Établir un contre-poids au centralisme parisien à l’échelle régionale

 Si Lyon développe une volonté précoce d’organisation métropolitaine sur le plan institutionnel, Lyon est-ellecapable d’assumer les fonctions d’une grande métropole et de s’émanciper de la tutelle parisienne ?

« Une vision métropolitaine grand format »


Légende : Le logo d’UrbaLyon
Source :www.urbalyon.org

Lors d’un entretien réalisé le 6 novembre 2013 par les élèves du département de géographie de l’ENS Paris avec M.Bregnac, directeur-adjoint de l’Agence d’Urbanisme de Lyon, au sein des locaux de l’agence d’urbanisme de Lyon,il a été possible de constater que M.Bregnac se plaçait dans une vision extrêmement prospective pour évoquer la stratégie métropolitaine lyonnaise. La fabrique de la métropole lyonnaise est toujours en marche et demeure ainsi, comme en témoigne cet usage de la projection, loin d’être achevée. Si M. Bregnac n’a pas hésité à clamer à plusieurs reprises que Lyon n’était plus "ville secondaire après Paris" mais "ville autonome", nous jugeons que cette affirmation fut avant tout de de l’ordre du discours plus que de l’état de fait, révélant la nature de l’orientation adoptée pour la métropole lyonnaise.
Ainsi, une des stratégies métropolitaines essentielles de Lyon consiste en l’établissement d’un pôle métropolitain régional, basé sur la complémentarité des différents espaces (l’arc alpin avec Grenoble, l’espace franco-genevois, l’espace stéphanois…) et surtout sur la multipolarité. C’est en ce sens que la métropole lyonnaise cherche à gagner en indépendance par rapport au modèle métropolitain parisien. On pourrait presque parler d’une « voie lyonnaise » de la métropolisation. L’accent est mis sur la mutualisation des moyens, mais surtout sur la recherche d’un consensus entre les différents espaces. La stratégie que Lyon adopte, à ce niveau, n’est donc pas de se développer en vase clos, ou plutôt n’est pas de conduire à un développement métropolitain auto-centré. Lyon veut s’appuyer sur les espaces qui l’entourent pour arriver à la formation d’un ensemble régional, fonctionnant en réseau, capable de faire contre-poids à la métropole parisienne.

La formation de cet ensemble métropolitain régional passe, nous l’avons vu, par l’institution d’un pôle métropolitain rassemblant le Grand Lyon, Saint‐Étienne Métropole, la Communauté d’agglomération Porte de l’Isère, et la Communauté d’agglomération du Pays Viennois. Plus généralement, pour reprendre les mots de M. Bregnac, Lyon adopte une « vision métropolitaine grand format ». Cette « vision grand format » se traduit par la constitution de réseaux qui irriguent les différents espaces : le réseau bleu (les fleuves), vert (les espaces verts) et le réseau des mobilités. Une des stratégies métropolitaines consiste donc à dépasser le simple cadre urbain pour former un ensemble régional capable de faire poids à la domination parisienne.

Des projets urbains ambitieux

Il est nécessaire d’évoquer en premier lieu le quartier de la Part-Dieu, qui entre pleinement dans la définition d’une stratégie métropolitaine définie par Lyon [lien vers le compte-rendu sur les grands projets urbains]. Moteur tertiaire de Lyon, à l’image de la Défense à Paris, le quartier propose une grande offre de bureaux (de nombreuses tours ont déjà été construites ou sont en projet, comme la Tour Incity, prévue pour 2015), de nombreux services aux entreprises, ainsi qu’une très bonne connectivité. Présenté comme le « deuxième pôle tertiaire et de décision français et quartier de référence des fonctions tertiaires de l’agglomération9 », il est le fer de lance d’une stratégie qui cherche à affirmer Lyon non pas seulement comme une métropole française mais comme une métropole européenne, voire une ville-monde.


Légende : La future tour Incity
Crédit photographique : ©Tour Incity/Valode & Pistre


Légende : « Hikari », projet retenu pour la réalisation de l’îlot P à Lyon Confluence
Crédits infographiques : © Kengo Kuma, CRB Architectes

Il s’agira pas de développer ici en détails ce grand projet qui anime une ancienne partie industrielle du centre lyonnais, car il est lui-même l’objet d’un compte-rendu. On s’appliquera plutôt à voir en quoi ce grand projet urbain entre dans la mise en place d’une stratégie métropolitaine qui passe par une redynamisation du centre et par un marketing urbain important. En effet, cette ancienne friche industrielle et portuaire, située au confluent de la Saône et du Rhône, devient un lieu stratégique dans la mesure où, avec la métropolisation, les centres urbains des grandes métropoles deviennent à la fois des lieux de prises de décisions, ayant un impact sur un territoire dépassant largement celui de la seule métropole, et des lieux reflétant le dynamisme de la métropole. Ils sont donc le miroir et l’expression de la puissance d’une métropole et ainsi deviennent un élément indispensable dans toute stratégie métropolitaine. C’est pour cette raison que Lyon dans cette perspective met en place une politique de requalification de cette friche pour en faire un prolongement de l’hypercentre lyonnais.

Loin d’être uniquement urbaine, cette stratégie de reconversion d’une ancienne friche industrialo-portuaire a incontestablement une dimension proprement métropolitaine, comme en témoigne la construction du Conseil régional. On voit bien ici que Lyon affirme, au sein de ce quartier, sa centralité régionale et ses fonctions de commandement. Le plus frappant dans ce projet demeure sans doute l’architecture globale du quartier : une architecture extrêmement moderne, employant des matériaux dits durables et écologiques, faisant une grande place aux espaces verts, aux espaces ouverts et aux infrastructures de loisirs : il n’est qu’à voir le grand bassin qui pénètre jusqu’au cœur du quartier. Dans ce quartier, l’innovation est ainsi conciliée à la durabilité ; il suffit pour le constater de regarder les bâtiments bordant la Saône, reliés par des modes de transport doux, qui affichent tous une architecture que l’on pourrait qualifier d’"avant-gardiste" ou de " futuriste" (cf. image ci-contre).


Légende : Le pavillon des Salins
Crédits infographiques : © Brice Robert 

Le projet dépasse le cadre d’une simple rénovation urbaine et se veut la vitrine d’une ville tournée vers l’avenir mais consciente des problèmes du présent. Autrement dit, ce projet que l’on pourrait qualifier de marketing urbain relève bien d’une dynamique compétitive destinée à affirmer la « métropolité8 » lyonnaise.

Malgré le potentiel attractif de ce nouveau quartier, les nouveaux logements bâtis ont toujours du mal à se vendre. On peut bien sûr alléguer la crise économique, mais on peut aussi se poser la question de la cohérence d’un tel quartier comme prolongement du centre historique. C’est peut-être ce décalage entre les besoins des habitants susceptibles de s’installer en centre-ville et la volonté qui guide ce projet qui nous montre en quoi le Confluence dépasse largement le simple cadre d’une rénovation urbaine et entre pleinement dans une stratégie d’affirmation du caractère métropolitain de l’agglomération lyonnaise.