Islams de France : la demande d’islam ou l’islam construit en problème public

 

S1, 6 ECTS

 

Responsables  : Bernard Godard, Jean-Claude Poizat, Sylvie Taussig

 

 

Descriptif

Après une première année consacrée à la « déconstruction des conflits relatifs aux représentations de l’islam et des musulmans en France » et une deuxième qui, sous le titre « offre d’islam », passait en revue les principaux courants du paysage religieux en France (des salafistes au mouvement Gay Muslims), nous nous proposons d’étudier la façon dont les termes islam / musulman en arrivent à servir apparemment à isoler et à dresser des membres de la communauté nationale les uns contre les autres. A l’horizon, un engrenage de violence qui donne à penser que l’expression de « guerre des civilisations » dont la simple idée faisait hausser les épaules à l’époque où elle a été émise a agi comme une sorte de prophétie auto-réalisatrice. Dans ce schéma simplificateur et nié par la réalité des sécularisations et des transformations sociétales et politiques, l’islam sert de concept mobilisateur, idéologisé, mais opératoire.

Alors qu’il est dans le discours courant qu’il ne faut pas essentialiser l’« islam », mais considérer les musulmans dans leur diversité (en termes d’observances cultuelles, d’origines nationales, de sensibilités idéologiques…) et contextualiser l’islam dont la représentation et l’autoreprésentation se transforme au fil des siècles impliquant, pour les chercheurs, une historicisation de ce que le terme recouvre et donc une déconstruction, force est de constater que la pratique revient à uniformiser et essentialiser l’islam.

Après avoir mis en évidence la profusion des dynamiques intellectuelles et normatives (« l’offre d’islam »), il paraît tout aussi important de mettre en évidence les facteurs d’étouffement de cette diversité et de la captation du nom « islam », sous le signe d’une surenchère normative.

Si l’« islam » est toujours plus défini voire promu en termes de « mode de vie » ou d’« identité », c’est bien le résultat d’une construction dont, entre autres, les pouvoirs publics, les médias, le marché, etc., sont les acteurs, souvent sans le savoir ; le discours savant y a sa part, qui constitue en objets les demandes des courants les plus normatifs et par là les solidifie sans les déconstruire : demande de voile, demande de halal, demande de non mixité, demande de représentativité politique des musulmans, en pointant du doigt une incapacité de la France à faire droit aux particularismes culturels, voire une « islamophobie d’État ». L’islam en résulte essentialisé, voire idéologisé, avec des effets pervers d’identification, particulièrement à l’oeuvre dans les discours et comportements de rupture. Il y a donc une certaine continuité entre les exigences de « plus d’islam » dans la société et l’engagement guerrier djihadiste (qualifié de « radicalisation »), à savoir un projet de faire de l’islam une force politique et une volonté d’islamisation de la société, par des méthodes différentes, mais sur la base d’un même discours.

La particularité du séminaire cette année est qu’il ébauche une collaboration avec le Mexique, autre situation d’islam « occidental ». Deux séances seront donc organisées depuis le Mexique et retransmises en vidéoconférence.

 

 

Planning 2016-2017

26 SEPTEMBRE
« Pourquoi déterrer aujourd’hui le concept d’islamologie à côté de la demande de déradicalisation ? »,
Ghaleb Bencheikh

10 OCTOBRE
« Islamophobie versus "judéophobie", un désir mimétique ambigu », Isabelle Kersimon ; « Stratégies discursives d’un réseau antiraciste »,
Chloé Sebagh

31 OCTOBRE
« Le multiculturalisme est-il un terme évident pour parler d’appartenances religieuses ? »,
Jean-Claude Milner et Jean-Claude Poizat
 
14 NOVEMBRE
« La variable musulmane dans le jeu politique »,
Wilfried Serisier et Laurence Marchand-Taillade

28 NOVEMBRE
« Cadre historique et politique de la création d’une formation pour les cadres musulmans »,
Bernard Godard
« La demande d’islam de l’Etat français. La question de la formation des cadres musulmans »,
Philippe Gaudin

12 DECEMBRE
« La réification de la charia, entre abstraction vertueuse et modèle d’arriération »,
Baudouin Dupret

9 JANVIER
« Le concept de laïcité et le roman des demandes religieuses »,
Catherine Kintzler

23 JANVIER
« Stratégie de banalisation de l’islamisme dans le monde académique »,
Cynthia Fleury

6 FEVRIER
« Libéralisation de l’économie, laïcisation de l’entreprise et communautarisation au travail »,
Patrick Banon et Aline Crépin
 
23 FÉVRIER
« Las características del Islam mexicano »,
Zidane Zeraoui

11 MARS
« Chamusulmanes : entre appartenance ethnique et conversion religieuse »,
Daniel Gutiérrez-Martínez

 

 

Ce séminaire est inclus dans les mineures Etudes arabes et Géopolitique.

Tout public. 

 
 
Dates des cours  : 26 septembre, 10 et 31 octobre, 14 et 28 novembre, 12 décembre, 9 et 13 janvier
Validation : assiduité, participation, réalisation de deux comptes-rendus exhaustifs comprenant les discussions
Lundi 18h-20h - Amphithéâtre Rataud

 
Contact :