Inscrire Marseille dans la comptétition métropolitaine

Le détail des opérations conduites dans le cadre d’Euroméditerranée révèle la stratégie de développement métropolitain à l’œuvre. Dans le contexte d’une ville portuaire du XXIème siècle, celle-ci s’appuie classiquement sur la reconquête du front de mer et sur la conversion au développement durable.

Une cartographie interactive des opérations est accessible sur le site web d’Euroméditerranée : http://www.euromediterranee.fr/carte-interactive.html

Développer une stratégie métropolitaine.

L’opération d’intérêt national (OIN) Euroméditerranée est lancée à Marseille en 1995 pour faire face aux difficultés socio-économiques que traverse la ville. Depuis son élargissement en 2007, elle couvre une surface de 480 hectares, ce qui en fait la plus grande opération de rénovation urbaine d’Europe.

Les objectifs de l’OIN sont multiples : il s’agit non seulement d’intervenir sur le bâti et en particulier d’accompagner la reconversion des anciens sites industriels qui émaillent le périmètre, mais aussi de tisser des liens entre les quartiers de la Joliette, d’Arenc, de Saint Charles et de la Belle de Mai. La destruction du pont autoroutier de l’autoroute A7 qui accompagne la restructuration de la Porte d’Aix s’inscrit dans cette perspective. En restreignant la place accordée à la voiture et en créant un parc, le projet offre une nouvelle unité à un espace auparavant fragmenté. De la même façon, la rénovation de la rue de la République doit redonner tout son sens à cette percée haussmannienne qui aujourd’hui relie la Cité de la Méditerranée au Vieux Port. Une OPAH (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat) a permis d’y restaurer 5200 logements et de renouveler son animation commerciale.

En intervenant sur le bâti et les espace publics, Euroméditerranée a également pour objectif de faire émerger une centralité métropolitaine. M. A. Sorrentino, responsable de la prospective au sein d’Euroméditerranée, a soulevé à plusieurs reprises lors de notre visite le retard que Marseille avait pris face à ses rivales françaises et a fortiori européennes. Euroméditerranée doit permettre de combler ce retard et c’est le long des emprises du port, dans la Cité de la Méditerranée, que l’installation des fonctions métropolitaines supérieures est encouragée. À terme, un million de mètres carrés de bureau doivent y voir le jour. La tour CMA-CGM dessinée par Zara Hadid est l’emblème de ce quartier d’affaires émergent. L’installation du MUCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), de la salle de spectacle du Silo ainsi que celle du centre commercial et de services des Terrasses du Port participe également de cette dynamique.Réunis à Euroméditerranée, tous ces équipements doivent former la nouvelle vitrine économique et culturelle d’une métropole marseillaise dynamique.

Plus au nord, la friche de la Belle de Mai joue, à l’échelle de la ville et du quartier, le rôle de pôle de développement et d’innovation en accueillant un espace d’exposition, une résidence d’artistes et une pépinière d’entreprises de l’audiovisuel et des nouvelles technologies. Avec la mise en œuvre d’Euromed 2, le projet combine ainsi les deux piliers de la métropolisation au XXIème siècle : développement durable et ville technologique.

Photo ci-contre. Les premières réalisations d’Euroméditerranée : sur cette photo on peut voir les docks réhabilités à l’extrême gauche, les travaux de l’enfouissement de l’autoroute, ainsi que la reconversion en cours du silo et la tour CMA-CGM en arrière-plan © Martin Omhovère

Réhabiliter le front de mer

Un des objectifs majeurs d’Euroméditerranée est de libérer l’espace public du bord de mer, par divers projets : enfouissement de la voie littorale, reconstitution d’un lien entre la vieille ville et la mer, réhabilitation de l’image des docks.

