Grand Large

 
Panneau du projet Grand Large.
Crédits : Jean-Baptiste Feller

Le projet Grand-Large est le dernier élément du processus de reconstruction urbaine à Dunkerque dans le cadre du programme Neptune. A ce titre, il s’appuie sur l’expérience des réalisations antérieures et tente de proposer un ensemble cohérent affirmant prendre en compte les exigences les plus récentes.

Le projet Grand-Large, dans la continuité des programmes de renouvellement urbain

Financé par la région Nord-Pas-de-Calais, la Communauté urbaine Dunkerque Grand Littoral, la ville de Dunkerque et S3D, la Société de Développement du Dunkerquois, Grand-Large se veut la synthèse achevée des ambitions du programme Neptune, dont il est le dernier volet. Il se situe en effet dans la continuité du mouvement de reconstruction urbaine engagé en 1989 et répond aux critères du master plan de Rogers. Sa réalisation, sur les 37ha de friches industrielles des anciens Chantiers Navals de France, fermés en 1988, a été confiée en 2005 à l’équipe de l’architecte Nicolas Michelin.

Il s’agit de créer sur ces anciennes friches un nouvel espace pour l’essentiel dévolu à l’habitat, et qui devrait compter 1000 logements neufs à l’échéance 2012-2015. Aujourd’hui, la réalisation effective de ce projet immobilier a commencé, mais l’essentiel reste à construire. A terme devrait voir le jour un quartier reliant Malo-les-Bains, le centre « chic », l’ancienne station balnéaire située au nord-est de la ville, à la Citadelle, l’île au milieu des darses de l’ancien port, centre potentiel organisé autour des bâtiments de l’université. Avec Grand-Large, une continuité entre ces différents quartiers devrait s’affirmer, avec pour objectif de forger ainsi à Dunkerque le vaste centre qui lui fait défaut. C’est en somme la reprise des objectifs de Neptune, signe en creux d’une certaine faillite du projet à les porter à leur terme.

Quelques bâtiments industriels seront intégrés à ce quartier à titre d’héritage de la glorieuse époque des Chantiers navals, comme la « Cathédrale », plus haut bâtiment industriel de Dunkerque, qui devrait recevoir en 2012 les collections du Fonds Régional d’Art Contemporain. Ce projet s’inscrit dans une logique de patrimonialisation, fréquente dans les discours d’urbanisme actuels, mêlant conservation d’une identité liée au passé industriel du quartier et renouveau par l’investissement culturel du lieu.

Un projet réellement novateur ?

L’objectif annoncé est celui d’un quartier ouvert sur le reste de la ville, empreint de mixité sociale, avec 40% de logements sociaux, organisé autour d’un vaste espace vert et répondant aux normes de Haute Qualité Environnementale et « Quartier 21 », en ce qui concerne tant le bâti que la densité relativement forte de l’habitat, pour contrer la tendance à l’étalement urbain. Ce dernier engagement se situe dans la cohérence de la signature de la Charte d’Aalborg par la Communauté urbaine de Dunkerque. Le discours environnemental est en effet omniprésent autour du projet : on parle volontiers d’ « écoquartier » et les descriptifs du projet mettent l’accent sur son aspect « durable ». Il s’agit en grande partie d’un travail d’image, censé redonner à Dunkerque une attractivité qui lui fait défaut, en compensant sa réputation de ville industrielle.

 
Le long des darses, les bâtiments "haut de gamme" masquent les HLM.
Crédits : Eloise Libourel

La volonté de recréer un front de mer avec un habitat de petit collectif tourné vers le large risque néanmoins de créer un barrage isolant le reste du quartier de la côte, comme c’est le cas dans des réalisations antérieures le long des darses de l’ancien port de Dunkerque. En outre, si le projet montre un quartier cohérent et doté de services de proximité, une école par exemple, il pourrait devenir une périphérie, ou une maille autonome du tissu urbain plus qu’une composante du centre introuvable de Dunkerque.

Enfin, la mixité sociale envisagée par les promoteurs du projet se dessine dans les différents types d’habitat choisis, et l’on peut craindre que ne se recrée à l’échelle du quartier une forme de ségrégation socio-spatiale, à moins que le Grand Large, par sa nouveauté, sa qualité de vie et sa proximité de Malo-les-Bains, n’attire des populations plus aisées qui quitteraient alors les autres quartiers de Dunkerque.

Le projet Grand Large s’inscrit donc dans la cohérence du plan Neptune, dont il est le dernier avatar, mais il adopte des positions novatrices en ce qu’elles tiennent compte des erreurs du passé. Toutefois, si le projet apparaît ambitieux en termes sociaux et environnementaux, on peut craindre qu’il ne reproduise certaines des situations qu’il entend éviter.