La protection des espaces naturels : une Camargue « mosaïque »

Zone humide d’importance exceptionnelle, la Camargue est à la fois un espace méditerranéen riche en biodiversité et un milieu fortement anthropisé, où la composition du paysage répond aux gradients de salinité pour former une mosaïque. La conservation de la nature y est devenue un élément important de la gestion du territoire, qui s’exprime par la multiplication des espaces protégés.

La protection de la Camargue est née des conflits autour de la maîtrise de l’eau. Ils opposent les saliculteurs à la recherche d’une eau salée abondante et les riziculteurs nécessitant une eau douce abondante, mais concernent également les chasseurs et les naturalistes. Elle se traduit actuellement par une mosaïque de zones protégées suivant des dispositifs divers qui se superposent parfois. En France, la protection des milieux naturels a été prise en compte par une série de dispositifs législatifs, notamment la loi Paysage de 1930, la loi Littoral de 1982 et la loi sur l’eau de 1992. Celle-ci est complétée par d’autres instruments : formes diverses de contractualisation, engagements internationaux ou mécanismes encadrant l’acquisition foncière.

Carte : des périmètres de protection de l’environnement imbriqués. © F. Verger et R. Ghirardi, 2009, (extrait de l’ouvrage VERGER Fernand, GHIRARDI Raymond, (2009), Les zones humides du territoire français, Belin : Paris)

Dans le delta du Rhône les réserves naturelles couvrent 15 000 ha. Elles comprennent la Réserve nationale de Camargue, créée en 1927, mais également des réserves naturelles volontaires comme celle de la Tour du Valat. Fondation privée, ce centre de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes était à l’origine une structure de recherche ornithologique. Celle-ci s’est ensuite tournée vers l’étude et la gestion des écosystèmes et a élargi son champ d’investigation au bassin méditerranéen.

Le Conservatoire du Littoral possède en Camargue sept sites dont celui du Domaine de la Palissade. Premier à être acquis par le CNL, en 1977, il s’agissait à l’origine d’un espace de chasse et de loisirs. Son acquisition avait valeur de symbole contre le développement du port de Fos, dont on aperçoit non loin les torchères. Depuis 1981 la gestion du domaine a été confiée à un syndicat mixte regroupant le département des bouches du Rhône et la ville d’Arles. Ouvert au public, il est devenu un espace de découverte des paysages camarguais et de tourisme vert.

Les zones humides sont la cible privilégiée de conventions internationales, moins contraignantes. La Camargue n’échappe pas à la règle et est intégrée aux grands dispositifs de protection qui leur sont dédiés. Elle fait ainsi partie de la convention dite de Ramsar, qui marque l’engagement pris par l’Etat français de valoriser une gestion « rationnelle » des zones humides inscrites, dans une double entreprise de conservation et d’utilisation. Elle appartient également au réseau Natura 2000 à travers les directives « Habitat » et « Oiseaux », qui font l’objet d’une contractualisation entre l’Etat et les acteurs privés et publics du territoire.

Enfin, 86 400 ha de la Camargue sont intégrés dans un Parc Naturel Régional fondé en 1970. Recouvrant des zones de statuts différents, il a connu plusieurs crises depuis sa fondation. En 2007 le Conseil d’Etat a demandé une révision de la charte du parc, dont la gestion est assurée depuis 2004 par un syndicat mixte.