Le projet Neptune

Le contexte de la Reconstruction

Dunkerque a le triste privilège d’être la dernière ville française occupée par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Elle fut aussi l’une des plus détruites, ce qui a imposé des travaux considérables pour remettre la ville en état et combler les nombreuses friches.
Dans l’idéal qui est celui de l’architecture de la Reconstruction, on refait ainsi de 1945 à 1955 le port de 1939, sans penser un instant construire autre chose. Ce projet, malgré un assentiment assez général, n’est pas allé sans susciter quelques contestations des plans de la reconstruction de Leveau et Niemans (Emmanuel Pouille, 1987).

La ville a alors toujours entretenu une relation complexe avec son port, qui lui tourne souvent le dos tout en étant le moteur économique presque unique d’une partie de la région. Dès 1970, un livre blanc s’inquiétait ainsi des décalages entre le développement urbain d’un côté et la croissance industrielle forcenée de l’autre (Pouille, 1987).

Dunkerque pâtit en fait d’un manque de centralité, d’un manque de centre urbain, perforé par des friches et tiraillé entre trois « lambeaux » que sont le centre-ville, la Citadelle et ses bassins environnants, et Malo-les-Bains. L’histoire du projet Neptune, c’est ainsi le double processus d’une reconquête de friche portuaire et d’une tentative de recréer de la centralité par de la continuité urbaine.


Pour créer une continuité urbaine symbolique, la ville s’est dotée de stèles se dressant le long d’une trame végétalisée. Crédits : Eloïse Libourel

L’esprit du projet Neptune, comme un trident dans un front de mer

Le projet Neptune s’inscrit à la fois dans la logique de reconquête des waterfront amorcée dans des villes comme Boston ou Baltimore depuis les années 1960 (Claude Prelorenzo, 1999) mais aussi dans la continuité de ce qui s’est fait via la Reconstruction.
L’idée pour les aménageurs n’est plus de chercher à maîtriser l’étalement urbain, mais de revitaliser et de « régénérer » les espaces autrefois utilisés et délaissés par la suite (Claude Chaline et Peggy Hellequin, 1999)

Lancé en 1989, le projet Neptune envisage une réconciliation entre le port et la ville, pensée à l’échelle de l’agglomération sur un espace de 180 hectares. Le but est de relier les différents tissus urbains, pour redonner une certaine cohérence à l’ensemble de l’organisation de l’espace dunkerquois, et lui donner une identité plus affirmée pour en faire un territoire.

Les instigateurs du projet, tout prométhéen qu’il soit, refusent cependant de le placer sous le signe de la monumentalité (Chaline et Hellequin, 1999) : Neptune ne doit pas être une vitrine spectaculaire d’art contemporain, mais l’opportunité de recréer un lien entre le port et la ville par une multitude d’opérations fines, et un perpétuel raccommodage entre l’existant et le projeté.

Neptune est finalement un projet de développement urbain plus qu’un projet de requalification simple. Il est censé refléter une certaine mixité urbaine, avec l’alliance d’opérations de bureaux, de services et de logements. L’idée est en fait de sortir du caractère monofonctionnel et industriel de la ville. L’une des illustrations paradigmatiques de cette volonté de diversification fonctionnelle est sans doute l’installation des bâtiments universitaires dans le quartier de la Citadelle. Avec l’installation conjointe d’un musée d’art contemporain et d’une maison de la vie et des traditions portuaires, la mairie et les concepteurs du projet Neptune cherchaient à montrer une filière nouvelle de développement pour la ville, inspirée par le Masterplan de Rogers.

Rogers et le Masterplan : Neptune en plan


Le Masterplan (www.richardrogers.co.uk).

Pour la coordination du projet Neptune, la ville avait lancé un concours d’architecte en 1989. Son vainqueur, Richard Rogers avait pour lui une réputation qui le précédait, avec des réalisations comme le Centre Pompidou à Paris. Il n’a cependant pas proposé strictement parlant un projet urbain, mais un Master Plan. Ce sont avant tout des indications de développement plus que de vraies directives d’aménagement.

Même si certains responsables ont pu montrer un enthousiasme marqué pour la stratégie de long terme proposée par Rogers (Hubert du Mesnil, 1999) on peut se demander si les autorités municipales n’ont pas cédé un peu vite devant la réputation d’un nom plus que devant la qualité d’un projet. Autrement dit, le projet de Rogers est avant tout indicatif, et non prescriptif, il envisage des évolutions, sans fixer des orientations très précises, alors que la ville aurait eu besoin d’une trame détaillée pour recréer de la centralité. Confronté à la réalité, les résultats de cet aménagement ont pu être contrastés.