Le cas des Plaines d’Abraham

Vaste plateau d’une centaine d’hectares au sud du Vieux Québec, les plaines d’Abraham sont un haut lieu de l’histoire de la province : c’est là que les Anglais ont vaincu les Français en 1759, qui perdirent ainsi la Nouvelle France. Or, dans ces plaines devenues aujourd’hui un gigantesque parc urbain, anglophones et francophones continuent de s’affronter, mais sur le plan symbolique cette fois : par drapeaux interposés.


En 1908, la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN) a reconnu les plaines comme site historique national du Canada. Elles sont alors devenues un vaste parc urbain, relevant de l’administration des Parcs Nationaux du Canada, qui gère les aires protégées et les lieux historiques nationaux. Ces plaines n’entrent donc pas dans le champ de compétence de la municipalité de Québec ou de la province : ainsi, par exemple, on peut noter que le parc a sa propre police –la police des parcs canadiens- et que la police municipale de Québec n’y intervient pas. Par conséquence, le drapeau canadien y est très présent.

 


Source : D. Besnard-Javaudin

Mais la situation des plaines d’Abraham, aussi appelées parc des Champs de Bataille, est délicate. En effet, c’est dans ce parc que se trouve également le musée des Beaux-arts du Québec. Déjà, on peut souligner que sa dénomination exacte, "Musée national des Beaux-arts du Québec", pose clairement le Québec comme nation. Et comme ce musée relève du Québec et non du Canada, on assiste à une floraison de drapeaux québécois sur sa façade et ses environs immédiats, qui semblent résister encore et toujours aux drapeaux canadiens qui les encerclent…

 

Source : D. Besnard-Javaudin

 

Gigantesque parc en plein cœur de la ville, les Plaines d’Abraham sont aujourd’hui un lieu-clé de la vie québécoise, un espace privilégié pour les festivals, les concerts, et les manifestations culturelles, tout en relevant de l’administration canadienne en tant que parc national. Ce parc illustre parfaitement la façon dont deux instances, l’une à l’échelon de la municipalité de Québec et l’autre à celle de l’état canadien, peuvent se heurter. Il n’est donc pas étonnant que dans un lieu aussi important se reproduit à l’échelle locale cette affirmation identitaire par le drapeau, cette « guerre » entre fleur de lys et feuille d’érable dont la ville de Québec, et au-delà, la province toute entière, sont le théâtre.

 

Le drapeau est le symbole par excellence d’une nation. Dans le cas de la province de Québec, à la situation si particulière, le drapeau bleu fleurdelisé devient alors un outil d’affirmation identitaire : L’omniprésence de drapeaux dans la capitale de la province est clairement un moyen d’affirmer une identité québécoise au sein de l’état canadien, d’où ce constant face-à-face entre la fleur de lys et la feuille d’érable, depuis les espaces institutionnels jusqu’aux enseignes commerçantes dans la rue.