Le balcon colonial, pierre angulaire de la ville

La campagne de rénovation des balcons coloniaux est un enjeu-clé pour la municipalité de Lima. Le programme a été lancé pour la première fois en 1997 : sous le mandat du maire Alberto Andrade 72 balcons ont pu être restaurés. Le programme s’est ensuite interrompu en 2002, avant de connaître un deuxième élan avec la métropolisation de Lima. C’est en effet la Municipalidad Metropolitana et son maire Susana Villaran qui relancent la campagne en 2012, à travers le "Programa de Recuperación del Centro Histórico de Lima", le PROLIMA. 

On peut remarquer que le texte de l’affiche insiste sur la notion d’unité : le balcon colonial est un "un symbole caractéristique chargé d’une importante unicité". Ce n’est pas un hasard si ce texte émane de la municipalité métropolitaine : à l’heure de la construction du Grand Lima, il s’agit de donner de la cohérence à cette nouvelle instance, autour de symboles unificateurs comme les balcons. Il est ainsi intéressant de noter que le programme "Adopte un balcón" concerne le centre historique, mais aussi le district de Rimac, à l’est du centre, également riche en balcons, avec l’appui de son maire Enrique Peramás  : il s’agit donc d’un programme qui ne se limite pas au centre-ville mais qui cherche à inclure d’autres quartiers dans cette initiative-clé pour la métropolisation.

Si ce programme peut être interprété comme un lien entre la ville et de ses quartiers, il l’est également entre la ville et ses habitants. Ces balcons, souvent situés à plus de 2 mètres du sol et faisant partie du paysage urbain depuis toujours, courent le risque de devenir invisibles aux yeux des Liméniens. Cette campagne permet donc en premier lieu de rappeler l’existence de ce patrimoine, souvent oublié. Par ce biais, la municipalité fait d’avantage connaître la ville à ses propres habitants, qui bien souvent la connaissent mal. Cette campagne peut donc prendre également un sens éducatif, mettant des éléments d’architecture à la portée du grand public. Enfin, ce qui frappe ici, c’est peut-être aussi la volonté réconciliatrice qu’on peut lire dans cette campagne. Choisir, comme symbole de la capitale du pays, un élément d’architecture coloniale, revient à intégrer le douloureux passé colonial dans la mémoire collective, et ainsi, grâce à une initiative urbanistique, à le dépasser.

Rapprocher les habitants de la ville revient à en faire des citoyens. En effet, on peut observer une forte dimension citoyenne au sein de ce programme. On propose aux habitants de faire une donation pour sauver un balcon en particulier, qui fera alors un peu partie de leur vie, comme dans l’adoption d’un enfant. Il s’agit ici de créer du lien entre la ville et ses habitants, de les sensibiliser à sa protection, et donc au bien public. On peut d’ailleurs citer cette déclaration du maire de Lima, Susana Villarán, qui va dans ce sens : "Enrichir le décor, c’est renforcer l’identification de l’individu à sa ville"[1].

Pour encourager cette participation à la vie publique, le programme "Adopte un balcón" prévoit la création de plaques sur chaque façade, rendant compte nominalement des contributeurs. Cela permet donc, au sens propre du terme, d’inscrire l’habitant au sein de sa ville.

 

A l’heure de la construction du Grand Lima, il s’agit donc d’une initiative visant à créer du lien entre la population, cette ville tentaculaire, son passé et son présent. Mais si le balcon colonial est devenu un enjeu au niveau national et international, le programme d’adoption ne peut occulter l’existence d’initiatives locales : ces balcons ont en effet des propriétaires, eux-aussi acteurs de leur rénovation...



[1]  "Al enriquecer el ornato, se fortalece la identificación del habitante con su ciudad“.