Les objectifs et les réalisations du contrat de Baie

La reconquête de la qualité de l’eau

Les 23 communes membres de C.O.E.U.R. se sont engagées sur le volet assainissement qui regroupe treize maîtres d’ouvrage. Il comprend principalement la construction de la station d’épuration de Saint-Malo, qui est une priorité. Lorsque le Contrat de baie est lancé, C.O.E.U.R. décide en effet de concentrer les efforts dans l’arrondissement de Saint-Malo qui est jugé responsable de 50% de la pollution de la baie et de l’estuaire maritime. En outre, la baisse de la fréquentation touristique estivale liée à la moindre qualité des eaux et au déclassement de certaines plages malouines risque alors d’atteindre les équilibres économiques régionaux.

Ici C.O.E.U.R. joue principalement un rôle de catalyseur en recherchant des synergies dans la mobilisation des collectivités, des acteurs locaux et des entreprises.

Au final, la construction de la station d’épuration de Saint-Malo entraîne une amélioration remarquable de la qualité des eaux de la baie et de l’estuaire, que reflètent les classements des plages : alors qu’en 1989 sur huit plages suivies quatre étaient en catégorie B (moyenne qualité) et quatre en catégorie C (mauvaise qualité), la ville de Saint-Malo peut aujourd’hui annoncer que depuis la fin de la construction de la station d’épuration, toutes ses plages sont classées en catégorie A ou B, sauf en cas de catastrophe naturelle.

Toutefois, C.O.E.U.R. mobilise les acteurs pour d’autres projets, notamment l’extension des réseaux de collecte des eaux usées et la fiabilisation de cette collecte. C’est sur ce type d’activités, dans le cadre du Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux, que C.O.E.U.R. va se recentrer après la construction des infrastructures lourdes d’épuration, ainsi que sur l’amélioration de la qualité des eaux par limitation des rejets d’origine anthropique, en particulier les produits phytosanitaires.

Au final, le budget consacré au volet assainissement a considérablement augmenté pendant la période de réalisation du Contrat de baie, en particulier pendant la seconde phase de celui-ci, jusqu’à atteindre 65 millions d’euros au total sur toute la durée du Contrat. Cette augmentation s’explique surtout par le fait que sur cette durée de nouvelles normes ont été édictées, ce qui a accru les investissements, mais également que la prise de conscience parmi les acteurs locaux de la gravité des problèmes a impulsé la construction de nouvelles infrastructures.

La gestion des sédiments

C.O.E.U.R. s’est engagé fortement contre l’envasement de la ria et ses conséquences environnementales et économiques. Il est impossible ici de traiter les causes premières (car il n’est pas question de détruire le barrage). Il faut donc gérer le surplus de sédiments existant et adapter le territoire aux nouvelles dynamiques de l’estuaire pour affaiblir la logique d’envasement.

Les chantiers liés au désenvasement sont pris en charge par EDF, maître d’œuvre pour la partie maritime, et donc financeur principal (50 millions de francs), ce qui permet l’assentiment de la population.

Le piège à sédiments

En 1996 est lancée la phase d’expérimentation sur le site de Lyvet  : la création d’un piège à sédiments. L’opération a une double visée : curative (extraction de 10 000 m3 de vase) et préventive (captation des apports excédentaires en sédiments). Le principe du piège à sédiments consiste en l’attraction d’une première lame de courant (très chargée en sédiments) dans un bassin de décantation où s’effectue la sédimentation pendant les 2 ou 3 heures de marée étale et le début du turbinage. Le test étant probant, on agrandit en 2000-2001 le piège initial (93000m3) et on l’améliore avec la création d’un îlot central, et on exécute de nouveaux travaux de désenvasement à Mordreuc.

On observe alors que la morphologie du bassin joue beaucoup : plus le piège est profond et plus il garde des sédiments toutes choses égales par ailleurs (ce qui explique une progression de type logarithmique de l’épaisseur des vases piégées dans le temps). De plus, la présence de l’îlot central est cruciale car il « constitue une barrière et favorise la sédimentation pendant le flot. Il protège les dépôts de l’érosion au jusant pendant la vidange du piège » ( C.O.E.U.R. – EDF, Site de Lyvet, Curage 2000-2001, Bilan environnemental à 5 ans).

