L’envasement de l’estuaire

Une conséquence du barrage

Pour assurer la production de 600 000 000 Kwh/an qui est celle de l’usine marée-motrice, il faut une différence de niveau entre l’eau des deux côtés du barrage. L’eau se trouve immobilisée pendant des durées d’étal très longues : jusqu’à huit heures pour les états de niveau haut, 3,5 à 4 heures pour le niveau bas.

Les durées d’étales artificielles perturbent le fonctionnement de l’estuaire car la masse d’eau de mer est immobilisée au moins le tiers du temps, ce qui favorise la sédimentation des particules fines (vases). Les vasières se sont donc multipliées dans l’estuaire de la Rance, et particulièrement dans la queue du bassin et les zones latérales.

Or ces zones sont découvertes à marée basse et peu soumises aux courants : le remplacement du sable par la vase est visible et difficilement réversible car les vasières sont à peine dérangées par les courants. Avec le barrage, on augmente artificiellement la durée de l’étale : elle est désormais de 8h en étale haute. L’eau de mer est donc immobilisée pendant plusieurs heures dans l’estuaire permettant aux particules fines de sédimenter.

On assiste alors à une extension sans précédent des vasières, surtout dans la zone latérale du bassin où les courants sont faibles. Ce processus est aggravé par le fait que dans l’axe du chenal, les courants très forts évacuent les particules et les envoient sur les bords.

De fait, là où il y avait du sable, on trouve désormais à niveau bas de la vase. L’accumulation peut aller jusqu’à 2 ou 3 mètres, ce qu’apprécient très modérément les riverains.

Quels sont les problèmes créés par cet envasement ?

En certains points de l’estuaire la navigation est perturbée, particulièrement en été lorsque le débit de la rivière atteint son minimum. C’est en aval de l’écluse du Châtelier que le problème est le plus criant. En effet EDF est contraint d’ouvrir l’écluse afin de créer une chasse afin de respecter ses engagements envers la navigabilité du chenal de la Rance.

Cet effet de chasse est naturellement temporaire. Les sédiments reviennent après l’ouverture de l’écluse. Cette solution ponctuelle ne peut donc être considérée comme une réponse suffisante et efficace au problème de l’envasement de l’estuaire.

De plus la sédimentation tend à combler les anses peu profondes et à réduire la largeur du chenal, ce qui diminue la marge de manœuvre des bateaux.

Par ailleurs, l’envasement de la Rance a un impact très important sur les populations de poissons. Le recouvrement des bancs de sable par les vasières nuit à la reproduction de certaines espèces qui se servent habituellement de ces bancs de sable comme de frayères.
 
Enfin, et ce malgré des tentatives de valorisation de la vase à des fins agricoles notamment (amendement des champs), l’envasement de l’estuaire nuit à la qualité de vie des habitants. La multiplication des vasières porte en effet à atteinte l’équilibre esthétique du paysage. Les zones grises se répandent, dépourvues ou presque de végétation.

Pollution de l’eau et de l’air

La modification du régime marégraphique par la gestion du barrage a également eu des conséquences importantes sur la répartition des particules dans l’estuaire. Celles-ci sont de plus en plus homogènes et tendent à créer un milieu unique qui nuit à la diversité des milieux de l’estuaire, auparavant plus importante. Cette homogénéisation des particules sédimentaires correspond à la multiplication des vasières dans l’estuaire de la Rance.

L’apparition massive des vasières, réduisant la part des autres espaces, a généré une modification des peuplements benthiques et une forte croissance du plancton. Les peuplements benthiques, en particulier, jouent un rôle primordial dans le fonctionnement de l’éco-système puisqu’ils sont détrituvores.

Par ailleurs, et ce sans lien direct avec le barrage, la qualité de l’eau dans l’estuaire de la Rance a été remise en cause par les rejets de polluants phytosanitaires qui sont de plus en plus utilisés par les collectivités locales notamment pour l’entretien de la voirie. La qualité de l’eau de l’estuaire de la Rance est donc dégradée par des facteurs multiples. Actuellement, les prélèvements effectués affichent un niveau moyen de 38 milligrammes de nitrates par litre, quand le maximum autorisé est de 50 milligrammes. La pollution y interdit notamment le ramassage des crustacés et la baignade y est fortement déconseillée .
 

L’envasement : une menace fédératrice

La prise de conscience de l’envasement de l’estuaire a permis de fédérer populations, usagers, élus, mais aussi EDF autour d’un projet de désenvasement présenté ici.

 

Piège à sédiment du Livet vu du ciel, association C.O.E.U.R.