La culture comme élément d’une stratégie métropolitaine

La culture, outil de renouveau pour une ancienne ville industrielle

Longtemps structurée par son industrie et son port, Nantes voit l’importance de cette activité dominante décroître dans les années 1980 dans le cadre du mouvement de désindustrialisation qu’ont connu certaines régions françaises à cette période ; dès lors se pose la question de la nouvelle dynamique à impulser à la ville.

Dans ce contexte, l’élection en 1989 de Jean-Marc Ayrault, déjà reconnu pour son action en faveur de la culture lorsqu’il était maire de Saint-Herblain (1977-1989), porte à la tête de la municipalité une équipe qui impose peu à peu la culture comme nouveau secteur-phare de la ville, tant en termes économiques qu’en termes d’image.

La culture apparaît ainsi comme un potentiel outil de renouveau urbain répondant au déclin de l’activité industrielle nantaise.

 

Une politique culturelle ambitieuse impulsée par la municipalité 

L’affirmation de Nantes comme ville de culture au cours des deux dernières décennies relève donc avant tout d’une volonté politique portée par la municipalité socialiste, et ce à tel point que cette dernière en vient parfois à être considérée comme le principal acteur culturel nantais au détriment des artistes eux-mêmes. Elle y consacre en outre un budget important (62,5 millions d’euros en 2012 - pour comparaison, le budget culturel de Lille était de 59,8 millions d’euros la même année), ce qui lui vaut d’être régulièrement critiquée par l’opposition municipale pour ses dépenses.

Cette volonté politique se traduit par la mise en œuvre d’une politique culturelle qui se veut ambitieuse et cohérente, autour de quelques projets d’envergure, et menée par quelques personnalités dont Jean Blaise est sans doute la plus emblématique. Créateur du Festival des Allumées puis de Fin de Siècle, directeur du Lieu Unique, organisateur de la biennale Estuaire, il est une figure incontournable du paysage culturel nantais de ces dernières années, qu’il a largement contribué à façonner.

Cependant, la réussite à l’échelle locale de ce renouveau par la culture est indissociable d’une logique de métropolisation et de rayonnement à plus large échelle ; il s’agit de faire de la culture la marque de fabrique de Nantes et d’exporter cette image attractive au-delà du territoire de la ville.

 

La Tour Lu, de l’industrie à la culture

La Tour est le symbole des anciennes usines de biscuits de la famille Lefèvre-Utile. Fermée puis démantelée, l’usine est aujourd’hui un centre culturel d’envergure sur la scène nantaise, regroupant une salle de spectacle, une librairie, une salle d’expositions et un restaurant. (Photo de Pauline Guinard)

 

Une volonté d’affichage à l’échelle nationale voire européenne

La culture est ainsi un enjeu majeur du processus de métropolisation nantais et fait partie intégrante du projet « Nantes Métropole ».

Un certain nombre d’événements et de lieux culturels participent de cette logique d’affichage, tels Estuaire, le Voyage à Nantes, les Folles Journées, ou encore les Machines de l’Île et la compagnie associée Royal de Luxe. Un important travail de communication est réalisé autour de ces quelques grands représentants de la nouvelle culture nantaise, mobilisant les médias et les acteurs touristiques locaux, avec pour but de fédérer la ville autour d’une image dynamique diffusée en France et en Europe.

La politique culturelle nantaise entend donc jouer à différentes échelles. En agissant à l’échelle locale, elle ambitionne de favoriser le rayonnement de la ville aux échelles nationale et européenne.

La promotion par la municipalité nantaise de la culture envisagée comme outil de redynamisation urbaine et de construction métropolitaine mêle donc l’échelle de la ville et celle, plus large et encore incertaine, de la zone de rayonnement potentiel de cette métropole en gestation. C’est cependant bien à l’échelle locale que cette politique culturelle a des impacts concrets sur le territoire, qui se trouve remodelé par la mise en œuvre de plusieurs projets.

Affiche promotionnelle : Le Voyage à Nantes

La communication constitue une part essentielle du projet de redynamisation urbaine de la ville de Nantes par la culture. L’affiche détourne l’image traditionnelle de la ville (la grue portuaire rappelle son passé industriel) afin d’en faire un atout pour son nouvel axe de développement.

(source : Le Voyage à Nantes vu par Olivier Metzger © Le Voyage à Nantes)