Mémoire et choix muséographiques

C’est cet étonnement partagé à la sortie de la visite qui nous amène à nous interroger sur les choix muséographiques mis en œuvre par le Centre Historique Minier.

La décision de diviser la visite en deux séquences, l’une assurée par un(e) conférencier(e), qui a par conséquent une distance avec son objet, et l’autre assurée par un ancien mineur, n’est pas neutre, en particulier du point de vue de la réception par le visiteur : celui-ci pourra en effet, dans la seconde partie du parcours, se laisser saisir davantage par le mineur parlant patois et plaisantant parfois sur la mine.

La présentation par un ancien mineur pose la question de la pérennité de ce type de visite : cette bipartition du parcours sera nécessairement à repenser dès lors que plus aucun ancien mineur ne pourra assurer la visite. La question de la mémoire de la mine est ici clairement posée et l’association des visites à la présence du centre historique montre à quel point la préservation et la transmission de cette mémoire est un enjeu fort, à l’échelle régionale mais aussi nationale.

Comme il a été souligné plus haut, le parcours n’aide pas toujours véritablement à saisir les conditions de travail du mineur à une époque donnée. L’organisation spatio-temporelle du parcours ne permet pas toujours d’appréhender la réalité d’une époque. Elle insiste davantage sur l’évolution des techniques, à travers des outils authentiques. La limite de l’évocation tient aux mannequins en cire et carton-pâte relativement propres sur eux, assez éloignée du récit du mineur et des images d’archives qui sont projetées.

Le choix de terminer le parcours par l’évocation d’une catastrophe rend compte de l’aspect de la souffrance humaine de la mine, mais de façon ponctuelle et probablement brutale pour certains spectateurs.

Ce que l’on peut surtout regretter, c’est qu’après cette visite, qui suscite de nombreuses questions, il n’y ait pas vraiment d’espace, au sens propre et figuré pour le dialogue avec l’ancien mineur, ce qui n’est pas le cas dans la partie précédente : après la projection d’un document sur les catastrophes minières, le visiteur est aussitôt conduit vers la sortie.

Il est alors d’autant plus regrettable de n’avoir pu interroger un témoin si précieux que la boutique et l’accueil ne proposent ensuite qu’un très petit nombre de documents, de livres, et d’archives photographiques. Or, l’alternance de séquences faisant appel à l’émotion, qu’il s’agisse du début de la visite avec la sollicitation de différentes sensations (bruit, lumière, odeur, chaleur, etc.) ou de la fin, avec la brutalité des catastrophes minières, et de temps de pauses relatives, pourrait appeler des moments de distanciation et de remise en perspective.

Le centre historique minier est néanmoins un espace qui met des ressources à la disposition des chercheurs et qui offre la possibilité de rencontrer des témoins de la mine. D’ailleurs, la fierté du mineur de fond qui fait visiter les galeries est palpable. Elle donne un autre regard sur la mine, ou plutôt différents regards. Elle pose également la question du rôle de la patrimonialisation dans la construction ou la reconstruction d’une identité territoriale, d’une mémoire certes douloureuse, mais aussi glorieuse. Cette ambivalence de la mémoire est très nettement perceptible tout au long de la visite et invite le visiteur à poursuivre la réflexion bien au-delà du temps forcément restreint de la visite.