L’éviction de la voiture ?

Le centre historique dijonnais est une vitrine du Grand Dijon. C’est pourquoi la communauté d’agglomération cherche à le valoriser par une politique de piétonisation, qui s’inscrit dans les objectifs durables, écologiques, voire civiques portés par le plan de déplacement urbain. Plus largement, l’agglomération souffre de problèmes de congestion et de pollution, et le projet du tramway est un levier pour changer la place de la voiture dans le Grand Dijon. Egis Mobilité, bureau d’étude spécialisé dans l’optimisation des déplacements auquel a fait appel l’agglomération dijonnaise, estime ainsi que le report modal des usagers sur le tramway sera sur certains tronçons de 25%., c’est-à-dire que les transports en commun y seront fréquentés par 25 % d’usagers en plus, qui auront décidé de changer de mode de déplacement.

De lourds problèmes de congestion automobile

D’après l’INSEE, en heure de pointe, la ville-centre accueille plus de 50% d’actifs venant des communes périphériques parfois en dehors du Grand Dijon. De plus, 30% des actifs de la ville-centre de Dijon travaillent hors de l’agglomération ou en périphérie. La voiture est donc le moyen de transport le plus utilisé. L’infrastructure routière héritée des années 1970 laisse la part belle à l’automobile. Les boulevards circulaires intérieurs peuvent accueillir jusqu’à 4 000 véhicules par heure, avec une charge quotidienne de 40 000 véhicules (deux sens confondus), et la ceinture des boulevards périphériques est aussi très fréquentée. Les deux tiers de ce trafic résultent de flux de transit, en raison de la position de carrefour de Dijon. Comme l’atteste l’histogramme de répartition des modes de déplacement en Bourgogne (INSEE Bourgogne 2005), la place de la voiture est d’autant plus importante qu’on se déplace loin du centre, où elle représente déjà 60% des modes de déplacements).

Répartition des modes de déplacement en Bourgogne (source : INSEE Bourgogne 2005)

 

Une politique de dissuasion

 Malgré la présence et le maintien de parkings dans le centre (3000 places au total), le Grand Dijon a fait appel à la société Egis Mobilité afin d’élaborer une stratégie de dissuasion d’utilisation de l’automobile, et de valorisation du report modal vers les transports en commun.

Le Grand Dijon a choisi sur ces recommandations de réduire l’espace consacré aux automobilistes sur les pénétrantes, soulignant que les Transports en Commun en Site Propre (TCSP : bus ou tram) accueillent davantage de voyageurs que les voitures individuelles. Le réseau de voirie sera ainsi différencié et hiérarchisé, avec un report de l’automobile sur la rocade et sur la Lino, liaison intercommunale nord-ouest, en construction depuis 2007, et devant aussi accueillir les poids lourds.

Plan du réseau de tramway du Grand Dijon (Source : Grand Dijon)

Ainsi sont mises en place des politiques de dissuasion dans le centre : limitation des vitesses, accumulation des feux pour faciliter le passage des TCSP, diminution des espaces de stationnement de 10% dans un périmètre de 500m autour du TCSP par exemple. Pour accompagner ces mesures, l’agglomération prévoit l’installation de plusieurs parcs relais en périphérie de la ville (en tête des lignes de tramway), et de développer l’offre ferroviaire. Afin d’encourager ces pratiques, la communauté d’agglomération favorise l’intégration tarifaire avec des tickets valables dans les bus et les trains, et projette d’étendre ce système au tramway.

Cependant, on peut s’interroger sur les effets d’une politique si contraignante pour les automobilistes, en particulier durant la phase des travaux, et se demander si ces nouvelles dispositions vont réellement faire évoluer les pratiques, et à quel horizon. De même, cette politique ne sera valable que si le passage de la voiture aux transports publics, l’intermodalité sont bien pensés : intégration urbaine et accessibilité des parcs-relais, développement de l’offre ferroviaire, et prise en considération du principe d’équité spatiale notamment.