L’étagement bioclimatique du mont Ventoux

Les conditions géographiques bien particulières du Mont Ventoux en font un cas d’école pour l’étude de l’étagement bioclimatique en milieu méditerranéen et subalpin.

Le principal facteur discriminant est la température, qu’influencent à la fois l’altitude et l’exposition. Le Ventoux présente à cet égard un profil atypique. Surplombant du haut de ses 1912m une plaine située à 300m au-dessus du niveau de la mer, il est orienté Est-Ouest et offre ainsi un versant Sud (adret) qui monte en pente relativement douce (10-16%), et un versant Nord (ubac) bien plus abrupt. Le long de ces deux versant s’étagent différents types de végétation arborée, chaque étage bioclimatique se situant à une altitude légèrement inférieure sur l’ubac du fait de la moindre exposition au soleil.

 

 

Les différents étages présents sur le mont Ventoux


-  L’étage méditerranéen (adret : 300-800m / ubac : 300-600m), surnommé « étage du chêne vert ». Cet étage sous influence méditerranéenne voit la prépondérance du chêne vert typique des forêts méditerranéennes, résistant aux fortes chaleurs et aux périodes de sécheresse. Dans le cortège floristique du chêne vert se trouvent le pin d’Alep et le chêne Kermès, amateurs de chaleur et donc plus abondants dans les altitudes inférieures de cet étage.

-  L’étage supra-méditerranéen (adret : 800-1200m / ubac : 600-1100m), surnommé « étage du chêne blanc ». Le chêne blanc, ou chêne pubescent, s’épanouit dans des milieux plus frais et humides que le chêne vert, ce qui explique sa présence à cet étage bioclimatique. Le buis accompagne la présence du chêne pubescent, ainsi que le pin sylvestre qui se substitue progressivement au pin d’Alep et dont la présence se renforce avec l’altitude. Enfin, notons la présence remarquable du cèdre d’Algérie, introduit par les campagnes de reforestation des années 1860 entre 800 et 1000m, et qui forme la plus grande cédraie de France.

-  L’étage montagnard (adret : 1200-1700m / ubac : 1100-1600m), surnommé « étage du hêtre ». Le hêtre commence à s’implanter dans les combes de l’étage précédent, pour finir par supplanter le chêne pubescent aux altitudes supérieures à 1000m. Cet étage voit aussi la multiplication du pin sylvestre, qui lui confère une tonalité nettement plus alpine que les étages précédents.

-  L’étage subalpin (adret 1700-1800m / ubac : 1600-1800m), surnommé « étage du pin à crochets ». Les pins sylvestres présents depuis les hauteurs de l’étage supra-méditerranéen se mêlent désormais au pin à crochet. Les pins à crochets forment des bois de plus en plus clairs, constitués d’individus malmenés par la rudesse des conditions : moyennes annuelles oscillant entre 4 et 6°C, couverture neigeuse 6 mois durant, maximales estivales dépassant péniblement les 10°C.

-  La calotte sommitale : Les pins à crochets épars et rachitiques laissent peu à peu place à une calotte pierreuse dénuée de toute végétation permanente, donnant au somment du Ventoux son aspect lunaire. Cet environnement peu clément voit toutefois la prolifération de nombreuses fleurs au printemps.
 

 

 

L’importance de deux autres facteurs : la nutrition minérale et l’eau

Cette typologie essentiellement fondée sur les conditions de température aux différentes altitudes et expositions peut être affinée par la prise en compte des facteurs « eau » et « nutrition minérale ».

Ainsi l’on a vu qu’à chaque étage bioclimatique cohabitent des populations feuillues avec diverses espèces de conifères. La répartition de ces espèces, à l’intérieur de chaque étage, est assez nettement conditionnée par le facteur « nutrition minérale ». Les parties superficielles du sous-sol du Ventoux sont composées principalement de calcaires durs plus ou moins fissurés, et de calcaires friables ou tendres (marnes, argiles imperméables, etc.). Dans l’ensemble et à chaque étage, les peuplements de feuillus préfèrent les calcaires tendres ou friables, tandis que les calcaires durs sont presqu’exclusivement peuplés par les conifères propres à chaque étage.

Le facteur « eau » est légèrement moins discriminant, sauf pour les stations très xérophytiques des divers étages, qui accueillent peu de peuplements arborés, notamment aux étages supérieurs. Notons toutefois que le cortège floristique médio-européen ne s’épanouit que dans des stations de mésophytiques (qui se plait dans les habitats d’humidité moyenne) à hygromésophytiques (qui se plait dans les milieux à l’humidité marquée), tandis que le cortège floristique méditerranéen prédomine pour les stations de très xérophytiques (qui se plait dans les milieux secs) à mésophytiques. Dans le cas du Ventoux qui ne présente pas les caractéristiques d’un milieu aride, l’indisponibilité en eau peut résulter du froid (gel), des sécheresses estivales et/ou de la nature de la roche (par exemple des karsts fissurés ne retenant pas l’eau d’écoulement).

Ainsi, le mont Ventoux offre au botaniste une richesse floristique impressionnante, déclinée en différents étages bioclimatiques définis principalement par la température, mais aussi, à un niveau plus microspatial, par la nutrition minérale et la disponibilité en eau absorbable. Ce paysage riche et diversifié, caractéristique de la Provence, est le fruit d’une histoire forestière tourmentée que l’on se propose d’étudier dans la sous-partie suivante.
 

 

L’étagement bioclimatique du Mont Ventoux. Source : J. Gobert et G. Pautou (1968). Carte de végétation Feuille XXXI-40 – Vaison – In Documents pour la carte de végétation des Alpes, tome VI.
Légende :
Quercus ilex : chêne vert
Quercus pubescens : chêne pubescent
Fagus silvatica : hêtre commun
Pinus uncinata : pin à crochets
Juniperus communis : genévrier commun

 

B. La gestion forestière du Ventoux