Les berges comme ressource environnementale.

Les acteurs présents sur les berges de la Seine ont des finalités et des rapports à la valorisation de la ressource divers. De ces intérêts parfois opposés sont issues des représentations de la ressource environnementale propres à chaque acteur, qui traduisent le rapport de chacun d’entre eux à son territoire d’action.

 Une première vision appréhende les berges comme un tout dont les mécanismes sont interdépendants : elles sont un lieu où se développent des relations complexes entre organismes vivants. Par exemple, la directrice de la Maison de la pêche et de la nature, pêcheuse, explique à propos des herbiers de plantes hélophytes (enracinées sous l’eau mais à tige, feuille et fleur aériennes) que « les poissons peuvent s’y reproduire, les alevins s’y protéger ; tous y trouvent de la nourriture [escargots, insectes, écrevisses] parce que ces herbiers génèrent des zones de phyto- et de zooplancton et produisent de l’oxygène. A partir du moment où il y a ce cycle, on a une très grosse quantité de poissons. ». Cette représentation des berges n’en fait pas uniquement un espace à poissons, car « le pêcheur ne va pas à la pêche pour le poisson, il va à la pêche pour se promener, pour prendre l’air. ». En définitive, dans cette vision les berges apparaissent comme une ressource naturelle, riche en biodiversité, grâce à sa fonction de corridor et à ses écotones (zone de transition entre deux écosystèmes). Les associations de protection de la nature s’inscrivent également dans une vision de la ressource attentive à ses caractères environnementaux, avec par exemple de nombreuses mentions d’espèces de la faune et de la flore lors des entretiens.

 Les habitants des bateaux-logements considèrent en revanche principalement les berges comme un cadre de vie. Elles sont appréhendées comme un lieu de liberté, de « nature sauvage » et de repos. Comme pour les pêcheurs de l’AAPPMA et contrairement aux administrateurs et élus, le lien émotionnel est assez fort à cet espace. Mais la berge est aussi un espace où très peu d’actions sont possibles pour les habitants de péniches (il leur est par exemple interdit d’y planter quoi que ce soit), un espace qui doit donc être laissé à ses évolutions « naturelles », ce qui renforce sa représentation d’un lieu « sauvage ». Les berges sont envisagées ici comme une ressource plutôt esthétique.

 Face à ces visions globalement focalisées sur la nature peuvent être mises en avant des visions plus attentives à l’exploitation des berges. Ce sont la représentation du conseil général, patrimoniale, et celle, surtout gestionnaire, de VNF. L’étude de l’entretien avec sa chargée de mission développement durable et du Schéma, montrent que le conseil général considère les berges comme un espace trop longtemps repoussoir et délaissé par l’action publique, qui devrait redevenir attrayant en étant « rendu » aux habitants. Il s’agit d’une ressource patrimoniale à valoriser. La Seine et ses berges constituent pour le conseil général à la fois un atout, grâce à l’image plus « naturelle » qu’ils permettent de donner du département, et un outil d’intégration, comme trait d’union entre les territoires, à la manière d’un corridor écologique. Le jeu du conseil général sur la « naturalité » de son territoire n’est pas anodin, car il lui permet de légitimer le département comme une entité évidente. Cette naturalisation des Hauts-de-Seine passe aussi par l’équivalence parfois présentée entre le territoire et son nom, qui renvoie à des coteaux creusés par un fleuve. Ainsi, la représentation du conseil général s’inscrit dans une logique de patrimonialisation d’une ressource. La vision que Voies Navigables de France a des berges et du fleuve est essentiellement celle d’une ressource héritée, qu’il s’agit de bien gérer pour la préserver. VNF a pour mission de protéger ces espaces des atteintes à la propriété de la personne publique ou à la biodiversité, et leurs usagers de comportements qui pourraient les mettre en danger.

 Au-delà de ces acteurs, la vision des berges comme ressource est moins étoffée. Pour les rameurs de la SNBS, le fleuve est un espace d’évolution, idéalement un « milieu propre et agréable », et la berge le lieu des installations associatives. Le rapport au fleuve ne comporte pas la part d’émotion perceptible chez les pêcheurs et les habitants de bateaux-logements, il est plus utilitariste. De même pour les promeneurs, cyclistes, joggeurs qui utilisent la berge, la préfèrent en bon état, et pour qui elle constitue un lieu d’observation de la « nature », ou du spectacle des rameurs ou bateaux-logements.