Etat des lieux du logement social à Lyon-Villeurbanne : du quartier de la Duchère au quartier de la Confluence

Dix ans d’application de la loi SRU à Lyon-Villeurbanne : une demande encore élevée malgré des efforts considérables de construction

Lyon et Villeurbanne constituent à elles deux le secteur Centre du Grand-Lyon, communauté urbaine de Lyon qui regroupe 58 communes et 1 300 000 habitants environ et sont soumises à la loi Solidarité et Renouvellement Urbains qui impose un taux de 25% minimum de logements sociaux depuis 2012 (relèvement du plafond pour les communes de plus de 3500 habitants, contre 20% auparavant). Lyon apparaît comme un « bon élève » de la loi SRU : la ville est passée de 16,74% en 2001 à 19,26% en 2012. À l’inverse, Villeurbanne est passée de 25,6% en 2004 à 24,7% en 2009. Le programme local de l’habitat (PLH) du Secteur Centre prévoit ainsi un rééquilibrage de l’offre de logement social entre les deux communes (dont le taux moyen a dépassé les 20% en 2010) avec un point de convergence à 25% en 2025, conformément aux nouvelles exigences de la loi SRU. Le rôle du cœur de l’agglomération lyonnaise dans l’offre de logement social est d’autant plus fort que les deux communes représentent à elles seules 47% du parc social du Grand-Lyon (2010) selon UrbaLyon, l’Agence d’urbanisme du Grand Lyon. 

Toutefois, comme dans la plupart des métropoles européennes attractives, le cœur de Lyon a subi ces dix dernières années une croissance rapide des prix immobiliers (+138% depuis 2006) combinée à une réduction du parc locatif privé à et une hausse modérée du parc locatif social. Il en résulte une hausse généralisée des loyers, repoussant les populations les plus pauvres dans la périphérie du Grand Lyon. Si Lyon est classée en zone « B1 » par le dispositif Scellier puis Duflot (secteur relativement peu tendu pour une métropole française), la pression de la demande dans le secteur social est tout de même forte (quoique en baisse) : on compte plus de 23 000 demandeurs à Lyon en 2011, dont 84% ont des ressources inférieures ou égales aux plafonds des Prêts Locatifs Aidés d’Intégration, les logements les plus sociaux.

Les « secteurs de mixité sociale » du Grand-Lyon : inégale répartition des logements sociaux et tentative de rééquilibrage 

Si Lyon aura sans doute atteint le seuil de 20% de logements sociaux au 1er janvier 2014, ce chiffre ne doit pas masquer de profondes disparités intra-communales. En 2009, le 2ème arrondissement comptait seulement 9,24% de logements sociaux, contre plus de 36% dans le 9ème arrondissement. À l’échelle du secteur, les sept arrondissements les plus centraux sont en déficit, alors que Villeurbanne et les 8ème et 9ème arrondissements présentent des taux au-dessus de 24%.

 

Répartition et évolution du logement social à Lyon et Villeurbanne,
un lent rééquilibrage ? (© Florence Chilaud)
 

Pour tenter de remédier à ces déséquilibres, le Grand-Lyon a innové en faisant signer à 25 communes, dont Lyon et Villeurbanne, une « Charte partenariale des secteurs de mixité sociale du Grand-Lyon » (2009) : le logement a été érigé en question prioritaire et les pouvoirs municipaux ont mis en place des mécanismes permettant de traiter de front le logement privé et le logement social. Après une longue phase de mise en route, une partie des ambitieux objectifs du PLH ont été atteints : Lyon produit plus de 1 500 logements sociaux par an depuis 2009, et les arrondissements au-dessus de 30% voient leur part de logement social réduite quand celle des arrondissements les moins dotés augmente. 

