Impacts et mesure du réchauffement climatique

La vigne, marqueur climatique

Dans l’Histoire du climat depuis l’an mil, Emmanuel Le Roy-Ladurie cherche à rendre compte de l’évolution du climat dans le temps long, depuis le XIVe siècle. En l’absence de données météorologiques antérieures au XXe siècle, il s’appuie sur l’évolution des dates des vendanges en Bourgogne pour lesquelles des archives complètes existent. Le Roy-Ladurie montre ainsi qu’il y a eu plusieurs périodes aussi chaudes que les années 1990.

Une étude récente, menée par Jean Rochart, Jean-Rémy Clément et Abdelhaq Srhiyeri (2007) s’appuie sur la corrélation établie par Emmanuel Le Roy-Ladurie et sur les données des années 1940 et 1950 qu’il a collectées pour établir des projections. Celles-ci prennent en compte plusieurs scénarios d’évolution des températures au cours du XXIe siècle et montrent que les dates de vendanges pourraient être avancées notablement. Dans l’hypothèse haute d’un réchauffement de 4°C, elles seraient avancées de plus d’un mois. Dans l’hypothèse basse d’une hausse des températures de 2°C, elles seraient avancées d’une dizaine de jours en moyenne. La vigne et son cycle sont donc un marqueur intéressant des évolutions climatiques. En retour, la variabilité sur le temps long met en jeu les pratiques de la viticulture.

Enjeux du réchauffement climatique pour le vignoble bourguignon

Le réchauffement climatique est un enjeu important pour le vignoble bourguignon. En effet, une augmentation des températures moyennes aurait des conséquences sur les dates de vendanges, mais aussi sur les pratiques culturales.

Ces conséquences peuvent être positives ou négatives :
- La plus grande régularité des températures de fin d’été réduirait l’aléa pesant sur la vendange, de même qu’une période de maturation plus chaude pourrait être positive pour le taux de sucre du raisin, donc le degré alcoolique du vin.
- En revanche, la modification des circulations d’air sur la côte pourrait changer la qualité des « climats » et remettre en cause la distribution actuelle des terroirs. Le plus fort degré de sucre a également un impact négatif eu égard à la qualité des vins de Bourgogne : leur caractère spécifique est aujourd’hui fondé sur des degrés alcooliques relativement faibles et sur une acidité plus grande que les vins méditerranéens.

Ces changements d’ordre climatique posent la question de la modification des pratiques culturales en Bourgogne.

Modifier les pratiques de vinification ? Modifier la qualité ?

Le vignoble de la Côte d’Or a fondé sa réputation sur le luxe et l’excellence des vins, dont chaque cru, chaque millésime est différent. De la sorte, un connaisseur achète des bouteilles de chaque millésime en pariant sur leur vieillissement. Or si les conditions de production sont plus homogènes, et si les vins sont plus réguliers, le vignoble de la Côte d’Or perdra sa singularité. En outre, les cépages les plus adaptés au climat local pourraient changer, ce qui signifierait la production de vins d’un autre type. C’est l’identité des vins de Bourgogne qui est mise en question.

Les viticulteurs de Bourgogne se trouvent aujourd’hui face à une remise en question de leurs propres pratiques culturales. L’avenir de vins de la Côte d’Or, dont la réputation d’excellence et de luxe est étroitement corrélée aux conditions climatiques et géomorphologiques, pourrait passer par une adaptation de ces pratiques. La taille, l’encépagement et les méthodes de vinifications devraient notamment être modifiées pour conserver la qualité des vins de chaque « climat ». L’enjeu est dont celui de la conservation de l’identité des vins de Bourgogne.