En 2006, on observe que la fosse est presque entièrement comblée, après le piégeage de près de 63 000 m3 de sédiments. Il ne joue alors plus son rôle de stockage, les sédiments recommençant à s’accumuler dans le chenal . Le bilan est finalement très positif : mise en œuvre d’une méthode écologique pour gérer les excédents de sédiments dans le bassin maritime en en piégeant les apports.

La gestion des sédiments excédentaires

Pour C.O.E.U.R., il ne s’agit pas seulement de déplacer le problème de l’envasement de la Rance. Ils ont dès le départ la volonté de valoriser le produit. Les sédiments extraits sont de nature argilo-limoneuse et présentent une teneur en matière organique élevée. Ils peuvent donc être utilisés dans l’agriculture (reconstitution de sols). On redécouvre ainsi des pratiques de valorisation agronomique par amendement calcaire, qui ont perduré en baie du Mont Saint-Michel jusqu’à la fin de années 1930. À l’époque, le volume estimé était d’environ 500 000m3 de vase extraits par ans, ce qui est très significatif, et il est probable que l’arrêt de ces pratiques a contribué à accélérer l’envasement de la Rance.

Complètement oubliée par la suite, la valorisation agronomique par amendement calcaire suscite de nombreux débats lors de sa remise au goût du jour. Dans le monde agricole ont en particulier lieu des conflits de générations : les anciens se rappellent de l’efficacité de la méthode mais ont du mal à convaincre leurs enfants, sceptiques voire anxieux (notamment à cause de la salinité du produit).

La mise en dépôt sur des terrains agricoles des vases séchées de la Rance soulève en effet des problèmes de techniques agronomiques qui n’avaient pas forcément été rencontrés lors des phases d’expérimentation (les vases sur le site de Lyvet par exemple ont été extraites en eau douce). La salinité des vases doit donc être abaissée pour limiter leur toxicité, phase qui prend du temps et conduit à un stockage provisoire en bassin de décantation.

A la fin des 5 années initiales du Contrat de baie, il reste malgré tout encore des questions (problèmes notamment pointés par un rapport de l’Inspection générale de l’environnement en 2003), dont certaines ne sont pas entièrement résolues aujourd’hui :

  • Quelle épaisseur de tangue épandre sur les terres agricoles ? À partir de quel apport peut-il y avoir des effets néfastes sur les cultures ?
  • Que faire du volume de sédiments extrait qui ne trouvera pas d’usage agricole ? Faut-il les rejeter à la mer (dans un site choisi pour que les impacts soient les plus limités possibles), trouver de nouveaux sites de décantation et d’épandage, ou bien limiter les ambitions du projet ?
  • Quel arbitrage effectuer entre la nécessité de disposer de vastes bassins de décantation (pour assécher les sédiments à valoriser) et la limitation de l’impact paysager de telles installations dans un espace classé ?

 Pour en savoir plus, consulter le rapport bilan de l’association C.O.E.U.R : ici.

Berges, ouvrages et cheminement

Le volet cheminement a finalement été abandonné. Les sentiers côtiers le long du littoral rencontrent pourtant de plus en plus de problèmes d’affaissement. L’existence légale de ce sentier donne le droit de décaler le chemin en prenant sur les propriétés bordant le littoral. D’un côté donc la loi, et notamment l’article L 160.6 du code de l’urbanisme prévoit que « les propriétés privées riveraines du domaine maritime public sont grevées, sur une bande de trois mètres de largeur, d’une servitude destinée à assurer exclusivement le passage des piétons ». Mais de l’autre, les riverains souhaitent préserver leur intimité et la cohérence de leur terrain. Ce problème de l’expropriation de la bande des trois mètres prévus par la loi Littoral, politiquement délicat, n’est pas la seule raison à l’abandon de ce volet. La volonté longtemps dominante de faire passer le sentier côtier à tout prix se heurte aussi à des risques de dérangement environnemental fort, par exemple lorsque le tracé du sentier nécessite la construction de remblais, de pontons ou de pilotis.
 
En revanche des travaux sont accomplis sur les berges et ouvrages (restauration de digues, pavements de pierre au pied des poteaux indicatifs pour nécessiter moins de produits d’entretien ou de désherbage).

Au départ cette partie des projets est moins facilement financée par les collectivités locales, entre autres parce qu’il est moins porteur électoralement de restaurer un soubassement de cale que de participer à l’assainissement de l’eau de la Rance. On assiste pourtant à un changement de mentalité : au moment du Contrat on s’engage sur des projets dont on est sûr d’atteindre le terme avant les élections suivantes, petit à petit les élus pensent à plus long terme.