L’insertion du patrimoine industriel dans l’identité nantaise

 

Comme le montrent ces différentes réhabilitations, la restauration du patrimoine industriel menée par la ville de Nantes n’est pas une simple opération de valorisation d’un patrimoine immobilier vacant. Il s’agit réellement d’un projet visant à mettre une industrie, réelle ou fantasmée, au cœur de l’identité nantaise. Ce choix n’était pourtant pas évident dans les années 1990. Pour LU comme pour les chantiers navals, des projets de quartiers d’affaire et de logement avaient été envisagés, qui proposaient une destruction pure et simple des anciennes usines. Mais ces projets ce sont heurtés à une opposition de la part d’une partie de la population qui ne souhaitait pas voir disparaître des monuments qui définissaient le paysage de Nantes depuis des décennies. Aussi deux nouveaux plans ont été proposés. Et à partir de vestiges de grands sites industriels du XXème siècle que l’on voulait sauver, c’est tout une esthétique qui est réinventée, et qui s’intègre dans la ville. L’héritage du passé n’est pas simplement réutilisé mais réécrit et narrativisé.

C’est d’ailleurs bien parce que l’héritage industriel est maintenant devenu une part revendiquée de l’identité nantaise que la mairie ne le confine pas sur quelques sites. Au-delà des grandes réalisations des chantiers navals et des usines LU, l’aménagement de l’Île de Nantes vise aussi à introduire dans des espaces non dédiés spécifiquement à l’industrie, des marqueurs de ce passé.
D’où la mise en place d’un certains nombres de figures emblématiques, destinées à servir de repères dans l’île, à en structurer l’espace. Il s’agit principalement de deux grues titans, placées en pointe de l’île et à côté des chantiers navals, et visibles d’une grande partie de l’île. Elles viennent ainsi rejoindre dans le paysage l’usine Begin Say, dont la cheminée bleue est elle aussi visible de loin.

Pour les mêmes raisons, un certain nombre de perspectives ont été dégagées dans les quartiers destinés à l’habitat ou aux bureaux, pour rendre visibles certains vestiges industriels, cheminées ou autres, et les insérer ainsi dans la ville contemporaine Cette logique d’insertion est aussi présente dans la volonté de la ville de maintenir une certaine activité industrielle. Le réaménagement de l’Île de Nantes a ainsi été l’occasion aussi de créer un nouveau patrimoine industriel, en regroupant un certain nombre d’acteurs de la filière bois (ONF, Atlanbois, syndicat du meuble) autour d’un « forum du bois », dont l’immeuble, à l’architecture remarquable, avec ces lignes arrondies et ses murs couverts de bois, pourrait lui aussi devenir un bâtiment emblématique de Nantes.

Au sein d’un quartier de bureaux récent, une perspective vers une cheminée industrielle est aménagée

(Crédit photographique : Eloise Libourel)

 

Nantes a donc vu se fermer progressivement de nombreuses usines qui avaient fait sa prospérité, mais elle n’a pas pour autant perdu son identité industrielle. A travers la valorisation de son patrimoine, son détournement pour d’autres usages, et surtout son intégration dans la vie et les espaces quotidiens des habitants, l’industrie continue à marquer la ville. Nantes reste finalement, au-delà des détours de son activité économique, une ville industrielle, au moins par l’image qu’elle s’en donne.