La dynamique de l’usine au sein de son environnement

Un bilan énergétique s’intégrant au paysage économique breton

La Bretagne importe 94% de l’électricité qu’elle consomme. L’usine marémotrice de la Rance représente 23% de l’énergie produite sur place (ie. des 6% effectivement produits sur le sol breton) soit 1,4% des ressources primaires en énergie et donc de la consommation totale. La production de l’usine marémotrice de la Rance correspond à la consommation de la ville de Rennes.

En effet, l’usine produit 513 GWh par an : sa puissance totale est de 240 MW (soit 10 MW par groupe bulbe) et le facteur de disponibilité de l’installation est d’environ 25 %.
Les rendements de chaque étape ou élément du cycle sont les suivants :
Turbinage direct 87 %
Turbinage inverse 73%
Pompage direct 67%
Pompage inverse 59%
Alternateur 97%
Transformateur 99%

L’usine marémotrice de la Rance contribue ainsi de manière efficace, bien qu’à petite échelle, à la réduction du déficit énergétique de la Bretagne.
3.2. Des défis techniques
La pérennité de l’usine dépend d’enjeux techniques, comme la lutte contre la corrosion.
La corrosion désigne l’altération d’un matériau au cours d’une réaction d’oxydoréduction. Les turbines métalliques de l’usine, immergées en permanence dans l’eau de mer, se trouvent en présence d’espèces oxydantes telles que le dioxygène ou des acides. Le métal se dissout alors, entraînant une fragilisation de la turbine. C’est le phénomène de corrosion aqueuse. Toutefois, la présence d’ions Cl- en solution tend plutôt à ralentir la vitesse de corrosion (« passivation »).

Dès 1966, EDF a choisi de protéger les installations par une technique innovante à l’époque de la construction de l’usine : la protection cathodique. Son principe est d’introduire sur les structures sujettes à la corrosion une « anode sacrificielle » constituée d’un métal qui réagira avec l’eau de mer à la place de l’acier de la turbine.
Il s’avère que ce fut un choix judicieux, car la peinture et les matériaux employés, également censés prémunir les groupes bulbes et autres installations de la corrosion, se sont avérés déficients à cet endroit : aujourd’hui, on ne constate presque aucune corrosion sur les quelques 120 000 tonnes d’acier immergées de l’ouvrage, mais il n’y a plus de peinture.

D’autre part, notons que certains défis techniques ont déjà été résolus lors de la construction de l’usine :

  • La mise au point des groupes bulbes pour la centrale a été un challenge, puisque l’ouvrage devait être intégré dans l’estuaire, ce que des turbines de type Kaplan classiques (à axes verticaux) ne permettaient pas. De surcroît, elles n’auraient pas doté l’usine d’une puissance suffisante. La conception de “groupes bulbes horizontaux“ a permis de remédier à ces deux problèmes. Ces solutions, pensées pour l’usine de la Rance, ont été largement utilisées depuis dans d’autres ouvrages hydrauliques, notamment sur le Rhin et le Rhône.
  • La réalisation de l’ouvrage a permis d’éprouver la méthode de construction à sec, puisqu’elle a été préférée à la construction par caissons amenés par flottaison. Il a donc fallu constituer un batardeau pour assécher la zone de travaux.

L’expérience acquise en la matière a permis de faire évoluer les techniques afin de mieux pallier les soucis environnementaux et techniques.

 


Des limites environnementales

La construction du barrage a profondément modifié les équilibres écologiques de la baie au point que l’on peut parler de "crise environnementale". (Consulter le lien suivant : ici)
Cependant, d’un point de vue d’émissions de gaz à effet de serre, l’usine marémotrice de la Rance semble relativement « propre » : EDF met en avant l’économie de 187 à 489 kilotonnes de CO2 (par an), par comparaison avec une production d’énergie à partir de gaz ou de charbon respectivement.



Des retombées sociales et patrimoniales

L’usine de la Rance constitue une source de dynamisme pour les collectivités locales avoisinantes : elle emploie une trentaine de salariés et forme des stagiaires, et paye aux communes près de 2,2 millions € par an, via la taxe professionnelle (environ 1,6 millions € par an) et la taxe foncière (près de 0,68 million € par an).
Suite à la construction du barrage, un plan d’eau abrité très calme, d’une surface de 22 km2, s’est formé, qui a été transformé en bassin de plaisance : l’eau y est peu agitée et propice au développement des activités de loisirs. On y pratique aujourd’hui la navigation de plaisance et le mouillage naval (il y a actuellement près de1850 mouillages dans le bassin de la Rance, et 500 en partie fluviale). Dans ce bassin se sont également développées la pêche (notamment la pêche de coquilles Saint Jacques en plongée avec bouteilles) et l’aquaculture (notamment l’alogoculture).

La création du barrage a permis la construction d’une route joignant Dinard à Saint-Malo, communes voisines, séparées par un bras de mer large de 750 m ; elle permet aujourd’hui de relier ces deux communes en 15 km aujourd’hui, contre 50 km auparavant. Cet accès facilité a favorisé la croissance de Dinard et de la rive gauche en général, ainsi que le désenclavement de la rive droite, rééquilibrant ainsi le développement du territoire de part et d’autre de la Rance. Mais aujourd’hui, le niveau de saturation est également atteint en rive gauche et les conflits au sujet du barrage se multiplient ; en particulier, l’obtention d’un compromis avantageux entre le passage des bateaux dans l’écluse et celui des voitures sur le pont basculant est problématique : 26 000 véhicules par jour (et jusqu’à 60 000 en été) empruntent la route construite sur le barrage, et 20 000 bateaux par an transitent de la mer à l’estuaire via l’écluse.

La lutte contre les retombées environnementales a permis le rapprochement des communes de la région de l’estuaire de la Rance, et la création d’une “identité Rance“, qui voit son aboutissement avec la création prochaine d’un Parc Naturel Régional “Rance – Côte d’Émeraude“.