Le port du Havre, une interface

Un port international

 

Le port du Havre, de dimension internationale, est au fondement de la relation entre la ville et le monde. Le port autonome du Havre est en effet une plate-forme logistique majeure à l’échelle mondiale : en 2012, il était classé au 59e rang par son tonnage. Toutefois c’est à l’échelle du continent qu’on perçoit mieux son importance, puisque dans le même classement, il se classe au 5e rang des ports d’Europe. En France, il assure 60 % du trafic de conteneurs et 35 % des importations de pétrole brut. Aussi le port du Havre s’inscrit-il à toutes les échelles comme une plate-forme maritime et logistique majeure.
C’est d’abord sa position géographique qui en fait un nœud stratégique des échanges internationaux, car logé entre deux villes globales, Londres et Paris. Il est aussi le premier port d’escale de la « Northern Range », principale interface commerciale entre l’Europe et le reste du monde. Surtout, il bénéficie de conditions nautiques avantageuses avec une accessibilité 24h/24 et 7j/7, sans contraintes de marée ni de tirant d’eau.

Avec la création de Port 2000, déclaré Projet d’Intérêt National, le port du Havre, dispose d’infrastructures compétitives à l’échelle internationale. Il peut dorénavant accueillir les plus grands navires en circulation, anticipant l’augmentation continue de la taille des navires porte-conteneurs. L’Asie est le partenaire privilégié du Havre, loin devant l’Europe et l’Amérique. En 2011, 58 % des importations par conteneurs provenaient d’Asie, l’Europe et l’Amérique se partageant le reste. C’est là l’effet de la réorientation du commerce mondial, mais aussi de la dimension internationale du Havre. En 2014, le port du Havre recevait d’ailleurs pour la 4e année consécutive le titre de « meilleur port européen » de la part de Cargonews Asia, magazine leader de la presse professionnelle en Asie.
Cette reconnaissance internationale est concrétisée par des investissements d’envergure, notamment dans sa zone de développement qui a vu l’installation de grandes multinationales comme Total, Total-Petrochimicals, Chevron ou encore Renault, soit au total 1,5 milliards d’euros investis depuis 2008.


Le Havre, port de Paris, métropole internationale

 

Un autre enjeu pour le Havre est sa connexion à la métropole parisienne. Se relier à Paris, métropole mondiale, est en effet un enjeu majeur pour s’intégrer à certaines logiques mondiales, notamment économiques. De même au niveau des transports, être bien connecté à Paris signifie avoir accès à un nœud de connexion essentiel au niveau européen, que ce soit pour le fret ou pour le transport de passager. La connexion à Paris est donc un enjeu majeur, qui fait l’objet de plusieurs projets.
La décision de développer le corridor « Vallée de la Seine » répond à deux objectifs complémentaires. D’abord, le port du Havre bénéficie d’une localisation intéressante à l’échelle européenne : il débouche sur la Manche et se trouve très proche de l’Océan Atlantique, mais contourne la mer du Nord où se trouvent des routes maritimes congestionnées du fait de la présence de ports européens très importants comme Rotterdam. Cette localisation avantageuse nécessite cependant d’être mieux reliée aux réseaux de transports européens dans l’hinterland (ou arrière-pays), ce qui n’est pas aujourd’hui le cas : il existe donc pour le Havre un premier enjeu de connexion à cet hinterland. A ce premier enjeu s’ajoute également celui des réflexions sur un grand Paris à l’échelle de la Vallée de la Seine. Le projet qui avait été proposé par l’architecte-urbaniste Antoine Grumbach visait ainsi à ne pas borner le développement de Paris à l’Ile-de-France, en encourageant un développement le long de la Seine. Ces deux enjeux de développement se rejoignent finalement dans le projet Vallée de la Seine, qui permet de développer des flux sur un axe Ouest-Est (Weastflows), tout en connectant mieux Le Havre à Paris, donnant des possibilités de développement urbain le long de cet axe. Le développement de la vallée de la Seine permettrait donc d’intégrer le Havre aux échelles nationale et européenne.

 
L’ouverture maritime de la Vallée de la Seine

Carte issue du rapport Seine Gateway produit par l’AURH (Reproduite avec l’autorisation de l’AURH)

Le Havre est aujourd’hui relié à Paris par l’autoroute (2h), le train (2h) et la route fluviale (Le Havre-Port de Gennevilliers : 30h). Conformément à certains objectifs nationaux visant la multimodalité et la recherche de moyens de transports alternatifs au transport routier, la circulation de porte-conteneurs sur la Seine devrait augmenter et être facilitée. Ensuite, le projet d’une Ligne Nouvelle Paris-Normandie placerait le Havre à 1h15 de Paris. L’intérêt national de la LNPN a été confirmé en 2013 par la Commission Mobilité 21 et le gouvernement français. Il est prévu que les études préparatoires s’achèvent en 2018 et que les travaux commencent en 2020.

 


Le Havre, porte de l’Europe

 

Porte de l’Europe - Source : I. Siffert (octobre 2014)

Le port du Havre prend également une place de plus en plus importante au sein de la « Northern Range ». Ici encore, sa position géographique lui est un atout de taille. Le port est en effet le premier port d’escale avant le détroit de Calais. Or celui-ci est largement congestionné, lieu d’embouteillages fréquents. Il n’est du reste pas à exclure qu’un accident se produise un jour. Le Projet européen Weastflows qui vise à améliorer le transport de marchandises en Europe du Nord-Ouest prend acte de l’engorgement du détroit, promouvant une configuration ouest-est, du Havre jusqu’à Mannheim, perpendiculairement à l’actuel circuit nord-sud.

Les flux commerciaux ont déjà commencé à se rediriger vers Le Havre, signant l’amorce d’une remise en cause de la suprématie du port de Rotterdam, 4e mondial et 1er européen en tonnage. Le port hollandais voit régulièrement sa part de marché dans le transbordement des conteneurs baisser : entre 2012 et 2013, elle était passée de 30 % à 28,4 %.
C’est surtout le nouvel accord signé par les trois principaux armateurs mondiaux, Maersk, MSC et CMA-CGM, qui vient bouleverser l’organisation de l’interface nord-européenne, et affermir la position du Havre face à ses principaux concurrents, Rotterdam et Anvers. Les trois géants mondiaux du transport maritime ont décidé en 2013 de réorganiser conjointement leurs lignes pour faire face à la surcapacité des navires de fret. Le port du Havre fait partie des trois hubs portuaires privilégiés par cette alliance de long terme entre les trois armateurs. En tant que port européen de première importance, Le Havre apparaît ainsi solidement arrimé aux circuits du transport maritime mondial, ayant su tirer parti des reconfigurations du commerce international.