Le balcon colonial revisité : un lieu d’expression personnelle

Si la municipalité et des "adopteurs" financent l’entretien des balcons, le propriétaire de la façade peut tout à fait mener lui-même des travaux. Certains balcons sont parfois rénovés et remis au goût du jour par leurs propriétaires, qui ne sont pas toujours bien encadrés par les autorités... En effet, le centre historique en beau être classé, il n’en est pas moins menacé par les promoteurs immobiliers : faire appliquer les lois n’est pas toujours simple, et la Municipalité Métropolitaine n’est pas toujours en mesure de surveiller les propriétaires de balcons.

Sortant un peu du strict cadre de la restauration, il arrive que le propriétaire personnalise son balcon. Les plus loufoques se trouvent Calle Union, comme ce beau balcon colonial vert où on peut admirer une tête d’alien.

 

Balcon à la tête d’alien, Calle Union (Source : D. Besnard-Javaudin)

 

Tout contestable que cet alien soit en termes de conservation du patrimoine, on peut dire qu’il s’agit d’une réussite en terme d’assimilation du passé : ce balcon marque l’unité entre passé et présent, la ville et le citoyen. C’est un bel exemple de l’expression personnelle d’un propriétaire, marque du micro-local sur ce qui est un symbole national.

 

La campagne "Adopte un balcón" peut donc être analysée à différentes échelles. Symbole d’une ville, ces balcons font partie d’un patrimoine qui consolide l’inscription de Lima au sein du tourisme international. Le Grand Lima leur accorde une place de choix dans sa volonté de donner de la cohérence à la ville à l’heure de la métropolisation. Enfin, chaque balcon a un propriétaire, qui a lui aussi son rôle à jouer dans sa restauration.

 

Le cas des balcons de Lima n’est pas isolé, et ce programme d’adoption peut rappeler une initiative similaire : aux États-Unis et au Canada se sont mis en place à partir des années 1980 des programmes "Adopt-a-Highway". Des groupes, des organisations ou des communautés villageoises sont ainsi encouragés à entretenir une portion d’autoroute, en ramassant les déchets ou en coupant la végétation par exemple. En échange, le nom du groupe est présent sur la section d’autoroute en question. Nous avons ici le cas d’une initiative proche de celle des balcons de Lima, cherchant à faire participer des citoyens à une entreprise d’intérêt public, en collaboration avec les ministères des transports et des infrastructures. L’adoption permet à un groupe public ou privé de faire sa propre promotion, d’une manière peut-être plus évidente que pour les adopteurs de balcons. Par contre, on peut faire remarquer que la dimension de symbole national est beaucoup moins présente chez les autoroutes nord-américaines que les balcons de Lima.