Euroméditerranée vise ainsi à rentabiliser l’espace urbain et portuaire pour attirer des investissements, des entreprises, des cadres supérieurs, des touristes. Par ces projets, c’est tout le tissu urbain et portuaire qu’il faut adapter aux modes de vie contemporains. Une logique de waterfront est donc mise en place, avec la recherche d’une mixité de formes et de fonctions destinées à créer une attractivité économique et touristique. Les docks ont été reconvertis, 300 établissements s’y sont installés, générant environ 4 000 emplois. L’enfouissement de l’autoroute littorale (l’A55) à partir du quartier d’Arenc et son remplacement par un tunnel ont demandé dix ans, le tunnel s’est ouvert à la fin mars 2011 (le projet a demandé 130 milliards d’investissement). L’autoroute faisait figure de barrière physique entre le port et le centre-ville, deux espaces qu’on tente aujourd’hui de reconnecter.

Cette reconnexion ne va pas de soi, notamment parce qu’alors, la zone change d’identité. La transformation en cours des anciens silos en salle de spectacle reflète toute la symbolique de « cette mutation radicale des anciens outils de travail du port en équipements décoratifs et ludiques du bord de mer » [RONAI, 2009, p.8]. La réhabilitation du front de mer marseillais participe aussi d’un marketing urbain censé valoriser l’image de la ville sans toutefois toujours privilégier les réflexions en termes d’identité de la ville. Comment la ville peut-elle s’approprier son port ? C’est toute la question de la mutabilité d’une telle zone qui se pose, avec par exemple la force du paysage industriel à mettre en valeur.

Il importe aussi de composer avec la coupure physico-juridictionnelle du port autonome. Le port est autonome par rapport à toute autorité locale, ses grilles sont toujours infranchissables et révèlent des coupures persistantes dans l’espace. Une promenade sera construite le long des grilles, mais cela donnera-t-il vraiment envie d’y flâner ? De plus, certaines réglementations sont spécifiques au port autonome, notamment tout ce qui concerne la surveillance douanière. Certaines opérations de requalification du font de mer en deviennent complexes : ainsi, la nouvelle salle de spectacle est en situation d’extra-territorialité, elle est en fait construite au-dessus du port, surélevée et sur pilotis, pour n’être pas soumise aux règles internationales du port. La question du front de mer est aussi essentielle parce qu’il a une vocation d’échanges entre le « nord » et le « sud », en lien avec des pratiques urbaines et métropolitaines.

Par cette forte attention portée au front de mer, Marseille se rapproche d’autres métropoles européennes qui ont fait ce choix de réhabiliter leurs zones portuaires (on citera par exemple Barcelone, Oslo, Gènes). A l’échelle française, ce sont bien d’autres métropoles qui transforment leurs quais (fluviaux ou maritimes) et qui cherchent à se les réapproprier (on peut évoquer le cas des berges lyonnaises, mais aussi de Nantes ou de Bordeaux).

Photo ci-contre. La reconversion des silos en salle de spectacle : le marketing urbain de la réhabilitation du front de mer. © Éloïse Libourel

Le projet Euroméditerranée labélisé « écocité ».

En 2007, le périmètre de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée s’accroit de près de 170 hectares, cette extension doit accueillir 20 000 emplois ainsi que 15 000 logements soit près de 30 000 nouveaux habitants en sus des 6000 qui y résident aujourd’hui. C’est l’équipe menée par François Leclercq/TER qui remporte le concours d’urbanisme international.

Le projet s’articule d’une part autour d’un grand parc longeant le ruisseau des Aygalades, que l’équipe propose de débuser pour recréer son lit « naturel » et d’autre part le long d’une terrasse surplombant l’autoroute A55 et offrant un point de vue vers la Méditerranée, la Corniche nord, un clin d’œil à LA corniche, la route du sud de Marseille qui longe le littoral. Suite à l’appel à projet lancé par le Ministère du développement durable, Euroméditerranée est labélisée Ecocité en novembre 2009. Une Charte de l’aménagement et du développement durable d’Euroméditerranée a été rédigée pour encadrer les développements futurs de l’opération. Selon M. Sorrentino, il est nécessaire de développer des techniques innovantes pour atteindre l’objectif de sobriété énergétique sous les latitudes méditerranéennes.

Euroméditerranée, laboratoire de la ville durable méditerranéenne ? Aujourd’hui le projet propose par exemple de mutualiser l’exploitation d’un système de géothermie marine et d’optimiser l’orientation des bâtiments en fonction des vents.