Pourquoi la dissuasion ? Introduction aux questions stratégiques

Nicolas Roche

S1, 3 ECTS

Les grandes crises de sécurité internationale récentes sont venues rappeler à quel point les politiques de puissance menées par les États restent un facteur structurant de la scène mondiale. Pour un pays comme la France, État doté de l’arme nucléaire, intégré dans un réseau d’alliances et de solidarités, conservant des capacités militaires autonomes sur l’ensemble du spectre malgré un cadre financier contraint, chacune de ces crises vient reposer la question de ses responsabilités internationales et de la bonne politique de défense à poursuivre. Quelles menaces affronter en priorité, quelles alliances consolider, quel « policy mix » de capacités conventionnelles et nucléaires développer ? La dissuasion reste-t-elle un fondement nécessaire et comment doit-elle s’articuler avec les autres outils stratégiques ? Pourquoi un pays comme la France cherche-t-il à préserver une politique de défense globale et autonome dans un cadre européen et atlantique ?

L’objectif de cet enseignement sera d’étudier une série de questions stratégiques clés pour la bonne compréhension des enjeux de sécurité internationale et de défense contemporains (dissuasion nucléaire, prolifération, maîtrise des armements et désarmement, équilibres stratégiques, défense anti-missiles, espace, cyberdéfense), en les inscrivant dans l’actualité des grandes crises et zones instables actuelles : Ukraine, Syrie, Iran, Corée du Nord, mer de Chine, Asie, Russie...

Planning

Séance n°1 – Quelles menaces pour quelle politique de défense ? L’exemple de la France contemporaine : détailler les principales menaces qui pèsent sur la France et l’Europe, et l’analyse qu’en fait l’Administration aujourd’hui ; étudier la façon dont est élaborée une politique de défense globale sur cette base et dont elle est traduite dans les faits, en termes d’équipements, de capacités militaires et d’Alliance ; passer en revue le dernier Livre blanc de 2013 et ses principales différences avec les trois précédents.

Séance n°2 – Une introduction technique et conceptuelle aux affaires nucléaires : les principaux éléments d’un programme nucléaire de défense, les grands concepts et principes de la dissuasion et leur articulation avec une politique de défense : expliquer les grandes étapes techniques de conception et de construction d’un système d’armes nucléaire (principes physiques de base, cycle du combustible, vecteurs, militarisation) ; en comprendre les éléments clés pour les crises de prolifération contemporaine ; évaluer la relation pour un pays comme la France entre nucléaire de défense et capacités militaires conventionnelles / niveau technologique ; passer en revue les grandes phases de conceptualisation de la dissuasion nucléaire (aux Etats-Unis et en France) ; détailler les principales notions d’une politique de dissuasion (dissuasion, non-emploi en premier, tactique / préstratégique / stratégique, ultime avertissement, stricte suffisance, MAD, riposte graduée…).

Séance n°3 – La relation stratégique américano-russe : revenir sur les grandes étapes de la relation stratégique américano-russe, et la place de l’Europe et de l’OTAN en son sein ; détailler sur cette base les différents concepts et normes juridiques utilisables (transparence et confiance / maîtrise des armements / désarmement) ; explorer les doctrines nucléaires contemporaines de la Russie, des Etats-Unis et de l’OTAN.

Séance n°4 – La crise nucléaire iranienne, histoire et enjeux : passer en revue les programmes nucléaire et balistique iranien ; en comprendre les enjeux en termes de sécurité régionale, européenne et internationale ; faire l’historique du traitement diplomatique de la crise de prolifération iranienne.

Séance n°5 – Les équilibres nucléaires en Asie (Corée du Nord, Inde, Pakistan, Chine et Russie, dans le contexte des tensions régionales) : détailler les grandes tendances actuelles d’une course aux armements nucléaires en Asie ; étudier les interactions entre les différents théâtres et les différentes puissances majeures (Asie du Sud, Chine, Russie, Etats-Unis) ; étudier les interactions entre armes nucléaires et autres éléments de l’équilibre stratégique (forces conventionnelles, dissuasion élargie, défense anti-missiles, cyber, espace) ; passer en revue les programmes nucléaire et balistique nord-coréen ; en comprendre les enjeux en termes de sécurité régionale, européenne et internationale ; faire l’historique du traitement diplomatique de la crise de prolifération nord-coréenne.

Séance n°6 – Le Traité de non-prolifération et le désarmement nucléaire (mythes, réalités et grand enjeux contemporains) : revenir sur l’histoire de la négociation et l’évolution du TNP ; en détailler les trois grands piliers et leur articulation avec les autres grandes normes / instruments internationaux ; expliquer les différentes approches du désarmement nucléaire et faire le bilan des actions engagées jusqu’à aujourd’hui.

Séance n°7 – La défense anti-missiles (technique, programmes, concepts et grands enjeux pour une politique de défense) : présenter les principaux programmes et concepts techniques de défense anti-missile, en partant des exemples réels et en cours (Israël, Etats-Unis, Russie) ; évaluer la relation entre défense anti-missiles et dissuasion et les débats politiques contemporains (OTAN, Etats-Unis / Russie, Etats-Unis / Chine, Israël dans son environnement régional).

Séance n°8 – L’espace et la cyberdéfense : programmes, enjeux de sécurité, régulation et coopération internationale, quels enjeux de sécurité, quelle régulation et quelle articulation avec la dissuasion ? Présenter les grands enjeux de sécurité spatiale / sécurité dans l’espace (programmes, menaces, importance croissante dans nos politiques de défense, parades techniques) ; évaluer les concepts applicables (norme internationale, codes de conduite, dissuasion, équilibre stratégique) ; présenter les différents types de menace du domaine cyber et leur prise en compte dans les politiques de défense nationale ; passer en revue les tentatives de régulation du domaine et leurs limites, conceptuelles, politiques et pratiques ; évaluer la relation entre cyberdéfense et dissuasion.

Salle 235 A - mardi 18h - 20h - premier cours : 4 octobre

VALIDATION : A DEFINIR AVEC L’ENSEIGNANT