Effets des promotions immobilières

II- Un effacement incomplet et un report des discontinuités

b. Les promotions semblent parfois reproduire les anciennes ruptures
Les constructions neuves en front de Seine ne sont, comme on l’a vu, souvent pas en continuité avec le fleuve, ne serait-ce qu’à cause de la présence d’une route fréquentée et de l’emprise portuaire. 
Si l’on cherche à analyser le rapport de ces bâtiments de front de Seine au fleuve à l’échelle du bâti, il est notable que des discontinuités subsistent. En effet, comme dans la photographie précédente, il y existe des ruptures importantes liées à la voierie et aux aménagements industriels. Ce constat se retrouve dans la photographie ci-dessous qui présente un complexe bâti en front de Seine, vu de la route départementale 7.

Figure 4- Une promotion immobilière le long de la Seine, qui multiplie pourtant les barrières (photo : Eloïse Libourel)

Dans ce cas précis, la rupture entre les bâtiments et la Seine est très manifeste. Le mur, dont orienté vers le port et les cimenteries, est quasiment aveugle, et le complexe est isolé par une double clôture de barrières et de jets d’eau en avant d’un jardin. Or ce dispositif mime la continuité avec le fleuve tout en renforçant la rupture : jardin et jets d’eau recréent dans la parcelle, pour qui peut s’y trouver, les éléments de la « trame verte et bleue » supposément associée à la Seine ; en même temps, ce sont ces éléments du paysage qui créent dans la zone bâtie un isolement, une coupure par rapport à la route et à la Seine.
En outre, à l’échelle des Zones d’aménagement concertées (ZAC), l’accès au fleuve et à ses aménités supposées, particulièrement visuelles, est très inégal. Si l’on considère l’exemple de la ZAC des « Chartreux » (voir figure 5), qui se trouve face au parc classé de l’Île Saint-Germain, la première ligne de constructions, qui offrira une vue sur la Seine et la verdure, est destiné très majoritairement à des logements en accession à la propriété au prix du marché, à l’exception d’un immeuble de bureaux dont la localisation est susceptible d’attirer le siège social d’une grande entreprise par exemple. Les logements sociaux, affichés comme éléments importants pour la mixité urbaine, sont quant à eux placés en arrière, entre la route départementale 7, la voie ferrée et une emprise industrielle. Il existe donc de fortes disparités d’accès au fleuve dans la manière dont la « reconquête des berges » est mise en œuvre, y compris au sein d’une même promotion immobilière.

Figure 5- Schéma de répartition du bâti dans la ZAC des Chartreux (sources : PLU d’Issy-les-Moulineaux, Service de l’Urbanisme)

La « continuité » tant souhaitée avec la Seine est souvent illusoire. Elle est rompue par une architecture repliée sur l’îlot et coupée des berges. La discontinuité est en outre reproduite entre les différentes composantes d’une même opération d’aménagement. La mixité fonctionnelle et sociale est mise à mal par une répartition des logements qui favorise largement une gentrification du front de Seine et un isolement de la partie dite « sociale » du programme.

c. Le report de la discontinuité vers le deuxième rang d’urbanisation