Le quartier Malakoff-Pré Gauchet avant les opérations

Un quartier enclavé

Photographie ci-contre : les barres et tours réhabilitées de Malakoff, © Louise Bréhier.

Le Pré-Gauchet – Malakoff est un quartier d’habitat social d’une superficie totale de 164 hectares. Alors que le château des ducs de Bretagne ne se situe qu’à 900 mètres du quartier, celui-ci demeure, malgré sa proximité géographique avec le centre historique, complètement isolé. Situé à l’est de Nantes, sur des prairies alluviales partiellement remblayées : il est limité au sud et à l’ouest par la Loire et l’Erdre, à l’est par la zone industrielle de la Prairie de Mauves, bordée d’un boulevard urbain à fort trafic automobile (deux fois deux voies), et ceinturé au nord par un réseau ferroviaire conséquent. Enfin, la Petite Amazonie, zone Natura 2000 de 15 ha située au cœur du quartier participe de son enclavement.

Le quartier du Pré-Gauchet, zone d’activité économique, présente une rupture entre Malakoff et le reste de la ville. Sa monofonctionnalité (Malakoff est un quartier essentiellement résidentiel) n’invite pas non plus les habitants nantais à s’y déplacer, d’autant qu’abritant une population modeste, il souffre des stigmates des cités, notamment d’une réputation d’insécurité.

La « cité Malakoff », à l’extrémité est du quartier, est composée de 1658 logements de type H.L.M : onze tours de seize étages et de cinq barres courbes de 200 mètres de long et hautes de dix étages. La cité est particulièrement isolée du fait de son enfermement par le faisceau ferré, d’autant que son architecture de type « cité » détonne particulièrement avec celle du centre-ville nantais. C’est d’ailleurs la zone la plus difficile à intégrer aujourd’hui, malgré les projets de renouvellement.

Son histoire, sa population

Photographie ci-contre : deux tours de logement social ancien en cours de réhabilitation, © Louise Bréhier.

Dans l’immédiat après-guerre et suite aux bombardements alliés de 1943, un projet de reconstruction du quartier voit le jour dans les années 1950. Dans le contexte général de crise du logement en France, ce projet est complété en 1960 par la création d’une Zone à Urbaniser en Priorité : la ZUP Beaulieu-Malakoff, dirigé par l’architecte Fernand Riehl, naît en juillet 1961. Elle rassemble en un même projet urbain deux quartiers pourtant séparés par le fleuve : Malakoff d’un côté, Beaulieu de l’autre, à l’est de l’île de Nantes. Cette association est d’autant plus étonnante qu’aucune connexion directe n’existe alors entre les deux territoires (le pont Tabarly qui les relie désormais sera inauguré en... 2011 !). Les travaux de construction débutent en 1967 ; l’ensemble (cinq barres et onze tours) est achevé en 1971. Ce quartier subit la même évolution que bon nombre de cités H.L.M construites à la même époque : le bâti a vieilli, la population s’est fragilisée.

Au dernier recensement (1999), la population du quartier atteignait 4140 habitants. Ses caractéristiques classiques (âge, composition familiale, etc.) sont relativement constantes depuis 1990 : la répartition par âge reste à peu près stable avec une légère augmentation des moins de 15 ans (de 27,3 à 29,3 % de la population totale) ainsi que des plus de 60 ans (6,9 à 7,7% de la population totale).

Néanmoins cette baisse de la part de la population en âge de travailler ne s’accompagne pas de meilleures conditions de travail : l’emploi salarié se précarise avec une nette augmentation des CDD (de 9,4 à 15,9% ) ainsi que de l’intérim, celui-ci passant de 2,8 à 5,8% de la population active pour la même période. L’évolution la plus notable concerne le ratio actifs/chômeurs entre 1990 et 1999, puisque le taux de chômage global évolue de 23 à 41%. En comparaison, la commune de Nantes voit son taux de chômage croître de 13,5 à 17,8%. Le nombre de chômeurs depuis plus de un an est de 46% du total en 1990, il culmine à 68,9% en 1999. En 2004, la population active comptait encore 25% de chômeurs et 23% de ménages allocataires du RMI. Les habitants de la cité Malakoff sont donc parmi les ménages les plus fragiles de l’agglomération, ce qui appelle des précautions particulières lors du réaménagement du quartier.

Un beau terrain pour l’urbanisme de projet

Photographie ci-contre : une zone de travaux à l’automne 2012, à la frontière entre Malakoff et le Pré-Gauchet qu’on aperçoit à l’arrière-plan, © Louise Bréhier.

L’ensemble urbain Malakoff – Pré Gauchet présente ainsi de nombreuses
caractéristiques favorables au lancement d’un grand projet de renouvellement urbain.

la fois quartier défavorisé, souffrant d’une image très négative, concentrant essentiellement du logement social et très peu d’activités (ni commerces, ni bureaux), le quartier Malakoff est pourtant situé non loin du centre historique et tout à côté de la gare SNCF. Facile à relier aux principaux axes routiers et disposant de réserves foncières (friches industrielles), il se démarque ainsi de la plupart des quartiers ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) par sa potentielle centralité. Les ressources de la ville de Nantes sont en effet sans commune mesure avec celles, par exemple, d’une petite commune de la banlieue parisienne : l’argent de la métropole va pouvoir servir un grand projet de désenclavement du quartier Malakoff.

L’objectif de la municipalité est complexe : faire de ce quartier un exemple de mixité sociale et d’attractivité, en y implantant de nouvelles activités, en renouvelant le bâti et en le rattachant mieux aux autres quartiers, sans pour autant sacrifier les populations fragiles qui occupent actuellement les logements sociaux. L’enjeu est bien, pour la mairie socialiste, d’éviter les écueils classiques de la gentrification* des quartiers ’pauvres’ des centres-villes et de faire de Malakoff un exemple réussi de l’urbanisme social de projet.

L’ambition de la métropole vis-à-vis du quartier Malakoff a nécessité un projet de grande ampleur : les chantiers successifs qui doivent permettre de raccorder le quartier à la ville ont commencé en 2000 et doivent encore se poursuivre jusqu’à 2015.

*processus de remplacement des habitants d’un quartier populaire au profit d’une couche sociale supérieure, souvent à l’occasion d’opération de renouvellement urbain