La Charte prévoit par ailleurs la construction de 10 000 logements par an dans l’agglomération, dont 50% de logements sociaux. Ces objectifs doivent être atteints par la combinaison de l’action des bailleurs sociaux et des promoteurs privés. Ceux-ci sont en effet tenus, dans les « secteurs de mixité sociale », d’intégrer entre 10 et 30% de logements sociaux à leurs programmes, selon la taille et la localisation des opérations. On distingue ainsi les secteurs « prioritaires », « d’accompagnement » et « de diversification ». Plus les opérations sont importantes, plus la part de logements sociaux imposée est élevée et intègre une forte proportion de Prêts Locatifs Aidés d’Intégration (PLAI) et de Prêts Locatifs à Usage Social (PLUS), les logements les plus sociaux, au détriment des Prêts Locatifs Sociaux (PLS), logements sociaux intermédiaires. L’objectif affiché est de favoriser la mixité sociale non seulement à l’échelle des arrondissements mais aussi à celle de chaque ensemble d’habitations.  

De La Duchère à Confluence : quelle prise en compte du logement social dans la transformation des différents quartiers ?

Les documents d’urbanisme et de la Charte fournissent des orientations générales, mais c’est à l’échelle des quartiers que les politiques se déploient. Or, les politiques mises en œuvre sont aussi variées qu’il y a de quartiers à transformer. Nous présentons ici ceux que nous avons étudiés.

Le nouveau quartier Confluence, fruit d’une opération de reconversion de la presqu’île de Lyon, est en quelque sorte une des vitrines de la ville. La municipalité s’est engagée à y construire 25% de logements sociaux dans un souci de mixité des statuts des logements. On y trouve ainsi des logements à prix libres, encadrés, intermédiaires et sociaux, intégrés dans une opération qui porte aussi sur le réseau de transports publics et l’implantation d’activités.

Le quartier des Etats-Unis, situé en périphérie de Lyon, dans le 8ème arrondissement, a été construit par l’architecte Tony Garnier dans les années 1930, en même temps que le quartier des Gratte-Ciel à Villeurbanne. Ces deux quartiers se présentent comme des ensembles cohérents d’un point de vue architectural et urbanistique. Le quartier des Etats-Unis, classé en Zone Urbaine Sensible (ZUS), compte 93% de logements sociaux, dont la population fait face à un vieillissement important et à l’arrivée de familles de plus en plus précaires, malgré une rénovation récente (huisseries, nouvelles salles de bains, réfection des parties communes) et l’aménagement de nouveaux espaces publics (espaces verts notamment).

 

Les « Grattes-Ciels » du centre-ville de Villeurbanne (© Laure Voileau)
 

Le quartier Gratte-Ciel, au centre-ville de Villeurbanne, est reconnu comme un ensemble patrimonial ; il accueille l’Hôtel de Ville et le Théâtre National populaire et a été classé en Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager (ZPPAUP) en 1993. Sa place principale, place du Docteur Lazard-Goujon, a été rénovée en 2006. Contrairement au quartier des Etats-Unis, les Gratte-ciel n’accueillent que 25% de logements sociaux. Une Zone d’Aménagement Concertée (ZAC), qui s’étend au nord-ouest du centre historique, doit servir à un projet d’extension de l’avenue Henri Barbusse pour agrandir le centre-ville et accueillir nouveaux logements et nouvelles activités.

Les deux derniers quartiers étudiés sont des grands ensembles exclusivement sociaux. Mermoz (8ème) et la Duchère (9ème) sont eux aussi tous deux classés en ZUS. Le premier, situé à une des entrées de la ville et assez isolé à l’échelle de la commune, est un quartier où 77% des habitants ont des revenus inférieurs au SMIC selon l’Enquête triennale "Occupation du parc social" en 2009. Le second, situé à l’autre extrémité de la ville et constitué de grandes barres datant des années 1960, abrite des populations descendant des rapatriés d’Algérie. Depuis les années 2000, ces deux quartiers subissent des mutations profondes passant par des politiques de rénovation urbaine.