Introduction

Réaménager les emprises industrielles des berges de Seine à Issy-les-Moulineaux : effacer les discontinuités ?

Eloïse Libourel

Le thème de la « reconquête du front d’eau » est largement mis en avant par les communes riveraines de la Seine à l’occasion de leurs projets d’urbanisme. Le fleuve apparaît comme le vecteur d’une image positive sans nuance pour la ville. Néanmoins, ses berges sont souvent occupées par des activités industrielles et longées par des axes de communication. Issy-les-Moulineaux est une commune marquée par le contexte particulier de la petite couronne parisienne et de son attractivité croissante dans le cadre du déplacement des fonctions de commandement, notamment économique, vers les marges. Les cimenteries implantées sur le Port autonome de Paris et les voies en direction de la banlieue ouest constituent d’importants éléments de rupture entre la ville et la Seine. Ces discontinuités, que l’on peut définir comme des ruptures apparaissant dans l’espace urbain et révélant son hétérogénéité, se traduisent par des obstacles physiques, visuels ou symboliques à l’ouverture de la ville sur son fleuve. Elles sont évoquées dans le discours des aménageurs comme des « ruptures », éléments négatifs à « effacer » pour rendre attractifs les espaces communaux longeant la Seine (IAURIF, 2010a). Ces phénomènes de rupture sont avant tout appréhendés par la thématique de la « reconquête du front d’eau » qui permettrait de créer de la valeur foncière et immobilière. C’est alors l’argument paysager qui est mis en avant. Néanmoins, dans les documents d’urbanisme, la variable sociale est également présente à travers le souci de mixité des opérations d’urbanisme. 
Les études sur l’aménagement des bords de fleuve en milieu urbain mettent souvent l’accent sur la « reconquête du front d’eau » comme élément de valorisation foncière et comme effacement des discontinuités entre ville et cours d’eau (IAURIF, 2010a, PIÉCHAUD et HOURS, 2010). Ce discours qui se veut unanime unanimiste est repris par les aménageurs d’une manière générale. Néanmoins, il existe des formes de report de ces ruptures à d’autres niveaux qui sont rarement considérées. Il nous faut prendre en compte la pluralité des acteurs de l’aménagement urbain, des services de l’urbanisme aux entreprises, en passant par les promoteurs immobiliers. Nous interrogerons donc la manière dont les opérations d’aménagement des berges de Seine, espace privilégié des promotions actuelles, à Issy-les-Moulineaux sont menées dans une optique d’effacement des discontinuités et dont ces dernières peuvent trouver une expression nouvelle à des échelles différentes, associant variables paysagères urbaines et variables économiques et sociales.
Nous nous appuierons sur l’analyse des documents d’urbanisme de la commune d’Issy-les-Moulineaux, ainsi que sur un entretien avec des responsables des services de l’urbanisme, pour rendre compte de la manière dont les outils d’aménagement sont mobilisés pour penser le rapport au fleuve. A une échelle plus fine, l’étude des projets immobiliers en cours nous permettra de voir comment chacune des promotions prend en compte le rapport au fleuve. Enfin, une série photographique complétera l’analyse par une étude de l’évolution des paysages urbains.

 

I- La « reconquête du front d’eau » comme objectif d’aménagement à Issy-les-Moulineaux

II- Un effacement incomplet et un report des discontinuités

 

Bibliographie :

ADEME, 2009, Reconversion urbaine des friches polluées pour des territoires durables, recueil d’interventions, 80 p.
BRUNET R., 1965, Le Phénomène de discontinuité en géographie, Paris, CNRS, 117 p.
CARROUÉ L. (dir.), 2002, Limites et discontinuités en géographie, Paris, SEDES, 159 p.
GAY J.-C., 2004, Les discontinuités spatiales, Paris, Economica, 112 p.
HENRYON D., 2009, Approche méthodologique pour une requalification durable des friches industrielles, Lille-I (thèse), 350 p.
IAURIF, 2010a, Les Collectivités locales et le fleuve en Île-de-France. Première enquête régionale, 174 p.
IAURIF, 2010b, Évolutivité des tissus urbains, 73 p.
PIÉCHAUD J.-P., HOURS, A., 2010, Penser la métropole parisienne : plaidoyer pour un projet citoyen, égalitaire et post-carbone, Paris, L’Harmattan, 192 p. 

 

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