La transformation des anciens sites industriels en lieux de loisir et de culture

Nantes dispose donc d’un vaste patrimoine industriel, dont une grande partie n’est plus aujourd’hui utilisé comme tel. Différents projets de réhabilitation et de reconversion ont été réalisés, principalement, mais pas uniquement, autour de la pointe de l’Île de Nantes.

Le premier projet important de réhabilitation d’un héritage industriel a été le Lieu Unique, implanté dans l’ancienne usine Lefebvre Utile. Cette usine désaffectée en 86, a été rachetée par la ville de Nantes, dans l’idée d’en faire un espace «  où la vie côtoie spontanément l’art, dans ses formes les plus contemporaines, voire « dérangeantes  », en associant espaces de pratique artistiques (scène, espace d’exposition) et espaces de vie quotidienne (bar, restaurant, boutiques, hammam...).

Mais si les activités industrielles ont ainsi été totalement remplacées par des services, l’usine a été réhabilitée en respectant sa forme d’origine, et donc son type industriel. Le mur aveugle donnant sur la rue Carnot n’a ainsi pas été ouvert, et a été laissé en matériau brut, simplement orné du nouveau nom du bâtiment : le Lieu Unique. La volonté de conserver le bâtiment d’origine a même amené la mairie à restaurer l’une des tours de l’usine, décapitée dans les années 70, à partir d’images d’époque. Et lorsque des remaniements ont été faits, en particulier pour l’aménagement de l’espace intérieur, c’est en utilisant des matériaux rappelant le monde de l’usine : sols bruts, poutrelles de métalliques, escaliers de secours, conduits de ventilation apparents.

L’intérieur du lieu unique : un des bars, redécoré selon les codes classiques de l’esthétique industrielle

(Crédit photographique : Pauline Guinard)

 

Mais le plus important travail de réhabilitation du patrimoine industriel a été mené autour dans chantiers navals. Ici, préservation et réinvention sont étroitement entremêlées.

Les chantiers ont été fermés en 1987, puis laissés en friche pendant des années, avant qu’un projet de reconversion ne soit finalement lancé. Le site est désormais consacré aux loisirs et à la culture. Les cales des chantiers ont ainsi été conservées, mais l’ajout de murs et d’une toiture a permis de former une gigantesque nef, toute en béton, verre, métal et bois, où se tiennent diverses expositions et animations culturelles, la plus connue étant un gigantesque éléphant mécanique, capable de se déplacer dans la nef, et sur le terrain alentour. Autour de cette nef a été lancé un pôle culturel, avec théâtre et pépinières d’artistes notamment. A l’extérieur, un espace de loisir a été aménagé, avec square, solarium, jardins humides dans les anciennes rampes de lancement des navires... Les aménagements restent toutefois limités, laissant de larges espaces aux fonctions indéfinies, propices aux promenades. Il s’agit de permettre à chacun de s’approprier l’endroit. Et le pari est réussi. L’espace des chantiers navals n’attire pas seulement un public habitué des lieux de culture ; le week-end, on y voit aussi des familles avec enfants, et des personnes venant dans une perspective de détente.

 

Les nefs, anciennes cales des chantiers navals, transformées en gigantesques halles pouvant accueillir des évènements culturels ou des activités des loisir

(Crédit photographique : Pauline Guinard)

 

Pour accueillir ces différentes activités, le patrimoine industriel n’a pas été seulement préservé, mais aussi construit et réinventé. Aux cales et hangars originels se sont ajoutés les toits de la nef, mais aussi tout un univers de machines, avec l’éléphant automate, un manège sur le thème de Jules Vernes... De même, un ancien blockhaus voisin des chantiers, et converti en pépinière de musiciens rocks, s’est vu doté d’un type industriel qui n’a jamais été le sien. Renommé La Fabrique, il utilise les codes de l’architecture industrielle (matériaux bruts, conduites techniques apparentes), et joue aussi avec le thème des machines, s’ornant d’une terrasse censée imiter une rampe de lancement de fusée. Ce qui n’était à l’origine qu’un abri anti bombardement en béton armé s’est vu transformé en ancien site industriel réaménagé, et s’est ainsi intégré au reste du site.

Les hangars de la pointe de l’Île de Nantes (hangar 32 et hangar à bananes) ont été restaurés selon le même modèle. L’un est consacré au projet Île de Nantes, et est un espace informatif. L’autre a été repris par la vie nocturne, et abrite bars et restaurants. Là encore, le choix d’une esthétique se porte vers le style industrialo-portuaire, avec un extérieur à peu près préservé ; on y a néanmoins aménagé de grande ouvertures vitrées, mais en mettant aux vitres des montants métalliques apparents. La décoration intérieure de la plupart des bars reprend la même esthétique, mais en la détournant, en la réécrivant. Ainsi, l’un des bars, décorés de tonneaux, filets... se rapproche plus d’un entrepôt du XVIIIème que d’un hangar du XXème siècle. Là encore, on a donc une décoration sur le thème industriel qui ne s’appuie en réalité sur rien : l’intérieur du hangar ayant été entièrement réaménagé par chaque bar, il aurait pu l’être selon des codes complètement différents.