Les paysages post-glaciaires

La dissymétrie opposant les moitiés nord et sud du massif vosgien est non seulement lithologique, mais plus largement paysagère. Si le nord du massif présente une couverture forestière relativement uniforme, le Sud granitique, plus élevé et arrondi, comporte des pelouses d’altitude, les hautes chaumes, caractéristiques des paysages vosgiens dont l’origine a longtemps été questionnée (cf seconde partie).

Cependant, la distinction morphologique majeure est sans conteste la plus forte emprise des glaciations quaternaires sur les Vosges méridionales. 

Photo ci-contre : vue depuis les hautes chaumes de l’Hohneck sur l’ouest du massif

Les Vosges se distinguent ainsi des autres massifs de moyennes montagnes par une ambiance plus rude et des traces nombreuses d’englacement quaternaire. Les héritages du travail des glaciers se retrouvent dans toute cette partie du massif, à divers degrés.

Lors des phases glaciaires du Quaternaire, la ligne des neiges pérennes dans les Vosges septentrionales se situait à 750m environ. Une grande calotte de glace a alors pu recouvrir les sommets à partir des cirques sommitaux. De tels cirques sont particulièrement observables sur le versant alsacien de l’Hohneck, où peuvent subsister l’été quelques névés.

Les cirques bien dessinés, où le fond est surcreusé et où une contre pente rocheuse ou une moraine vient fermer la dépression, peuvent alors accueillir des lacs, comme dans les cas du lac Noir et du lac Blanc. Ces deux cirques profonds et spectaculaires étaient abondamment alimentés par la neige balayée par les vents d’ouest comme l’ensemble des cirques du versant alsacien, et par conséquent d’avantage travaillés par l’action érosive des glaciers.

Photo ci-contre : cirque glaciaire sommital et névé sur le versant alsacien de l’Hohneck

Parmi les différentes traces laissées par les glaciers, les plus évidentes sont certainement celles dues à l’érosion du relief. En polissant les vallées, les langues des glaciers ont pu leur donner cette forme en auge remarquable, parfois au pied de replats que l’on nomme épaulements. Elles ont surcreusé des ombilics occupés désormais par des lacs (Gérardmer, Longemer) et fermés par des verrous de roches plus résistantes. Elles ont enfin laissé en place d’abondants dépôts morainiques ainsi que des terrasses fluvio-glaciaires (ou terrasses de kame) témoignant de la succession des épisodes de glaciation. Ces dépôts s’étalent depuis les moraines terminales jusqu’aux cirques où les glaces ont persisté jusqu’à la disparition complète des glaciers.


Bien qu’aujourd’hui tous les glaciers vosgiens aient disparu, ceux-ci laissent dans les paysages une empreinte qui paraît indélébile. Ce patrimoine naturel est cependant remanié aujourd’hui par l’homme avec plus ou moins de discernement. Avec raison, Jean Claude Flageollet plaide pour le développement de sites d’intérêt géomorphologique à l’image de ceux existant pour la faune et la flore. L’information est en effet la première des clés pour une appropriation réfléchie de ce patrimoine naturel, scientifique et culturel.

Photo ci-dessous : vue sur le lac de Longemer au cœur d’une vallée en auge.