La culture au service du projet métropolitain

Cité commerciale importante, Lille est devenue un centre industriel majeur, autour des secteurs textiles et mécaniques principalement. Le déclin de ces industries à partir des années 1960 plonge la ville dans la crise et une grande partie de sa population au chômage. Dans les années 1990, avec la tertiarisation de l’économie et un grand mouvement de rénovation et de renouvellement urbain, l’image de la ville change. Lille ambitionne de devenir une grande métropole européenne et la culture devient un enjeu à part entière de ce processus. 

La culture, un instrument au service du développement

Les politiques culturelles mises en œuvre à Lille s’inscrivent dans une tendance de fond de l’aménagement urbain dans lequel la culture est un instrument au service du développement social et économique. Cette stratégie s’appuie sur le discours de la ville « créative » et la question de la perception devient un enjeu important, renforcé ici par l’image « nordiste » et « minière » qui a traditionnellement été associée à Lille.

Le terme de culture est difficile à définir tant sont nombreuses ses acceptions. Dans la mesure où nous nous intéressons à ses manifestations urbaines, nous suivons B.Grésillon pour qui il s’agit de « la créativité artistique, esthétique et intellectuelle » où Culture « savante » et « quotidienne » se rejoignent. Il s’agit ici de s’engager dans la compétition qui se joue entre villes en termes d’image et de qualité de vie. La dimension des représentations apparaît alors comme la manifestation des enjeux économiques sous-jacents mais toujours présents. La culture est en effet un enjeu économique majeur. Comme le souligne le rapport de l’ONU-Habitat, « la relocalisation industrielle mène à l’appréciation artistique » et la mise en valeur de la culture urbaine est considérée comme la nouvelle panacée pour résoudre les problèmes tant économiques que sociaux. Ceci va de pair avec la valorisation de la spécificité du projet culturel, chaque ville cherchant à se démarquer des autres et à donner d’elle-même l’image la plus avantageuse pour attirer tant les touristes que les investisseurs. Le présupposé originel de ces orientations est que la culture est par excellence un espace de liberté en mesure de contrecarrer les inerties historiques ou économiques.

Culture et métropolisation

Si la promotion de la culture peut aller sans la métropolisation, les deux termes sont, à Lille, étroitement associés. L’ambition métropolitaine de l’agglomération lilloise est claire. Ainsi, la Communauté Urbaine de Lille est rebaptisée en 1997 « Lille Métropole Communauté Urbaine ».

Pourtant le rapprochement entre métropolisation et culture n’est pas une évidence et le terme même de « métropole » est, comme celui de culture, difficile à définir. On peut par exemple reprendre la définition de di Méo citée par B.Grésillon (GRESILLON, 2002). Une métropole est « avant tout une place centrale, un nœud décisionnel dans le réseau de villes. C’est un lieu d’impulsion, de créativité, d’émissions d’ordre et de connexion des flux les plus variés qui parcourent l’espace ». Grésillon développe à partir de cette proposition sa définition de la métropole culturelle en distinguant cinq qualités essentielles : la capacité d’innovation, la diversité culturelle, le mouvement perpétuel, le « miroir du monde et la matrice », la réputation internationale et l’attractivité. Ceci lui permet de dresser une typologie des métropoles culturelles dans laquelle Lille se classe parmi les « métropoles culturelles en devenir » au même titre que Marseille et Lyon. Le fait que ce classement ait été réalisé après « Lille 2004 Capitale Européenne de la culture » nous invite à revenir sur cet événement et sur les politiques culturelles mises en œuvre par la ville.
 

L’impact de « Lille 2004, capitale européenne de la culture »

La construction du tunnel sous la Manche et l’extension du réseau ferroviaire nord européen au début des années 1990, qui revalorisent la situation de Lille, se traduisent par l’adhésion des acteurs politiques et socio-économiques à un discours commun sur le développement métropolitain. Dans le même temps la crise de l’industrie et le passage à une économie marquée par les activités tertiaires marque « le passage du statut d’agglomération industrielle à celui de métropole en émergence » (PARIS et STEVENS, 2000). Cette modification de l’économie locale voit s’accroître la place de la culture, fonction métropolitaine par excellence si on suit B.Grésillon lorsqu’il affirme que « la créativité représente l’essence de la métropole » (GRESILLON, 2002).

La manifestation la plus médiatisée, qui se voulait également l’introduction à une nouvelle politique de la ville, fut le choix de Lille comme capitale de la culture en 2004. Elle devient ainsi la troisième ville française à en obtenir le titre, après Paris en 1989 et Avignon en 2000.

L’aboutissement de ce projet est significatif de l’impulsion donnée par l’Europe aux projets culturels, contribuant à la réhabilitation urbaine. Ainsi le bilan de la Commission insiste sur l’idée de « régénération » urbaine et la volonté de tordre le coup aux clichés associés au Nord.

Le projet met en avance la créativité et la participation de la population à une vaste entreprise visant à changer l’image de la région (« The broad aims are to promote creativity and exchange throughout the region and involve the whole population to transform the city and region. The key word has been “metamorphosis” and is perceived within a long-term development process” ).

Suite à cet événement Lille fait figure de ville pilote. Participant au programme d’initiative communautaire URBAN, elle a également été membre du programme URBACT, établi par la commission européenne pour favoriser les échanges d’expérience entre villes en matière de « régénération urbaine ». L’agglomération a ainsi été chef de file d’un réseau appelé « culture et régénération urbaine » pendant deux ans (2005-2006), dans le cadre d’une réflexion sur le partenariat public-privé, la culture et la société de l’information comme moteurs du renouvellement urbain. En effet, le programme « ville européenne de la culture » est maintenant « une opération urbaine et culturelle de grande ampleur menée par des professionnels et aux enjeux économiques, touristiques et médiatiques considérables » (GRESILLON, 2010).

Peut-on par ailleurs parler de « ville créative » ? B. Grésillon émet des réserves lié au caractère éphémère de la manifestation, tout en soulignant que si l’opération culturelle est bien menée, elle peut servir à engager un processus d’accumulation de richesses et de talents.