La vitrine des institutions

Historiquement le siège des institutions de Buenos Aires, la Plaza de Mayo est le cœur de la ville moderne. On y trouve, concentrées sur ses deux hectares de superficie, la plupart des instances décisionnelles, gouvernementales et économiques du pays.

En premier lieu, on peut y voir la Casa Rosada, le palais présidentiel, et son balcon réservé aux allocutions publiques. On y trouve également l’ancien cabildo municipal de Buenos Aires, ainsi que l’actuel Palacio de Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires, situé de l’autre côté de la place. Ainsi, cette place forme une interface entre l’échelle nationale et municipale, qui se font littéralement face. D’ailleurs, l’actuel maire Mauricio Macri, fondateur du parti de droite Compromiso para el Cambio, s’oppose régulièrement à la présidente Cristina Kirchner, péroniste de gauche, ce qui fait dire aux Argentins qu’ils sont bien mécontents de se retrouver sur la même place.

 

 

Vue de la Casa Rosada depuis la Plaza de Mayo (Source : D. Besnard-Javaudin)

 

Autour de la Plaza de Mayo se situent également les plus grandes banques du pays, dont le siège central de la Banco de la Nación Argentina, la banque nationale du pays. Par ailleurs, le ministère de l’Economie jouxte le palais présidentiel. Juste à l’est de la place, on trouve également le siège de l’Armée et celui de la Justice. Il n’y a que le Congrès qui manque à l’appel, un peu plus à l’ouest au bout de l’avenue de Mayo.

La Plaza de Mayo est donc le cœur à la fois de la ville et du pays. Son importance historique est confirmée par la présence de la Pyramide de Mai, qui commémore le 25 mai 1810. C’est pourquoi cette place est le lieu officiel de toutes les manifestations et commémorations institutionnelles. Ainsi, par exemple, c’est sur cette place que se sont tenus les concerts et les discours qui ont conclu la grande marche de la mémoire du 24 mars 2013, jour national de la Mémoire pour la Vérité et la Justice, en mémoire des victimes de la dictature.

 

La Plaza de Mayo peut donc servir de vitrine à la politique gouvernementale, et la place devient le lieu où s’expriment et s’incarnent des thèmes consensuels. On peut ici prendre l’exemple des Malouines, sujet sensible dans la société argentine, et sur lequel Cristina Kirchner fonde une partie de sa politique. En effet, la présidente ne cesse de réclamer ces îles au Royaume-Uni, et d’encourager les Argentins à ne pas les oublier. C’est pourquoi, en plus du monument aux soldats morts pendant la guerre des Malouines en 1982 (place San Martin), un mémorial a été installé Plaza de Mayo et se compose d’une série de fausses tombes, figurant les soldats morts.

 

 

Mémorial des Malouines, Plaza de Mayo (Source : D. Besnard-Javaudin)

 

La question des Malouines fait largement consensus au sein de la société argentine, et c’est très clair dans la façon dont cette installation est visitée par la plupart des passants, qui laissent souvent des petits mots en hommage aux morts de 1982.

 

Mais si la Plaza de Mayo est un journal à ciel ouvert, elle n’est pas seulement l’organe officiel du gouvernement. Puisqu’elle concentre les lieux de pouvoir, c’est donc l’endroit idéal pour se faire entendre des institutions...