L’insertion dans la mondialisation

On constate aujourd’hui une double dynamique : l’inscription du territoire de Montbard dans des logiques mondiales et une spécialisation qui devient nécessaire compte tenu du contexte de mondialisation.

L’internationalisation des entreprises industrielles du bassin de Montbard - Venarey-Lès-Laumes

Les usines du bassin industriel sont toutes originairement françaises, mais certaines entreprises ont intégré des groupes étrangers tandis que d’autres, restées françaises, ont souvent diversifié leurs implantations à l’étranger, suivant ainsi un modèle assez fréquent dans le paysage industriel français contemporain.

Le groupe Vallourec rassemble des entreprises restées françaises : Valti, Valtimet, Valinox Nucléaire et Vallourec Umbilicals. Ces firmes se sont internationalisées à partir du bassin, Valtimet et Valinox ayant implanté des unités de production en Asie, en Europe et en Amérique du Nord.

Les autres usines du bassin appartiennent désormais à des groupes étrangers. Ainsi, SM-ST est issue de la fusion de plusieurs entreprises : l’italien Dalmine, l’allemand Mannesmann et le français Vallourec, qui se sont associées dans une joint venture en 1994, Mannesmann rachetant les parts de Dalmine en 2002 et celles de Vallourec en 2003. Le groupe néerlandais Roto et l’italien Telema ont acquis Métal Déployé et Metal Deploye Resistor dans les années 2000. Les logiques d’approvisionnement en ferraille se sont en quelque sorte « déterritorialisées », dissociant les espaces de production de la matière première des lieux de leur transformation, pour y substituer une logique réticulaire, située à l’échelle européenne.

Cette déterritorialisation a également conduit à une spécialisation des espaces de production dans des secteurs où l’entreprise pouvait demeurer concurrentielle et compétitive, dans une logique de compétition des territoires à l’échelle européenne sinon mondiale. L’internationalisation des entreprises a eu des répercussions sur la production. Par exemple, avant la fusion ayant abouti à SM-ST, chaque entreprise produisait plusieurs types de tubes. Le rapprochement a entraîné une répartition des tâches entre les sites, chacun se spécialisant dans une plage de diamètres de tubes : Costa Volpino (Italie) pour les plus petits, Houston pour les dimensions moyennes, Montbard et Remdscheid (Allemagne) pour les plus grands. L’inscription dans des logiques dépassant les frontières nationales s’accompagne d’une internationalisation des marchés et donc de la concurrence. Ainsi, lors de sa spécialisation productive, l’usine SM-ST de Montbard a détruit ses laminoirs rendus inutiles, plutôt que de les vendre à une entreprise tchèque, ce qui illustre cette logique de concurrence territoriale propre à l’évolution récente du capitalisme mondialisé.

La filière du tube et l’ouverture à l’export

L’internationalisation des propriétaires et implantations des entreprises du bassin industriel s’accompagne d’une forte ouverture commerciale et participe ainsi d’une insertion de Montbard dans les circuits de la mondialisation. Métal Déployé Résistor a de la sorte participé aux constructions du barrage des Trois Gorges et d’installations de Disney World (Floride). SM-ST, dont 85% de la production est exportée, vend de nombreux tubes au brésilien Petrobras. Intégrer un groupe plurinational peut également se révéler utile pour contourner certaines barrières à l’entrée de marchés : grâce à son usine aux États-Unis, SM-ST peut certifier « made in USA » des produits parfois uniquement finis à Houston.

Contrairement à un aval assez ouvert et diversifié, l’amont de la filière est plutôt fermé : ce positionnement stratégique vise à renforcer la compétitivité en évitant la reproduction de produits par des concurrents. Ainsi, tous les outils permettant la fabrication des tubes sans soudure SM-ST sont produits localement.

La spécialisation territoriale dans la coopération : « MetalValley », un cluster rural autour de produits à forte valeur ajoutée et le « Pôle Nucléaire Bourgogne »

Cette spécialisation territoriale liée à la mondialisation a en fait conduit à la création d’un cluster, « Metal Valley », récemment inclus dans un Pôle d’Excellence Rural, sur le modèle du district industriel tel qu’il est pratiqué ailleurs en Europe, que ce soit au Portugal ou en Italie (cf. travaux de C. Schmoll sur l’Italie, 2006).

L’association « Metal Valley » a été créée en 2008 par sept entreprises du bassin industriel. Elle s’est donné trois principes d’action pour accompagner l’accroissement de la production : développer l’image des industries régionales ; adapter l’offre de formation locale aux besoins de main-d’œuvre qualifiée ; promouvoir le logement. Tout ceci afin de faciliter les recrutements et de développer l’attractivité du territoire. Ensemble, ces entreprises génèrent un chiffre d’affaire annuel de 700 millions d’euros. On retrouve en fait à travers ces différents objectifs le rôle de l’usine comme producteur d’espace, à l’image de ce qui s’opérait dans la période antérieure aux grandes vagues de désindustrialisation.

Le rapprochement des entreprises met en avant quelques produits phares : les tubes (notamment sans soudure), le métal déployé, le chemin de câbles et le pignon d’entrainement. Les tubes en inox non soudés de SM-ST constituent par exemple une production non standardisée qui répond uniquement à des commandes. Ce processus de production de qualité est un moyen de résister à la concurrence des pays à bas salaires. D’autres usines de l’association ont informatisé la production, pour conserver des prix compétitifs.

Cette stratégie de spécialisation des entreprises de la « Metal Valley » dans la haute technologie s’appuie sur des réalisations de prestige, aussi bien en France (Valinox est fournisseur de l’EPR de Flamanville, SM-ST participe à la construction de sous-marins nucléaires) qu’à l’étranger (Disney World, barrage des trois gorges). De plus, trois firmes sont leaders mondiaux dans leur domaine : Valti (tubes sans soudure pour l’industrie du roulement), Valtimet (tubes soudés en inox et en titane), Cablofil (chemins de câbles).

Au-delà du périmètre du bassin de Montbard, les entreprises Valinox Nucléaire, Valti et SM-ST appartiennent au réseau « Pôle Nucléaire Bourgogne » (PNB), qui rassemble 148 entreprises, syndicats et établissements d’enseignement employant 10 000 personnes dans un rayon de 70 km autour de Dijon et participant par leur activité à la réalisation de centrales nucléaires. Trois de ces principaux axes d’action sont l’encouragement à la recherche, l’intégration de la filière et l’accroissement la part de marché mondiale du PNB.