Le vignoble de la Côte d’Or : une unité ?

Les différentes parcelles qui fondent le vignoble de la Côte d’Or, subdivisé en Côte de Nuits au nord et Côte de Beaune au sud, partagent une série de caractéristiques communes et un même cadre général, à telle enseigne qu’ils forment ensemble un seul et même système-terroir.

L’unité des conditions physiques

Le vignoble de la Côte d’Or possède une unité topographique et pédo-géologique certaine. La vigne se déploie en effet sur les coteaux d’un même talus, appelé « talus de la côte », qui correspond à un escarpement de faille orienté nord-sud, ainsi que dans certaines parties de l’arrière-côte. Dans le détail, cette faille se décline en cinq marches, toutes investies par l’activité viticole, tandis que la plupart des vignobles sont orientés à l’est afin de recueillir le maximum d’ensoleillement. Ces vignobles accueillent deux cépages principaux : le pinot noir pour les vins rouges et le chardonnay pour les vins blancs. Le premier n’accepte comme support que les formations calcaires du jurassique et n’apprécie que les climats septentrionaux frais. Le chardonnay, quant à lui, s’adapte beaucoup plus facilement aux différents sols. Deux autres cépages sont également présents, de manière plus réduite : le gamay pour les vins rouges et l’aligoté pour les vins blancs. Sur le plan pédologique, le vignoble de la Côte d’or est composé de terrains sédimentaires constitués d’argile, de marnes, et de calcaires, déposés il y a 150 millions d’années sur un substrat encore plus ancien composé de granite, de laves, et de schistes divers. Les différents terroirs, en dépit de leurs nuances physico-chimiques, évoluent ainsi sur un même terrain.

Photographie ci-contre : Le Château du Clos Vougeot, au vin fameux, et dont le vignoble est délimité par des murs. © Charlotte Réquillart.

Une mise en valeur très ancienne

Les terroirs du vignoble de la Côte d’Or ont pour autre point commun d’avoir été mis en valeur il y a très longtemps. Des fouilles archéologiques menées à Gevrey-Chambertin montrent des traces de plantation datant de la seconde moitié du Ier siècle après J.-C. Le talus de la Côte d’Or a été sélectionné comme un site de prédilection dès l’époque gallo-romaine, même si les hommes ont dû batailler pour tirer parti des conditions climatiques parfois rudes.

Les vignerons ont en effet été conduits à chercher d’ingénieuses solutions pour pallier les contraintes climatiques, par exemple en orientant les vignes de telle sorte que soient crées des couloirs facilitant le passage du vent. Le choix de l’implantation du vignoble s’explique également par sa situation favorable, au carrefour des axes commerciaux les plus anciens (entre Paris et le bassin du Rhône via le seuil de Bourgogne). Le rôle de Beaune dans la commercialisation des vins de Bourgogne est à cet égard essentiel. Le premier classement des vins de Bourgogne date quant à lui de 1861, avant la crise du phylloxéra. Le vignoble de la Côte d’Or constitue donc un vignoble de fort patrimoine historique. Ainsi, si ce vignoble est relativement petit, sa valorisation est forte. Il constitue aux yeux de certains « le plus petit des grands vignobles français ».

L’unité paysagère

L’unité des conditions naturelles d’une part et l’ancienneté de la mise en valeur d’autre part fondent une unité paysagère, dans la mesure où l’on retrouve sur 40km au pied du talus le même type de village accueillant les vignerons.

En effet, contrairement au système bordelais où les viticulteurs sont isolés les uns des autres, le système bourguignon a la particularité de réunir dans un même village les différents exploitants, ce qui fonde une caractéristique géo-économique forte. Les caves constituent un élément de détail caractéristique du paysage urbain bourguignon, étant construites de telle manière que les rez-de-chaussée des viticulteurs sont tous surélevés. D’autre part, la mise en valeur du vignoble depuis le Xe siècle par les moines des grandes abbayes a morcelé le paysage viticole en différents clos, souvent séparés les uns des autres par des murs, à l’image du Clos Vougeot.

Par ses caractéristiques naturelles et les modalités de sa mise en valeur par l’homme, le vignoble de la Côte d’Or apparaît donc comme un ensemble cohérent marqué par une forte unité. Cependant, force est de constater que les vins produits au sein de cet espace sont très variés ; une analyse à l’échelle micro-locale permet d’expliquer cet apparent paradoxe, qui s’articule autour de la notion essentielle de terroir.