Présentation

Compte-rendu réalisé par Martin Delassale, Guillaume Prigent, Matthieu Tayolle, Lucile Waquet et Raluca Schumacher (contact : prenom.nom@ens.fr)

L’art occupe une place originale dans la politique de la ville de Nantes au regard des politiques culturelles actuelles menées en France et plus largement en Europe.

Considérée comme la métropole de l’Ouest de la France, la communauté urbaine de Nantes regroupe plus de 600 000 habitants. Elle est ainsi la sixième commune de France. L’art occupe à la fois une place importante dans l’identité de la ville, mais il est aussi l’enjeu d’un marketing urbain qui cherche à insuffler une dynamique urbaine nouvelle après le mouvement de désindustrialisation des années 1980 et la fermeture des chantiers navals. Depuis l’élection de Jean-Marc Ayrault en 1989 à la tête de la municipalité de Nantes et la création, par Jean Blaise, de nombreux projets liés à l’art, la ville choisit de placer l’art au centre d’un projet de développement urbain. La ville entretient ainsi un rapport singulierà l’art, qui rend sa politique intéressante et interroge la pertinence du lien entre l’art et la ville.

Il est difficile et malaisé de donner une définition précise de l’art. Selon le dictionnaire Larousse, l’art renvoie successivement à « la création d’objets ou de mises en scène spécifiques destinées à produire chez l’homme un état particulier de sensibilité, plus ou moins lié au plaisir esthétique » ou à l’ensemble d’œuvres artistiques. Dans les deux cas, l’art appartient au domaine de la sensibilité, du ressenti et de la création. La ville de son côté peut se définir aussi bien par la continuité et la densité de son bâti que par les représentations et les pratiques qu’elle engendre. L’art et la ville entretiennent ainsi des rapports étroits : la ville abrite l’art et le donne à voir, l’art modèle la ville et lui apporte une singularité. L’art porte un regard sur l’espace urbain et investit de nouveaux territoires dans la ville comme les friches industrielles par exemple. Installé dans l’espace public de la ville, financé par la municipalité, interagissant avec les habitants ou bien circonscrit dans les espaces concrets favorisant les rencontres entre artistes, l’art dans la ville de Nantes est multiple. Il sera dès lors appréhendé à plusieurs échelles, le quartier, la ville ou encore la métropole de Nantes-Saint-Nazaire. 

Alors que l’art peut sembler un objet d’étude géographique curieux, peu étudié et souvent mis de côté, il doit être pensé aujourd’hui comme une composante du fait urbain selon Boris Grésillon (2002). L’analyse des rapports entre les deux entités apparait d’autant plus pertinente que l’art est un élément de plus en plus important des politiques publiques urbaines à travers le monde. Une part croissante des villes s’empare de l’art et l’emploie comme un outil à part entière de la construction de la ville.

L’art permet de se distinguer au niveau national et entre les différentes régions européennes face à une concurrence accrue entre les villes. Il joue ainsi le rôle de moteur de reconstruction de l’espace urbain, mais peut également devenir un facteur à la fois d’inclusion et d’exclusion sociale et spatiale.

Plus que des lieux d’art, Nantes semble également proposer des moments d’art, des instants de création. Elle offre un art au caractère éphémère, circonscrit, non pas dans des lieux, mais dans le temps. Néanmoins, comme pour les anneaux de Buren, ces « instants » peuvent parfois à s’inscrire dans la durée. Festivals, expositions, performances s’opposent à l’art des musées. Nantes entend être aujourd’hui une ville attractive pour les artistes et une ville où l’art est à l’honneur. Pourtant, cette redéfinition de la place de l’art soulève des enjeux de construction politique, d’identité, de marketing territorial et d’aménagement de l’espace urbain.

L’expérience de terrain dans la ville de Nantes soulève donc plusieurs interrogations qui constituent le fil directeur de nos réflexions sur les rapports qu’entretiennent l’art et la ville. Choix politique de la nouvelle municipalité, instrument d’aménagement de l’espace urbain, mis au service du discours municipal de la ville de Nantes, l’art (re)fait la ville de Nantes, la reconfigure, mais il est aussi révélateur des orientations prises par les dirigeants de la ville en matière de politiques publiques.

En investissant l’espace public urbain par l’installation d’œuvres d’art, l’art est-il créateur de nouvelles perceptions et représentations de la ville, modifie-t-il les pratiques des Nantais ou est-il un instrument efficace pour le travail de mémoire autour de la traite négrière ou encore le passé industriel de la ville ? Au-delà de la simple esthétisation de la ville et de l’objectif affiché de promouvoir son attractivité et sa compétitivité urbaine en changeant son image, l’art participe-t-il véritablement à l’identité de la ville de Nantes ? Quel est son impact sur la ville et ses habitants ? Pour répondre à ces questions liées à l’application de la politique d’art (public) dans la ville de Nantes, nous nous appuierons sur des études de cas issues de nos explorations de terrain, de l’analyse des discours de certains habitants de la ville et de leur réception de l’art urbain, et que nous considérons assez emblématiques des orientations voulues par la municipalité à travers cette politique publique urbaine et des rapports particuliers qu’entretiennent l’art et la ville à Nantes.

Plan

  1. L’Art à l’épreuve de la ville
  2. L’art à l’échelle de la métropole Nantes-Saint-Nazaire : La Maison dans l’eau, un art au service de la cohésion territoriale ?
  3. L’île de Nantes : quand l’art veut faire oeuvre, sinon de ville, du moins de quartier
  4. Conclusion 

Bibliographie

Ouvrages 

  • Bourriaud Nicolas, L’esthétique relationnelle, Les presses du réel, Dijon, 1998.
  • Grandet Magali, Pajot Stéphane, Sagor-Duvauroux Dominique et al., Nantes, la Belle éveillée ; le pari de la culture, Les éditions de l’attribut, 2010.
  • Dictionnaire Larousse, article « Art », disponible à l’adresse http://www.larousse.fr/dictionnaires (consulté le 17 décembre 2012).
  • Paquot Thierry, L’Espace Public, Éditions La Découverte, Collection Repère, Paris, 2009. 

Articles de revues scientifiques 

  • Bonin Sophie, « Paysages et représentations dans les guides touristiques. La Loire dans la collection des Guides-Joane, Guides Bleus (1856 à nos jours) », L’Espace géographique, 2012/2, tome 30, p. 111-126. 
  • Chaudoir Philippe, « La ville événementielle : temps de l’éphémère et espace festif », Géocarrefour, Vol. 82/3 | 2007, http://geocarrefour.revues.org/2301.
  • Grésillon Boris, « Ville et création artistique. Pour une autre approche de la géographie culturelle », Annales de géographie, 2008/2 n° 660-661, p. 179-198.
  • Fritsch Bernard, « Nantes-Saint-Nazaire, métropole exemplaire ? », L’Information géographique, 2006/4, Vol. 70, p. 25-45.
  • « Pratiques locales de mécénat culturel », Culture études, 2009/4, n°4, p. 1-8, http://www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Etudes-et-statistiques

Articles de presse 

  • « La Maison dans l’eau », Art contemporain, Voyages, le 17/06/12.
  • « Estuaire 2012 : l’art se jette à l’eau », L’Express, le 19/07/12.

Sitographie