La protection de la nature en territoires

La réserve de Biosphère

Depuis 1990, le Mont Ventoux fait partie d’une réserve MaB (Man and Biosphere), label décerné par l’UNESCO à un territoire, reconnaissant la capacité de sa population à vivre dans un environnement exceptionnel tout en le préservant. Assez peu de contraintes sont associées à une telle certification, qui s’étend dans notre cas sur 34 communes, couvrant le tiers du département du Vaucluse.

La réserve de biosphère trouve ses origines dans un engouement suscité par le Ventoux auprès de la communauté scientifique, notamment à l’INRA. La définition d’une réserve MaB ne se fonde pas seulement sur la richesse biologique, mais également sur l’adaptation des sociétés à leur environnement, ce qui fait d’elle des outils ‘’conservationnistes’’ de la protection de la nature. La Stratégie de Séville a posé en 1995 les 3 fonctions des réserves MaB : la conservation des écosystèmes, des paysages et de la biodiversité ; le développement durable par la participation des communautés locales ; le soutien à la recherche et l’éducation.

Afin de réaliser ces objectifs est appliqué un zonage tripartite aux réserves. La zone centrale, est protégée dans la législation nationale, ici, par des arrêtés préfectoraux du biotope. Ces décisions visent à favoriser la conservation de biotopes où se réfugient des espèces protégées. Les principales restrictions sur les sites définis concernent l’épandage de produits antiparasitaires, l’écobuage, le broyage et les opérations d’aménagement. Il s’agit par là surtout d’attirer l’attention sur une richesse écologique, et de suivre son évolution.

Cette zone centrale est dédiée à la protection. Au mont Ventoux, elle est constituée de plusieurs entités, de près de 10 km2 au sommet (pierrier à la flore riche, milieu pseudo-alpin), de 4 km2 de pelouses au mont Serein (accueillant la vipère d’Orsini), d’une hêtraie relique sur le versant nord, de 5 km2 dans les gorges de la Nesque (canyon calcaire accueillant l’aigle royal, le faucon pèlerin, et la Nivéole de Fabre, endémique), de 81 ha à la tête des Mines (formations basses et pelouses de type méditerranéen) et de la cédraie de Bédoin (dont on a vu l’intérêt pour l’avifaune).

La deuxième zone, tampon, entoure les zones centrales ; ses activités doivent être peu perturbatrices, il s’agit d’y mettre au point des pratiques d’utilisation des ressources naturelles respectueuses de la biodiversité. Enfin, une zone de transition constitue la couronne externe de la réserve.

Toutefois, le rôle d’une réserve de la biosphère va au-delà de la délimitation de périmètres enchâssés. Des programmes sont mis en œuvre, pour agir sur les milieux et contrer les menaces sur la biodiversité. Cette dernière est en effet en évolution, entre autres à cause de la déprise agricole, qui induit une forte diminution de l’élevage, et donc l’extension de la forêt, qui fragmente et rétrécit les espaces de pelouses.

La vipère d’Orsini et le genêt de Villars sont particulièrement touchés par cette dynamique. La réouverture des milieux est assurée par le pâturage et le broyage, grâce à un financement européen LIFE. Cette action pour la vipère d’Orsini, ou plutôt cette réaction, est le programme-phare de la réserve. Celle-ci agit également en prévision, comme lorsqu’elle définit un plan de gestion durable des gorges de la Nesque, ou se préoccupe de l’avenir des ocres (ou demoiselles coiffées : nature façonnée, voire créée, par l’homme) du piémont sud.

Comme nombre de réserves MaB ou de PNR ruraux, la réserve essaye de s’impliquer dans le développement local en mettant en place une charte des entreprises dans la réserve (« Ventoux Initiative Nature »), qui permettrait de valoriser l’engagement dans un développement durable et de contribuer à un certain marketing territorial.

De tels programmes sont issus de groupes d’acteurs locaux, la réserve étant animée par le Syndicat mixte d’aménagement et d’équipement du mont Ventoux (Smaemv), qui rassemble les 34 communes concernées. Un comité de gestion, composé d’élus, de gestionnaires et d’associations locales vient en sus aider le Smaemv, et a par exemple rédigé le plan de gestion de la réserve.

 


La superposition des territoires de protection de la nature


En plus de la réserve de la biosphère et de ses arrêtés du biotope, le massif du Ventoux est couvert par de nombreux périmètres de protection, ce qui peut donner l’impression que la montagne est recouverte d’un millefeuille protecteur. Des contrats Natura 2000 s’appliquent dans les gorges de la Nesque, la vallée du Toulourenc, et sur le sommet et les crêtes.

Des ZNIEFF (Zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique ) ont été instaurées, une de type II (« grand ensemble naturel riche ou peu modifié, qui offre des potentialités biologiques importantes ») couvrant tout le massif, et plusieurs de type I (petits espaces, homogènes d’un point de vue écologique et qui abritent au moins une espèce et/ou un habitat rares ou menacés) dont le Mont Serein, la calotte sommitale, la pinède relique de pins à crochets, les ocres de Bédoin ou les gorges de la Nesque. Ces gorges sont ainsi couvertes par des ZNIEFF de type I et II et un contrat Natura 2000, en sus de la réserve de biosphère.

 

Vers un PNR ?

Dans la lignée d’une protection de la nature associant les populations locales, un projet de parc naturel régional en cours depuis une dizaine d’années est en passe de se réaliser. Le périmètre pourrait être celui du Smaemv, qui avait montré son implication dans ce projet en adhérant dès 2002 au réseau des Grands Sites de France. Le PNR est porté actuellement par la région, le département et des maires de communes du piedmont.

Le président du Smaemv le présente comme une potentielle « carte de visite » ou « signature », qui permettrait de stimuler le développement économique et touristique du massif. Les opposants au projet mettent en avant la superposition déjà manifeste des collectivités au niveau local : aux communautés de communes (CdC), dont celle du Ventoux, se rajoute le Smaemv, et un parc ne ferait que reprendre les compétences des CdC ; la solution consisterait à fusionner toutes les CdC du massif, mais le périmètre de cet ensemble dépasserait alors celui du massif.

Le préfet du Vaucluse souligne qu’il s’agit d’attendre l’exécution de la réforme territoriale, pour s’assurer que la charte du PNR n’entre pas en compétition avec les compétences d’autres collectivités ou syndicats.

Enfin, les usagers du mont Ventoux ne s’accordent pas tous sur la nécessité d’un PNR, comme la fédération de chasse, qui craint l’évolution d’un parc vers une « réserve d’Indiens », ou les cueilleurs de truffe, qui verraient d’un mauvais œil une restriction des usages, au vu des revenus, irréguliers mais importants, que peut leur apporter la cueillette du champignon.
 

Les territoires de protection de la nature dans le massif du Ventoux. Source : ‘’ Diagnostic et propositions pour le renouvellement du label « Réserve de Biosphère » du Mont Ventoux ’’ Université Paris 7 Denis Diderot URL http://www.mab-france.org/fr/MAB_en_france/textes/Mont_Ventoux_2007.pdf

 

Bibliographie