeux d’acteurs impliqués, et à travers eux les différents discours en présence sur la ville et son rapport à l’art. Les aménageurs de la métropole, pour leur part, s’inscrivent dans les nouvelles tendances d’un urbanisme esthétique qui confère de plus en plus d’importance aux aspects visuels et sensibles de l’urbain, considérés comme ayant des vertus non seulement d’attractivité mais aussi de « liant » social, qui méritent d’être envisagés sous un angle critique. Parallèlement, les artistes tiennent des discours différenciés : certains ont des intérêts d’ordre exclusivement esthétique et ne cherchent qu’à obtenir le droit de s’approprier un espace pour leur création, faisant leur œuvre plus qu’ils ne font la ville ; d’autres sont amenés à s’associer aux politiques culturelles menées par les aménageurs et à œuvrer de concert avec eux ; d’autres encore mènent de leur côté des actions à vocation sociale selon leur propre conception d’un « faire la ville », parfois dissidente face au discours aménagiste dominant. Enfin, l’art se définit aussi par le public qu’il vise et parvient ou non à atteindre : la réussite d’un « art de faire de la ville » se mesure à l’aune de l’impact social des œuvres et activités concernées, et du mouvement d’acceptation-appropriation ou au contraire de rejet qu’elles entraînent.

C’est la complexité de ces actions artistiques sur et dans la ville, en termes d’acteurs comme d’enjeux, que nous interrogeons ici à travers quelques cas symptomatiques. Dans un premier temps, nous verrons en quoi Plan Lumière et Fête des Lumières sont exemplaires d’une « fabrique de la ville » contemporaine qui met l’esthétique et l’événementiel au cœur de l’aménagement. Nous examinerons ensuite, en mettant en regard deux projets d’art public des quartiers de Mermoz et des Amériques, la possibilité de faire de l’art un moyen de requalification urbaine, qui dépend d’une combinaison d’acteurs souvent en équilibre fragile, parfois dysfonctionnelle ou conflictuelle. Enfin, le cas de la Friche Lamartine permettra d’appréhender le versant off de l’art urbain et sa capacité à « faire la ville » par le bas, dans un rapport toujours ambigu avec les logiques in et les pouvoirs publics.

 

Plan

I. Le Plan Lumière : un art lyonnais de faire la ville

II. L’art : outil de requalification urbaine ?

III. La Friche Lamartine : enclave d’artistes dans la ville ou matrice d’un art de faire la ville alternatif ?

IV. Conclusion

 

Bibliographie

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BARTHON Céline, GARAT Isabelle, GRAVARI-BARBAS Maria et Vincent Veschambre, 2007, « L’inscription territoriale et le jeu des acteurs dans les événements culturels et festifs : des villes, des festivals, des pouvoirs », Géocarrefour, Vol. 82/3, 111-121.
BOUHADDOU M.-K., 2014, « Nouvelles pratiques artistiques dans les quartiers d’habitat social : potentiels et institutionnalisation de la participation contributive informelle », in GIS Démocratie et Participation, Actes des 3èmes journées doctorales sur la participation et la démocratie participative, Bordeaux, 22-23 novembre 2013, ISSN 2271-7994, URL : http://www.participation-et-democratie.fr/fr/node/1622
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GRAVARI-BARBAS Maria, 2000, La ville festive : espaces, expressions, acteurs, habilitation à diriger les recherches, Université d’Angers.
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GRESILLON Boris, 2008, « Ville et création artistique. Pour une autre approche de la géographie culturelle », Annales de géographie, n° 660-661, p. 179-198.
HERNANDEZ-GONZALES Edna, Comment l’illumination nocturne est devenue une politique urbaine. La circulation des modèles d’aménagement : de Lyon (France) à Puebla, Morelia et San Luis Potosi (Mexique), travail de thèse, Université Paris-Est, 2010
PRADEL Benjamin, 2007, « Mettre en scène et mettre en intrigue : un urbanisme festif des espaces publics », Géocarrefour, Vol. 82/3, pp. 123-130.
PRADEL, Benjamin, 2010, Rendez-vous en ville ! Urbanisme temporaire et urbanité évènementielle : les nouveaux rythmes collectifs, Thèse.
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VOLVEY Anne, 2007, « Land Arts. Les fabriques spatiales de l’art contemporain », Travaux de l’Institut de Géographie de Reims, vol. 129-130, p. 5-27.


Sitographie

http://www.rue89lyon.fr/2013/12/06/pourquoi-retourne-fete-lumieres-deteste/
http://www.fetedeslumieres.lyon.fr/
http://www.millenaire3.com/uploads/tx_ressm3/Laurent_Fachard.pdf
http://www.lyon.fr/page/projets-urbains/plan-lumiere.html